Coronavirus : l’OMS «inquiète» de l’efficacité des vaccins contre les variants

Hans Kluge, le directeur de l’OMS pour l’Europe géographique (57 pays), demande que la vaccination soit accélérée pour affronter les mutations du virus plus rapidement.

Dans un entretien à l'AFP, le directeur de l'OMS s'inquiète ce vendredi de l'impact des variants sur l'efficacité des vaccins. Il demande donc à l'Europe d'accélérer sa campagne de vaccination contre le Covid-19, avec l'appui de tous les laboratoires.

« Nous devons unir nos forces pour accélérer la vaccination », insiste le directeur régional de l'organisation Hans Kluge, alors que la campagne de vaccination dans l'Union européenne a connu des débuts difficiles. Dans l'Union européenne, le taux de la population ayant reçu une première dose atteint à peine les 2,5 %. Non seulement les doses ont manqué un peu partout, notamment en France et en Espagne, mais la pénurie risqueraient de se poursuivre si les tensions entre Bruxelles et certains fabricants se prolongeaient.

« Des entreprises pharmaceutiques d'habitude concurrentes doivent unir leurs efforts pour augmenter drastiquement les capacités de production, c'est de ça dont nous avons besoin », a insisté le responsable basé à Copenhague.

« Le virus a encore le dessus sur l'être humain »

Interrogé sur le fait de savoir si ces vaccins anti-Covid arrivés sur le marché depuis décembre allaient rester efficaces contre les nouveaux variants, il a répondu : « C'est la grande question. Je suis inquiet ». Inquiétude partagée par les spécialistes et les dirigeants, à l'image d' Emmanuel Macron qui a revu la stratégie française sans miser tout sur les vaccins. « C'est un rappel cruel que le virus a encore le dessus sur l'être humain, mais ce n'est pas un nouveau virus, c'est une évolution d'un virus qui essaie de s'adapter à son hôte humain ».

« Nous devons nous préparer » à d'autres mutations, a ajouté Hans Kluge, et c'est pourquoi il faut notamment renforcer le séquençage. Si la France est en retard sur le sujet, la Grande-Bretagne dispose d'une « bibliothèque » de génomes du coronavirus, montrant que le SARS-CoV2 a déjà généré quelque 4 000 variants.

Parmi eux, deux se sont pour l'instant propagés à grande échelle. Sur les 53 pays d'Europe selon les critères de l'OMS (dont plusieurs pays d'Asie centrale), 37 ont enregistré des cas liés à la nouvelle souche dite britannique et 17 des cas provenant du variant sud-africain, selon les dernières données.

Inquiétude aussi sur l'inégalité face aux vaccins

Plusieurs études réalisées par des chercheurs indépendants ont montré que si le variant britannique est plus contagieux, il n'accroît ni les symptômes ni les formes graves du virus initial. Quant à leur résistance aux vaccins, ce sont les groupes pharmaceutiques qui pour l'instant ont affirmé, à partir d'observations en laboratoire, que la réponse vaccinale était quasiment la même face au Covid-19 ou l'un de ses clones.

Hans Kluge se montre aussi inquiet du fossé que les ressources en vaccin vont créer dans le monde. À ce jour, 65 % des vaccins ont été administrés dans les pays à revenu élevé. « Peut-être que si les pays de l'UE atteignent 20 % de vaccination de leur population - 20 % ça veut dire les personnes âgées, les personnels de santé, les personnes avec des comorbidités, cela pourrait être le moment de partager des vaccins » avec les pays qui n'ont pas les moyens d'en acheter, a-t-il suggéré. « Nous savons que dans l'UE, au Canada, au Royaume-Uni, aux Etats-Unis, des commandes ont été passées pour quatre à neuf fois les doses nécessaires. Donc pas besoin d'atteindre les 70 % (de vaccinés) pour partager avec les Balkans, avec l'Asie centrale ou avec l'Afrique », a-t-il insisté.

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Heureusement, il y a matière à se réjouir : « Le tunnel est un peu plus long que nous ne le pensions en décembre, mais cela va rester une année plus gérable » que l'an passé. Le monde entier l'espère.