Confinement le week-end ? «Nice pourrait être un laboratoire pour le reste du pays»

Un confinement seulement le samedi et le dimanche reste la piste privilégiée dans les Alpes-Maritimes, où l’épidémie de Covid-19 flambe. Une mesure jamais prise en France métropolitaine.

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 Si Nice était mise sous cloche uniquement le week-end pour freiner l’épidémie de Covid-19, il s’agirait d’une première en France métropolitaine.
Si Nice était mise sous cloche uniquement le week-end pour freiner l’épidémie de Covid-19, il s’agirait d’une première en France métropolitaine. REUTERS/Eric Gaillard

Le dimanche, Vanessa et son conjoint passent l'essentiel de leur temps à « tourner en rond ». En plus du confinement, ce couple de trentenaires portugais expérimente les restrictions supplémentaires du week-end, décrétées au Portugal pour casser l'épidémie de Covid-19 meurtrière. Le samedi, les magasins ferment à 13 heures - 17 heures pour les supermarchés - et ne rouvrent que le lundi. Impossible aussi durant ce délai de circuler entre communes sans montrer patte blanche. « Pour aller travailler, j'ai besoin de deux déclarations, une disant que le télétravail est impossible, l'autre pour traverser les zones géographiques interdites », raconte cette employée de maison dans un hôtel de Setúbal, à 50 km au sud de Lisbonne.

Nice, cinquième ville de France, et ses voisines du littoral prennent-elles le même chemin que les Portugais? Pour limiter les rassemblements familiaux et amicaux et empêcher le flux de touristes en mal de soleil, de nombreux élus des Alpes-Maritimes poussent en faveur d'un confinement partiel le week-end. Mais la décision n'était toujours pas prise ce dimanche soir par le sommet de l'Etat.

Etre un terrain d'expérimentation

Une mise sous cloche uniquement en fin de semaine? « Ce serait une première en France métropolitaine, rappelle le professeur d'épidémiologie Mahmoud Zureik. Le département deviendrait un laboratoire pour le reste du pays, un test grandeur nature pour mesurer l'efficacité de la mesure ou son inefficacité. » En clair, si cela marche sur la Côte d'Azur, une application dans les territoires en grande tension pourrait être envisagée : la Moselle, les Hauts-de-France, voire l'Ile-de-France.

Confinement le week-end ? «Nice pourrait être un laboratoire pour le reste du pays»

« On deviendrait un terrain d'expérimentation pour les autres », abonde le professeur Charles-Hugo Marquette. Mais pour l'heure, le chef de la pneumologie au CHU de Nice, en est surtout à (re)compter les lits. « Quelle que soit la décision, l'hôpital va en ch...» souffle-t-il. Déjà, des opérations sont reportées, des transferts de malades organisés, des unités Covid ouvrent. « Le calme n'est pas pour tout de suite, le taux de positivité des cas contacts est énorme, aux alentours de 22%. Mathématiquement, cela implique d'autres patients graves à venir. »

Le médecin croit-il qu'un confinement le week-end puisse changer la donne ? « Cette technique est économiquement défendable, pour préserver le commerce et l'artisanat. Mais j'ignore si elle est tenable sur le plan épidémique », répond-il. « Cela dépend de l'objectif : s'il est de soulager un peu les choses, de ramener le taux d'incidence de 700 à 300 par exemple, ça peut passer. Mais si on veut maîtriser la situation, cela ne suffira probablement pas », pointe Mahmoud Zureik. Il le consent : difficile de prédire un résultat quand il n'existe pas de point de comparaison.

L'exemple de la Guyane

A part le Portugal qui a serré la vis le week-end en plus de son confinement, seule Bogotá, la capitale colombienne aux sept millions d'habitants, a mis en place la mesure en début d'année. En Guyane, un confinement strict du samedi 19 heures au lundi 5 heures avait été décidé en janvier, mais il a depuis été levé. Est-ce ce qui a permis à la région d'Outre-mer de vivre son actuelle « lune de miel épidémique », avec seulement dix cas recensés ce samedi? « Je dirai plutôt que c'est dû à un cumul de mesures. Le net recul est lié au couvre-feu mis en place très tôt, 18, puis 17 heures. A cela, s'est ajouté le dimanche. Ça a été un outil », décrypte Clara de Bort, la directrice de l'agence régionale de santé de Guyane.

Reste qu'un point chiffonne le spécialiste de santé publique, Mahmoud Zureik. « Un confinement le week-end, cela veut dire que son application ne sera que dans six jours. Trois jours de concertation, six jours d'application… face à la vitesse du virus, je ne suis pas certain qu'on ait ce luxe du temps. »