«C’est un peu plombant» : les drôles de vacances sous couvre-feu des Parisiens en Normandie

Beaucoup de Parisiens ont fui la capitale. Exténués par la crise du Covid-19, ils sont venus prendre un bol d’air sur la côte normande. Mais l’ambiance n’y est pas.

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 Originaires des Yvelines, Valérie, Pascal et leurs deux enfants ont choisi la Manche, après avoir annulé leurs vacances à la montagne.
Originaires des Yvelines, Valérie, Pascal et leurs deux enfants ont choisi la Manche, après avoir annulé leurs vacances à la montagne. Bertrand Fizel

Un léger voile a couvert le ciel normand une partie de l'après-midi, ce samedi. A l'image de l'étrange chape qui semble peser sur le séjour des premiers vacanciers parisiens, débarqués dans la région. Originaires de Charenton-le-Pont (Val-de-Marne), Gaëlle, Christophe et leurs deux enfants, viennent pour la première fois en Normandie. Ils ont choisi Granville, la station balnéaire du Sud-Manche.

« Vraiment, on a tout de suite eu une chouette impression de cet endroit. Les vieilles maisons normandes, les plages de sable blond. Et on se dit que ça doit être merveilleux en temps normal, quand les terrasses sont sorties et que tout est ouvert. Mais là, franchement, on sent que rien n'est pareil. On avait surtout besoin de s'échapper de Paris pour venir prendre un bol d'air. C'était presque une urgence. On a donc pris une semaine ici en location. Sauf que, je ne vais pas vous mentir, on ne ressent pas cette joie habituelle du début des vacances. Tout est fermé. On voit les gens se promener masqués sur ces plages. C'est même un peu plombant. »

«Partir à 13 heures pour rentrer à temps»

A 60 km plus au nord, Pascal, Valérie et leurs deux enfants, originaires eux de Rambouillet (Yvelines) ont choisi la côte ouest du Cotentin et Barneville-Carteret où ils sont venus en gîte pour trois jours.

« On a annulé nos vacances au ski. Mais il n'était pas question de rester en région parisienne. Là, on commençait vraiment à en avoir marre. Comme on était déjà venus un week-end et qu'on a vraiment adoré, on s'est dit que c'était l'occasion de revenir et découvrir un peu mieux. Alors on ne va se plaindre. On a déjà la chance de voir la mer. Mais pour le reste, c'est vraiment bizarre de ne pouvoir profiter de rien d'autre. Et le pire, c'est le couvre-feu. De se retrouver enfermés tous les quatre à 18 heures au gîte… Sans compter que dimanche, il ne faut pas qu'on parte après 13 heures pour être rentrés à temps. Du coup, la dernière journée est presque perdue… »

Pour autant, à en croire la fréquentation de la Biscuiterie de Sortosville-en-Beaumont, l'une des attractions gastronomiques phare de la région, le contexte n'affecte pas le tourisme. Le magasin ne désemplit pas et, sur le parking, les plaques d'immatriculation franciliennes sont légion.

« C'est vraiment bien qu'au moins ces magasins atypiques puissent rester ouverts. On se fait plaisir en achetant des produits régionaux. Des choses à goûter dès ce soir, et d'autres à ramener. Après la rando de ce matin, ça donne du baume au cœur, comme un air de vraies vacances. On sent bien que les gens errent un peu en se demandant ce qu'ils peuvent faire. Donc dès qu'on trouve un endroit comme ça, normal, avec de la vie, c'est sûr qu'on s'y précipite. Ce n'est pas un hasard si on est aussi nombreux, ici. C'est quand même plus sympa que d'errer comme des spectres devant des bars et des restos fermés, en attendant de rentrer à cause du couvre-feu », explique Agnès, venue de XXe arrondissement.