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Chasse à courre : le cerf traqué à Compiègne a-t-il été gracié ?

Les militants animalistes intervenus samedi pour le protéger sont taxés de «propagande» par les chasseurs, qui assurent que l’animal aurait de toute façon été épargné.

 A bout de forces, un cerf pourchassé par une équipe de veneurs avait trouvé refuge près d’un chantier à Compiègne, samedi.
A bout de forces, un cerf pourchassé par une équipe de veneurs avait trouvé refuge près d’un chantier à Compiègne, samedi. AVA

La bataille de communication autour d'une partie de chasse se prolonge, notamment sur les réseaux sociaux. Chasseurs et militants animalistes s'écharpent depuis samedi autour de l'incident de Compiègne, dans l'Oise, où un cerf s'est réfugié en ville lors d'une chasse à courre avant d'être protégé par une partie de la population.

Les images de l'animal, haletant, la langue pendante, poursuivi par des chiens jusque sur un chantier, sont particulièrement partagées depuis le relais de l'association Abolissons la vénerie aujourd'hui (AVA).

VIDÉO. Un cerf poursuivi par une chasse à courre se réfugie à Compiègne

Alors que celle-ci assure que l'animal a été « sauvé » grâce à « la mobilisation des habitants », ce récit a rapidement été taxé de « propagande » par les chasseurs, d'après qui le cervidé était de toute façon déjà gracié.

Depuis 2019, la loi oblige les équipages à épargner leur proie dès que celle-ci « se trouve à proximité d'habitations, de jardins privés y attenant, de zones commerciales ou artisanales et de bureaux et d'établissements accueillant du public ».

« Mensonge »

« Le maître d'équipage ou son suppléant doit sans délai et par tout moyen veiller à ce que l'animal ne soit pas approché », mettre « tout en œuvre pour retirer les chiens dans les meilleurs délais » et faciliter « le déplacement de l'animal loin de la zone habitée », écrit le Code de l'environnement.

Selon les chasseurs incriminés, c'est cette règle, et non l'intervention de la population, qui aurait décidé du sort du cerf. « Nous, on respecte les lois, appuie Alain Drach, maître d'équipage samedi. Cette association adore faire du foin. Elle fait dire n'importe quoi à des images. Prétendre que l'animal a été sauvé, c'est tout simplement un mensonge. » D'autres, sur Twitter, dénoncent également le récit supposément édulcoré des militants anti-chasse.

Contacté, Stan Broniszewski, de l'association AVA, maintient pourtant sa version des faits. « Toute cette histoire de grâce n'est qu'un élément de langage, accuse-t-il à son tour. Les chasseurs affirment qu'ils gracient le cerf, comme un signe de grandeur d'âme seigneuriale, seulement parce qu'ils sont sous pression. Ce qui ne les empêche pas d'abattre leur proie par la suite. »

En 2017, l'équipage mis en cause samedi avait été au cœur d'une autre chasse polémique à La-Croix-Saint-Ouen, lorsqu'un cerf avait été tué dans le jardin de riverains. Même si elle n'était pas encore, à l'époque, retranscrite dans la loi, la tradition aurait pourtant voulu que l'animal soit épargné en raison de sa proximité avec les habitations.

Seulement, les chasseurs avaient pu agir avec l'aval de la gendarmerie, considérant que le cerf, aux abois, devenait dangereux. « C'était totalement injustifié », s'insurge encore San Broniszewski. À l'en croire, cette issue démontrerait que cette « soi-disant grâce » n'empêche pas, en fin de compte, l'animal de « finir en trophée ».