Confinement repoussé : «La grogne a été entendue», juge l’écrivain Alexandre Jardin

Farouchement opposé à un reconfinement généralisé, l’auteur du « Zèbre » craint une «désocialisation» de la jeune génération et redoute la perspective de confinements «à l’infini».

 Paris, jeudi 12 novembre 2020. Lors du deuxième confinement, Alexandre Jardin avait lancé une opération pour réclamer la réouverture des librairies.
Paris, jeudi 12 novembre 2020. Lors du deuxième confinement, Alexandre Jardin avait lancé une opération pour réclamer la réouverture des librairies. LP/Olivier Arandel

La dernière fois que nous l'avions interviewé, c'était au printemps dernier, pour parler de son opération « masques solidaires ». L'écrivain Alexandre Jardin avait mis sa notoriété à profit pour mobiliser la grande distribution et un collectif de couturiers afin de distribuer gratuitement des masques aux caisses des grandes surfaces. Cette fois, l'auteur du « Zèbre » sort de ses gonds pour dénoncer un possible reconfinement généralisé.

Soutenez-vous le mouvement qui appelle à ne pas se reconfiner ?

ALEXANDRE JARDIN. Je le soutiens totalement. J'étais favorable aux premiers confinements qui avaient du sens car ils avaient vocation à être de court terme. Mais là, on parle d'un troisième. Et pourquoi pas quatre, cinq, huit reconfinements à l'avenir. On entre dans une logique de long terme qui n'a pas de sens et qui ne fonctionne pas. On le voit bien. Il faut apprendre à vivre avec le virus.

Que pensez-vous du revirement de vendredi soir ?

La grogne a été entendue et on ne peut que se réjouir de voir le Président résister à la bureaucratie sanitaire et à la pression médiatique. Je reste mobilisé et je serai attentif aux évolutions. Ce qui se préparait était inacceptable.

Le confinement ne permet-il pas de sauver des vies ?

Confiner les personnes âgées et les vacciner en priorité, ça, c'est une politique. Mais, là, on est en train de détruire notre société et en premier lieu nos jeunes. Certains se retrouvent enfermés dans une chambre de 8 mètres carrés sans argent. On parle même de suicides. On est en train de désocialiser, de déséduquer, de désespérer toute une génération. Il y a des limites à l'indécence et à la morale. Quand je vois qu'on propose à certains des repas à un euro, ça ressemble beaucoup à la soupe populaire et je me dis qu'on ne leur offre pas un avenir avec ça. On s'apprête à faire plonger la jeunesse de ce pays dans le noir.

Et cela vous inquiète ?

C'est de la folie. Si on sacrifie les jeunes générations, on prend le risque de mouvements de rébellion comme on l'a vu aux Pays-Bas ou en Italie. Est-ce qu'on veut vraiment vivre ça? Est-ce qu'on veut renoncer à notre culture sur le long terme, sacrifier ces choses vitales qui semblent secondaires aux yeux des technocrates? Veut-on vraiment de cette vie-là?

 
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