«C’est le jour et la nuit» : au cœur de la campagne de vaccination contre H1N1, ils observent celle contre le Covid-19

Médecins, élus, ministres… En responsabilités lors de la vaccination contre la grippe H1N1 fin 2009, ils ont un œil plus ou moins sévère sur l’actuelle campagne.

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 Un peu plus de 5 millions de Français ont été vaccinés contre la grippe H1N1 en France en 2009, comme ici à Saint-Ouen.
Un peu plus de 5 millions de Français ont été vaccinés contre la grippe H1N1 en France en 2009, comme ici à Saint-Ouen. LP/Philippe Lavieille

« Je souhaite bon courage à mes successeurs qui auront à gérer une campagne de vaccination. » Roselyne Bachelot sait de quoi elle parle lorsqu'elle répond aux questions des sénateurs, ce 17 septembre dernier. L'actuelle ministre de la Culture, qui détenait le maroquin de la Santé onze ans plus tôt, incarne sur son nom les passerelles entre la campagne de vaccination contre la grippe H1N1 fin 2009 et l'actuelle contre le Covid-19.

De par leur ampleur, ces deux opérations sont souvent comparées. Avec une priorité pour l'actuel gouvernement : ne pas reproduire les ratés de 2009. Moins de 5,4 millions de Français s'étaient fait vacciner au 1 er juin 2010, d'après les conclusions de la commission d'enquête spécialement créée. 94 millions de doses avaient été commandées et beaucoup d'entre elles avaient dû être revendues ou tout simplement jetées.

« Vaccinodromes », le mot tabou

À l'époque, l'idée était de faire venir le patient au vaccin. Cet hiver, le but affiché prioritairement a été d'amener le vaccin au patient, d'abord dans les Ehpad. Le gouvernement n'a pas souhaité bâtir de gigantesques centres de vaccination. De tels « vaccinodromes » avaient pourtant ouvert leurs portes un peu partout en France en 2009, avec parfois de longues files d'attente sur le trottoir.

La queue pour se faire vacciner à Paris, le 27 novembre 2009.LP/Olivier Lejeune
La queue pour se faire vacciner à Paris, le 27 novembre 2009.LP/Olivier Lejeune  

Roselyne Bachelot elle-même avait été vaccinée dans un gymnase du XIVe arrondissement de Paris. Mais désormais, aucun ministre n'a employé ce terme devenu « totalement tabou », résume le député LR Jean-Pierre Door, ancien rapporteur de la commission d'enquête sur la vaccination contre la grippe H1N1. « Il ne faudrait pas rappeler les souvenirs de 2009, mais j'ai pourtant vu des petits gymnases ouverts dans mon département », grince-t-il.

Car le gouvernement s'est finalement résolu, début janvier, à annoncer l'ouverture de centres de vaccination. Mais ceux-ci sont généralement plus petits. « Quand ce sont les professionnels de santé qui les mettent en place en lien avec des élus locaux, on ne retrouve pas ce genre de lieux immenses qu'on a eus en 2009 », glisse le médecin Luc Duquesnel, installé en Mayenne. Ce généraliste était à l'époque secrétaire général de l'Union nationale des omnipraticiens français (Unof), la branche généraliste de la Confédération des Syndicats Médicaux Français. Une fois par semaine, il prenait le TGV depuis Laval pour participer à une réunion au ministère de la Santé. « Il n'y avait pas de visioconférence et personne n'avait de masque », s'amuse-t-il aujourd'hui.

Les généralistes cette fois « au cœur » du dispositif

L'autre grande différence par rapport à onze ans plus tôt repose d'ailleurs sur le rôle des médecins généralistes. Se sentant « exclus » du dispositif fin 2009, ils en sont cette fois « au cœur », avait annoncé Jean Castex lors d'une conférence de presse le 3 décembre. Ils assistent notamment le patient lors de la consultation prévaccinale, pas obligatoire mais recommandée.

« C'est le jour et la nuit », savoure Claude Leicher, nommé président du syndicat MG France le 5 décembre 2009, soit en pleine campagne de vaccination. Aujourd'hui retraité, il se souvient d'une anecdote survenue fin décembre au ministère de la Santé. « Le directeur de cabinet de Roselyne Bachelot a pris un papier un peu jauni, l'a agité devant mon nez en le présentant comme le rapport des services secrets montrant que la gravité de cette grippe était bien plus forte que ce que certains pensaient et qu'il fallait sauver la campagne de vaccination », raconte-t-il encore interloqué.

Un soignant se fait vacciner, le 20 octobre 2010. LP/Philippe Lavieille
Un soignant se fait vacciner, le 20 octobre 2010. LP/Philippe Lavieille  

L'actuel ministre de la Santé, Olivier Véran, ne passe pas un jour sans s'exprimer sur la campagne de vaccination. Il est souvent secondé par le Premier ministre, notamment lors de la traditionnelle conférence de presse du jeudi. Souvent, c'est pour répliquer aux tacles des oppositions. Le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal s'en est aussi fait une spécialité. La ministre déléguée en charge de l'Industrie Agnès Pannier-Runacher complète ce quatuor « autorisé » par le chef de l'Etat à s'exprimer officiellement sur le sujet.

Darmanin très discret

En revanche, on ne voit plus Gérald Darmanin. Le ministère de l'Intérieur, pourtant omniprésent médiatiquement au moindre fait divers, ne s'exprime sur la crise du Covid-19 que pour aborder les restrictions et les amendes lors des couvre-feux ou des confinements. Il y a onze ans, son prédécesseur Brice Hortefeux était davantage présent. Il s'exprimait notamment lors de point presse consacrés aux aspects logistiques de la campagne de vaccination.

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À ses yeux, la discrétion de son loin successeur est une « erreur ». « Un des enseignements de la canicule de 2003 a été que le ministère de la Santé n'était pas armé pour y faire face sur le plan de la logistique. Celle-ci a été confiée à la seule organisation qui fonctionne sur le terrain : celle du ministère de l'Intérieur », argue ce très proche de Nicolas Sarkozy. « Je pense qu'il a tort, la décision d'ouvrir un centre de vaccination est prise sur décision du préfet, qui dépend de l'Intérieur, sur proposition de l'ARS », répond Claude Leicher.

PODCAST. La campagne de vaccination en France est-elle un échec ?

Davantage de Français se feront certainement vacciner contre le Covid-19, qui a déjà causé la mort de 70 000 Français, que contre la grippe H1N1 et ses « seulement » 323 décès. Mais la campagne va durer de longs mois voire une année, notamment en raison d'un manque de doses. Jean-Pierre Door y voit aussi « un excès de bureaucratie ». « À l'époque, cela se faisait simplement car il n'y avait pas de consentement réel, les gens qui acceptaient de se faire vacciner n'avaient qu'à venir », souligne le député. Sauf qu'au bout de quelques semaines, se rappelle Claude Leicher, « on amenait des jeux de cartes pour s'occuper car on s'ennuyait ».