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Confinement : «Ce sentiment général d’une vie entre parenthèses est très angoissant»

Pour le professeur Frank Bellivier, délégué ministériel à la santé mentale et la psychiatrie, le confinement a des conséquences lourdes sur la santé psychique des Français, en particulier chez les jeunes.

 A l’hôpital Robert-Debré, le nombre d’hospitalisations de mineurs en proie à des idées suicidaires est en forte hausse.
A l’hôpital Robert-Debré, le nombre d’hospitalisations de mineurs en proie à des idées suicidaires est en forte hausse. LP/Arnaud Journois

Stress, anxiété, isolement… Les effets du confinement pour les Français, et en particulier les mineurs, sont désastreux. « On est en train de se rendre compte que la crise infectieuse est indissociable de la dimension psychologique », confie le professeur Frank Bellivier, délégué ministériel à la santé mentale et la psychiatrie.

Quelles ont été les conséquences du premier confinement?

PR FRANK BELLIVIER. Il a entraîné l'apparition d'une détresse psychologique chez 30 % de la population et une hausse brutale de la consommation d'hypnotiques et anxiolytiques. Le retour à la normale a été un soulagement et en même temps une partie des Français s'est retrouvée à nouveau exposée un stress quotidien. Après le 11 mai, on a aussi observé une décompensation chez des malades psychiatriques qui étaient, pourtant, stabilisés depuis longtemps.

Cette seconde vague, est-ce le coup de massue?

Si durant le premier confinement, on a eu l'espoir d'une résolution rapide de la crise, aujourd'hui on réalise qu'on s'installe dans quelque chose d'inédit et de durable. À cela s'ajoute la confrontation à la mort, avec l'épidémie, la peur de la précarité. Tous ces changements profonds conduisent à un sentiment général d'une vie entre parenthèses, d'une incapacité à se projeter, ce qui est très angoissant. On voit déjà une hausse des consultations dans les services des urgences. Quant aux étudiants, ils se sentent davantage anxieux, avec plus d'idées suicidaires. On est en train de se rendre compte que la crise infectieuse est indissociable de la dimension psychologique.

Frank Bellivier, délégué ministériel à la santé mentale et la psychiatrie, demande aux parents d’être attentif «à une modification de l’état émotionnel de l’enfant»./DR
Frank Bellivier, délégué ministériel à la santé mentale et la psychiatrie, demande aux parents d’être attentif «à une modification de l’état émotionnel de l’enfant»./DR  

Comment le vivent les enfants?

C'est très dur. Si certains mineurs ont bien vécu le 1er confinement, pour d'autres, il a été un facteur d'anxiété, d'usage excessif des écrans, d'une proximité familiale parfois stressante et d'une hausse des violences. L'hôpital Robert-Debré, à Paris, nous a signalé une recrudescence d'idées suicidaires, ce qui est inquiétant. Pour l'instant, il n'est pas général mais on observe cette tendance dans le nord de Paris. Il faudra comprendre pourquoi.

Quels signes doivent alerter?

Il faut être attentif à une modification de l'état émotionnel de l'enfant, s'il dort moins bien, se sent irritable. Si c'est le cas, n'hésitez pas à lui demander s'il est triste, s'il a des idées noires. En cas de doute, consultez votre médecin. Le site Psycom.org recense de nombreux numéros d'aide comme « allô Écoute Ado ». Pour tous ceux qui sont en difficulté psychologique, liée au confinement, il existe le 0800 130 00 et l'application StopBlues. Dans ce climat d'incertitude, nous devons, plus que tout, prendre soin les uns des autres.