Concours administratifs : le gouvernement veut réserver des places aux candidats de milieux modestes

ENA, directeurs d’hôpitaux, magistrats... Le gouvernement poursuit sa volonté d’ouvrir la haute fonction publique à toutes les catégories sociales.

 L’ENA est dans le viseur d’Emmanuel Macron, pourtant ancien élève de cette institution française.
L’ENA est dans le viseur d’Emmanuel Macron, pourtant ancien élève de cette institution française. AFP/Patrick Hertzog

Réformer la haute fonction publique dès son examen d'entrée, varier les profils, en refaire le « moteur » de l'ascenseur social. C'est la volonté de la ministre de la Transformation et de la Fonction publiques, Amélie de Montchalin, qui veut pour cela réserver des places dans les concours aux candidats aux origines modestes.

« Je veux que l'on crée, dans les concours d'entrée aux écoles de service public, des voies d'accès pour les candidats issus des milieux modestes. Avec, à chaque fois, des places réservées. Ce ne seront certainement pas des concours au rabais. Ils seront sélectifs », annonce la ministre dans un entretien au Monde. Amélie de Montchalin souhaite « que cela concerne tous les concours de la haute fonction publique : ENA, directeurs d'hôpital, administrateurs territoriaux, commissaires, magistrats, attachés d'administration… Et ce, dès 2021, au moins à titre expérimental ».

Pour « aller chercher les jeunes qui pensent que ces concours ne sont pas faits pour eux », la ministre veut « s'appuyer sur ce qui existe : beaucoup d'écoles de la fonction publique ont créé leur propre classe préparatoire […] Mais ce dispositif est trop morcelé et invisible. Nous devons donc le rendre plus attractif, en harmonisant les prépas, en leur donnant un label, en les associant aux universités ou aux Instituts d'études politiques en région, en faisant en sorte que cela débouche sur un diplôme ».

De 700 étudiants en prépa, elle souhaite passer à 2000, « au moins ». Les critères pour repérer ces élèves ? « Quand on est boursier, qu'on a passé son bac dans un quartier prioritaire de la politique de la ville, dans une zone de revitalisation rurale » ou selon son « parcours de vie », énumère-t-elle.

1 % des élèves de l'ENA ont un père ouvrier

La diversité sociale de la haute fonction publique n'était déjà pas bien élevée : 4 % des élèves de l'ENA avaient un père ouvrier en 2006. Elle est aujourd'hui quasiment inexistante, avec 1 % dans la promo 2019-2020. Entre-temps, cette présence a oscillé, atteignant parfois les 6 %. Ce qui explique la volonté de réformer l'école, voire de la supprimer comme l'avait d'abord annoncé le président de la République dans le cadre du Grand débat national qui avait suivi la crise des Gilets jaunes.

Si l'ENA ne devient pas l'école du management public comme le préconisait Frédéric Thiriez dans un rapport remis au gouvernement, la réforme de l'École « ne sera ni cosmétique ni symbolique », promet-elle. « Je suis favorable à l'idée de créer un tronc commun entre les administrateurs de l'Etat et les administrateurs territoriaux, les magistrats, les directeurs d'hôpital, les commissaires, etc. » Les enseignements pourraient être transmis par voie numérique, pour une meilleure répartition géographique des candidats.

Le classement de sortie de l'ENA, qui permet de sélectionner ceux qui accéderont aux grands corps (Inspection des finances, Cour des comptes, Conseil d'Etat), ce système même auquel Emmanuel Macron voulait tordre le cou, restera possible « dès lors qu'il n'y a plus de carrière automatique et que vous avez des expériences de terrain ».