Cinq minutes pour comprendre les nouvelles restrictions aux frontières

Jean Castex a annoncé un durcissement des conditions d’entrée sur le sol français, surtout en provenance de pays non européens. Contrôles, dérogations, efficacité… On fait le point.

 Un panneau informant de la fermeture de la frontière avec la France, à Douvres (Angleterre), le 22 décembre 2020. (Illustration)
Un panneau informant de la fermeture de la frontière avec la France, à Douvres (Angleterre), le 22 décembre 2020. (Illustration) AFP/Justin Tallis

Nouveau tour de vis aux frontières. Le Premier ministre Jean Castex a annoncé vendredi soir de nouvelles mesures ayant pour but de limiter fortement les arrivées sur le sol français. À défaut d'un nouveau confinement, le chef du gouvernement espère que cela permettra d'éviter une aggravation de la situation sanitaire liée au Covid-19.

Ces dispositions entreront en vigueur à minuit dans la nuit de samedi à dimanche. Plusieurs réunions sont prévues dans les ministères ce samedi afin d'en dresser les modalités précises. Voici, à ce stade, ce que l'on sait.

Quelles sont les nouvelles mesures ?

Depuis le 18 janvier, les voyageurs en provenance d'un pays hors espace européen doivent déjà présenter un test négatif et s'engager à respecter un isolement pendant sept jours. Ils auront désormais interdiction de venir en France, sauf motif impérieux (décès d'un proche, urgence professionnelle, etc). Par « espace européen », il faut entendre Union européenne ainsi que huit autres pays du continent : Andorre, l'Islande, le Liechtenstein, Monaco, la Norvège, Saint-Marin, le Vatican et la Suisse, indique Matignon.

Cette mesure concernera aussi les ressortissants français, insiste de son côté le Quai d'Orsay. Plusieurs sources gouvernementales jugent néanmoins « probable » voire « acquis » que les Français résidant en France seront autorisés à rentrer chez eux au moins pendant les premiers jours, car ce serait « inconcevable de les en empêcher ». « J'ai fait passer une liste de motifs qui me semblaient raisonnables et on m'a dit qu'ils avaient été pris en compte » confie Roland Lescure, député LREM des Français de l'étranger. « J'ai plaidé pour qu'un Français en déplacement à Montréal ou à Ouagadougou, par exemple, puisse rentrer chez lui », nous indiquait-il quelques heures plus tôt.

Jusque-là, « tout Français ainsi que son conjoint et ses enfants [pouvaient] rentrer en France sous réserve du respect des règles sanitaires en vigueur », lisait-on encore ce samedi matin sur le site du ministère des Affaires étrangères.

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Par ailleurs, au sein de l'espace européen, un test PCR négatif sera désormais imposé à tout voyageur qui se rend en France en avion, en bateau, ou, et c'est nouveau, en train ou en voiture. Seuls les frontaliers et les chauffeurs routiers en seront dispensés. Le 14 janvier, Jean Castex avait déjà annoncé que se faire tester serait obligatoire pour venir en France depuis un pays non européen. Une semaine plus tard, cela a aussi concerné les voyageurs en provenance d'un Etat du continent, mais hormis ceux arrivant par voie terrestre.

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Enfin, tout déplacement en provenance ou à destination des outre-mer depuis la métropole devra aussi être justifié par un motif impérieux.

Quels seront les contrôles ?

Il est bien sûr inimaginable de s'assurer que les voyageurs arrivant en France depuis un autre pays européen disposent tous d'un test PCR négatif. Dans un télégramme envoyé aux préfets vendredi et que Le Parisien a pu consulter, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin demande de « déployer des contrôles aléatoires dans les gares et les principaux points de passage ».

Concernant les déplacements depuis et vers un pays en dehors de l'espace européen, il est indiqué que « la responsabilité du contrôle relèvera des compagnies de transport, elles-mêmes contrôlées par la police aux frontières ». Les attestations de déplacements doivent être mises en ligne « dans la journée », nous indique la place Beauvau.

