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Attaque de Conflans : «Ces terroristes sont des assassins qui n’ont de religieux que les slogans»

Les représentants de l’islam de France sont révoltés par l’assassinat de Samuel Paty. Ils défendent d’une même voix la liberté d’expression et appellent à «faire bloc autour de la République».

 «Il faut que les musulmans s’expriment et que les imams dénoncent», assure Abdallah Zekri, président de l’Observatoire de lutte contre l’islamophobie.
«Il faut que les musulmans s’expriment et que les imams dénoncent», assure Abdallah Zekri, président de l’Observatoire de lutte contre l’islamophobie. MAXPPP/Christophe Petit Tesson

« Dégoût », « révolte », « haine » : les représentants de l'islam de France que nous avons appelés ce samedi n'avaient pas de mots assez forts pour traduire leur état d'esprit au lendemain de l'assassinat de Samuel Paty, professeur d'histoire à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines).

Très ému, le président du Conseil français du culte musulman (CFCM), Mohammed Moussaoui, « horrifié par ce crime abject », adresse ses « pensées et prières à la famille, aux proches, aux élèves et aux collègues de la victime ». Abdallah Zekri, président de l'Observatoire de lutte contre l'islamophobie et délégué général du CFCM, y associe « tout le corps enseignant qui veille sur nos enfants et les aide à acquérir les compétences qui leur permettront de prendre leur place dans la société ».

Ces musulmans pratiquants refusent avec indignation à l'auteur de cet attentat, un jeune Tchétchène de 18 ans, le droit de se réclamer de l'islam. « Evoquer les caricatures du prophète Mahomet pour justifier ce crime ignoble est une insulte à la mémoire du prophète », cingle Mohammed Moussaoui, pour qui « ces terroristes sont des assassins qui n'ont de religieux que les slogans et dont les actes incarnent la trahison de tout ce qui est sacré ». Pour Anouar Kbibech, président du Rassemblement des musulmans de France (RMF), « c'est un petit délinquant qui prétend défendre le prophète Mahomet mais ce dernier, lorsqu'il a été traité de fou et a reçu des pierres, il n'a pas répondu par la violence ».

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Tous soutiennent sans la moindre ambiguïté le droit à la liberté d'expression. « Le droit de caricaturer est un droit donné que les musulmans ont le droit de ne pas aimer, voire de détester mais rien ne justifie l'assassinat d'un homme, martèle Mohammed Moussaoui. Les musulmans de France doivent accepter tous les débats et refuser toutes les violences. » Recteur de la Grande mosquée de Lyon (Rhône), Kamel Kabtane entend, lui aussi, « défendre la liberté d'expression », soulignant que « les musulmans qui souhaitent simplement s'exprimer sur leur religion en sont parfois privés. »

Mais une grande lassitude se fait jour lorsqu'ils évoquent le risque d'amalgame qui resurgit à chaque attentat. « On est obligé de s'expliquer, de s'excuser, de se justifier, c'est insupportable », s'insurge Kamel Kabtane. Anouar Kbibech fait part de son « sentiment de rage et de désespoir » face à ce nouveau cycle de violence. « A chaque fois, c'est le même film, avec une mise à l'index des musulmans suivis d'actes de représailles contre eux », se désole-t-il, exprimant le ras-le-bol d'une communauté qui « n'en peut plus d'être prise en otage ».

Dans le même temps, il appelle « les musulmans de France à réagir et crier haut et fort leur indignation face à un acte abject, inacceptable et inconcevable ». « Il faut que les musulmans s'expriment et que les imams dénoncent », assure, de son côté, Abdallah Zekri. Mohammed Moussaoui ne mâche pas ses mots : « C'est un totalitarisme qui se cache derrière un vocabulaire musulman », réaffirmant la nécessité de « combattre de toutes nos forces cet ennemi ».

Dans ce combat, « les musulmans ont un rôle prépondérant à jouer, mais pas seuls », souligne Anouar Kbibech. « Il y a un travail de fond à mener et tout le monde doit l'assumer : les parents, l'école, la société, et, sur un plan religieux, les imams, pour apporter une réponse claire et définitive à ces problématiques qui nous empoisonnent. » « Pour combattre l'islamisme radical et politique, il faut faire bloc autour de la République et défendre la laïcité », affirme Abdallah Zekri. Le président du CFCM insiste lui aussi sur l'importance d'afficher une unité nationale : « Notre combat contre cet ennemi, nous ne le vaincrons par notre cohésion. »

Si les autorités religieuses sont invitées à l'hommage national que l'Etat entend rendre à Samuel Paty, Mohammed Moussaoui sera présent « pour dire à ces terroristes qu'ils ne parviendront pas à nous diviser ». « Ils ne mettront jamais la France à genoux », renchérit Mohammed Azizi, aumônier national hospitalier du culte musulman.