Coronavirus : jusqu’à 150 millions de personnes pourraient se retrouver en extrême pauvreté

La crise liée au nouveau coronavirus devrait se faire sentir pendant une dizaine d’années, d’après la Banque mondiale.

 Une personne attend à l’entrée d’une épicerie sociale. (illustration)
Une personne attend à l’entrée d’une épicerie sociale. (illustration) LP/Jean-Baptiste Quentin

Les effets indirects de la pandémie de Covid-19 sont dramatiques, notamment en terme de niveau de vie. L'année 2020 aurait dû être marquée par une nouvelle réduction de l'extrême pauvreté. Mais, à cause de la maladie, entre 88 et 115 millions de personnes supplémentaires ne vivront qu'avec 1,90 dollar par jour (1,60 €), soit moins du prix d'un café dans un pays avancé.

« La réduction de la pauvreté a subi son pire revers depuis des décennies, après près d'un quart de siècle de déclin constant de l'extrême pauvreté dans le monde », résume la Banque mondiale. Le nombre de personnes vivant dans l'extrême pauvreté devrait continuer à augmenter pour s'élever à 150 millions d'ici 2021. Huit nouveaux pauvres sur dix se trouveront dans des pays à revenus intermédiaires.

« Les nouveaux pauvres sont plus urbains, mieux éduqués et moins susceptibles de travailler dans l'agriculture que ceux qui vivaient dans l'extrême pauvreté avant le Covid-19 », soulignent les auteurs du rapport pour l'institution financière. Ils travaillent davantage dans les secteurs des services, la construction ou encore l'industrie.

« Un retour en arrière »

L'extrême pauvreté, dont le seuil est fixé à moins de 1,90 dollar par jour, devrait toucher entre 9,1 % et 9,4 % de la population mondiale en 2020. C'est « un retour en arrière », déplore l'institution, précisant qu'en 2017 le taux s'élevait à 9,2 %. Sans le choc mondial provoqué par la crise sanitaire, ce chiffre aurait dû tomber à 7,9 % cette année.

Le rapport fait apparaître qu'une grande partie des « nouveaux pauvres » sera concentrée dans des pays qui enregistraient déjà des taux de pauvreté élevés. L'Afrique subsaharienne est « une région qui devrait maintenant abriter environ un tiers des personnes nouvellement appauvries par le Covid-19 », selon le rapport.

Par ailleurs, si les citadins sont de plus en plus affectés, les pauvres restent majoritairement ruraux, jeunes et sous-scolarisés. « Quatre personnes sur cinq vivant sous le seuil de pauvreté international résident dans des zones rurales bien que la population rurale ne représente que 48 % » de la population totale. Les enfants de moins de 15 ans, quoique ne représentant qu'un quart de la population mondiale, constituaient la moitié de ces personnes pauvres en 2018. Les femmes étaient, elles, surreprésentées.

Guerres, climat et nouveau coronavirus se cumulent

L'organisation non-gouvernementale Oxfam souligne que la pauvreté n'épargne pas les pays riches. Elle cite l'exemple des Etats-Unis, première économie du monde. Ils se classent dernière du G7, le groupe des 7 pays les plus industrialisés, derrière « 17 pays à faibles revenus » comme la Sierra Leone et le Liberia en matière de législation du travail en raison de politiques anti-syndicales et d'un salaire minimum très bas.

« Trois forces convergentes sont à l'origine de cette augmentation de la pauvreté mondiale qui menace d'étendre ses effets dans un avenir lointain : le Covid-19, les conflits armés et le changement climatique », analyse le président de la Banque mondiale, David Malpass. De nouvelles estimations indiquent par exemple que jusqu'à 132 millions de personnes pourraient tomber dans la pauvreté d'ici 2030, en raison des multiples effets du climat. Les effets de la crise actuelle se feront, eux, certainement sentir dans la plupart des pays jusqu'en 2030.