Comment le gouvernement se justifie et répond aux critiques ?

De nombreux élus du Rassemblement national ont rappelé qu'ils avaient demandé une fermeture des frontières dès le début de l'année 2020. « Que de temps perdu pour se décider finalement, en catastrophe, à la maîtrise des frontières et à des contrôles renforcés… », a par exemple taclé Marine Le Pen sur Twitter vendredi soir.

Du côté du ministère des Affaires étrangères, on répond que les frontières extérieures à l'Union européenne étaient déjà soumises à des restrictions depuis le 18 mars. Tout voyage est d'ailleurs « totalement et strictement déconseillé jusqu'à nouvel ordre » par le Quai d'Orsay. Mais un test négatif n'était souvent obligatoire qu'en provenance d'une partie des pays étrangers, ceux considérés à risque.

« On a pris, dès mars 2020, des mesures qui sont montées en puissance en coordination avec l'Union européenne », argue-t-on également dans l'entourage de Jean Castex. La principale nouveauté dans les annonces de vendredi soir est que certains ressortissants Français, par exemple ceux habitants à l'étranger, pourraient également être concernés par l'interdiction de venir en France.

Que font les autres pays ?

Depuis le début de la crise, les différents Etats européens ont régulièrement avancé en ordre dispersé. Quelques heures avant l'allocution de Jean Castex vendredi soir, l'Allemagne avait annoncé l'interdiction des arrivées sur son sol à partir de ce samedi, mais seulement en provenance de cinq Etats très touchés par la pandémie ( Royaume-Uni, Irlande, Brésil, Portugal et Afrique du Sud). Contrairement à la France, ces mesures ne concernent pas les Allemands qui y vivent ni les ressortissants de ces pays vivant en Allemagne.

Au Portugal, confronté à une forte vague épidémique depuis le début du mois de janvier, les voyages à l'étranger sont interdits depuis ce samedi. En Belgique, les voyages non essentiels en provenance et à destination d'un autre pays (européen ou non) sont interdits depuis mercredi, sauf motif impérieux. Les passagers en provenance du Royaume-Uni, d'Afrique du Sud ou d'Amérique du Sud doivent par ailleurs respecter une quarantaine de dix jours et réaliser un test PCR au premier et au septième jour, indiquent les autorités sanitaires belges.

Qu'en pensent les épidémiologistes ?

On le sait : le virus ne voyage pas tout seul, mais par l'intermédiaire des personnes qu'il infecte. À première vue, limiter les arrivées sur le sol français semble donc être une bonne idée. « Si on fermait les frontières, je pense qu'on pourrait réussir à baisser le nombre de contaminations », nous disait vendredi soir le député LREM et immunologue Jean-François Eliaou.

« Ces mesures seraient efficaces pour empêcher l'arrivée des variants très peu présents sur le territoire, à condition que les mesures soient européennes et qu'un vrai protocole de tests et d'isolement effectif pour ceux qui arrivent soit appliqué », pointe de son côté l'épidémiologiste Mahmoud Zureik. En revanche, « pour les variants fréquents sur le territoire, ces mesures n'auraient pas d'impact », ajoute-t-il.

Or, le variant dit « anglais » du SARS-CoV-2 représenterait aujourd'hui environ 2000 cas par jour, soit 10 % de ceux recensés quotidiennement en moyenne, a indiqué Olivier Véran jeudi. Le 13 mars 2020, le ministre de la Santé affirmait, en se basant sur l'avis du Conseil scientifique, que la fermeture des frontières n'avait « scientifiquement pas d'intérêt ». À sa décharge, c'était avant le premier confinement et à une époque où pas grand monde ne devait s'imaginer que la situation serait celle qu'elle est près d'un an plus tard. Il avait d'ailleurs précisé que la question « se posera vis-à-vis de pays [non européens] qui n'ont pas pris pleinement conscience de la menace virale ».