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Attaque de Conflans : l’onde de choc chez les enseignants

Un professeur d’histoire-géographie a été sauvagement tué vendredi à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines). D’ores et déjà, l’onde de l’onde de choc de l’attentat s’est propagée dans l’esprit des 800 000 fonctionnaires des salles de classe. Pourra-t-on enseigner demain comme hier ?

 Un professeur d’histoire a été retrouvé tué et décapité près d’un collège à Conflans-Sainte-Honorine, ce vendredi après-midi.
Un professeur d’histoire a été retrouvé tué et décapité près d’un collège à Conflans-Sainte-Honorine, ce vendredi après-midi. LP/Olivier Arandel

Montrer des caricatures de Mahomet pour enseigner la liberté d'expression, « c'est quelque chose que j'aurais pu tout à fait faire avec mes élèves, ça n'a rien de délirant », réfléchit tout haut Frédéric, professeur d'histoire géographie dans un lycée de Saint-Ouen, en Seine-Saint-Denis. « Mais je me demande, poursuit le même : dans quelle mesure est-ce que je pourrai encore le faire? Allons-nous nous censurer? »

La question, mêlée d'émotion et d'une certaine peur, « glace » ce professeur de banlieue parisienne, comme elle a figé nombre d'autres enseignants, incrédules, vendredi soir à l'annonce de l'attentat qui a coûté la vie à l'un de leurs collègues, à Conflans-Sainte-Honorine.

Assassiné « parce qu'il enseignait la liberté d'expression, la liberté de croire ou de ne pas croire », a expliqué sur les lieux de l'impensable Emmanuel Macron, avant d'avoir ces mots, attendus du monde scolaire : « Je veux dire ce soir à tous les enseignants de France que nous sommes avec eux, la nation tout entière sera là aujourd'hui et demain. »

VIDÉO. Emmanuel Macron à Conflans-Sainte-Honorine : « Un attentat islamiste caractérisé »

D'ores et déjà, l'onde de l'onde de choc de l'attentat s'est propagée, dans l'esprit des 800 000 fonctionnaires des salles de classe. Pourra-t-on enseigner demain comme hier ? Et comment réagir, là, tout de suite ? Les vacances, qui débutent ce samedi, vont disperser pour deux semaines un monde scolaire qui aura, ces jours-ci, grand besoin d'échanger.

« On se dit entre nous qu'il faut faire quelque chose, mais on ne sait pas quoi… » admet Frédéric, sonné. « On est sidérés, et endeuillés, nos premières pensées vont pour sa famille bien sûr. La question de savoir ce qu'on pourra dire en classe désormais se pose aussi », ajoute Christine Guimonet, enseignante dans un lycée de Cergy-Pontoise et présidente de l'association des professeurs d'histoire-géographie (APHG).

La liberté pédagogique restreinte ?

Certes, l'enseignement de la liberté d'expression fait partie des programmes, et à ce titre, il ne devrait pas disparaître d'un seul coup des cahiers des collégiens et lycéens. « On en parle en cours d'éducation morale et civique, mais aussi en histoire en diverses occasions, par exemple au moment d'étudier la Révolution française et l'émergence de la presse d'opinion », explique Christine Guimonet. Cependant, si les notions sont imposées par les programmes, les outils employés pour expliquer les concepts relèvent de leur liberté pédagogique. C'est celle-ci qui pourrait se trouver restreinte par la peur de la violence. « Je refuse d'y céder, mais oui, c'est cela qui est en jeu », admet Philippe Watrelot, professeur de SES dans un lycée de banlieue parisienne, et ancien directeur des Cahiers pédagogiques, très écouté dans le monde enseignant.

Ainsi, si quelques enseignants font le choix de montrer à leurs élèves les caricatures de Charlie Hebdo, par exemple, beaucoup d'autres préfèrent des contenus à l'actualité moins brûlante. Christine Guimonet, avec ses lycéens, s'appuie sur des caricatures… du XIXe siècle, relatives à la bataille entre l'Église catholique et les anticléricaux. « Des dessins autrement plus violents que ceux de Charlie Hebdo », souligne la professeur. Mais bien moins susceptibles, aussi, de heurter la sensibilité des élèves, ou celle de leurs parents, et de créer des incidents.

Selon le rapport annuel de l'Education nationale sur les Valeurs de la République, publié mardi (13 octobre), les « contestations d'enseignements » représentent 15 % des atteintes à la laïcité recensées en milieu scolaire, à niveau égal avec le port de signes religieux ostentatoires, et en dessous des « suspicions de prosélytisme » (24 %). Au global, sur les 935 cas signalés entre septembre et mars dernier, 22 % ont été le fait de parents d'élèves.