Ain : le dossier de l’apprenti guinéen menacé d’expulsion et soutenu par une boulangère va être réexaminé

Mamadou Yaya Bah, 20 ans, pourrait commencer sa formation en boulangerie dans les prochaines semaines

Patricia Hyvernat, la boulangère de La Chapelle-du-Châtelard dans l'Ain, en grève de la faim pour éviter l'expulsion de Yaya, son apprenti guinéen.
Patricia Hyvernat, la boulangère de La Chapelle-du-Châtelard dans l'Ain, en grève de la faim pour éviter l'expulsion de Yaya, son apprenti guinéen. Catherine LAGRANGE

C’est le début d’une victoire pour une boulangère de l’Ain. La préfecture de l’Ain va procéder à un « réexamen rapide » du dossier de Mamadou Yaya Bah, un jeune réfugié guinéen menacé d’expulsion pour lequel Patricia Hyvernat, une boulangère souhaitant le former en apprentissage était en grève de la faim depuis deux semaines.

« Mme Hyvernat a formalisé une promesse d’embauche auprès des services de la Direccte (direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi, NDLR) vendredi dernier. Il s’agit d’une pièce essentielle prouvant la bonne intégration professionnelle de M. Bah », a indiqué la préfecture de l’Ain. « J’ai l’espoir que tout va s’arranger », confie l’artisane installée avec son mari à La-Chapelle-du-Châtelard, un village de quelque 390 âmes. Le couple et leur futur apprenti seront reçus à la préfecture de Bourg-en-Bresse le 3 mars prochain pour y déposer une nouvelle demande de titre de séjour. « Je vais arrêter ma grève de la faim », poursuit celle qui ne s’alimentait plus que de thé, café, bouillon de légumes et de jus de fruits et envisageait l’hospitalisation après avoir perdu 7 kilos depuis le 9 février.

Mamadou Yaya Bah, 20 ans, pourrait commencer sa formation en boulangerie dans les prochaines semaines au CFA voisin d’Ambérieux-en-Bugey, selon Mme Hyvernat, une fois obtenu un récépissé de demande de titre de séjour. « Ça aurait été beaucoup plus dur pour moi de le voir repartir dans son pays que de faire cette grève de la faim. C’est la seule manière que j’ai trouvé pour qu’on se fasse entendre », explique la quinquagénaire à propos du jeune homme, qui selon elle est arrivé en France à l’âge de 16 ans après avoir quitté sa Guinée natale et avoir été emprisonné en Libye.

Une méthode qui fonctionne

Cette démarche victorieuse fait écho au combat de Stéphane Ravacley, un boulanger du Doubs, qui au terme d’une autre grève de la faim très médiatisée en début d’année avait empêché l’expulsion de Laye Fodé Traoré, son jeune apprenti guinéen. M. Ravacley avait d’ailleurs rendu visite à Mme Hyvernat la semaine dernière pour la soutenir et partager son expérience.

A La-Chapelle-du-Châtelard, les boulangers qui souhaitent prendre leur retraite dans trois ans et transmettre leur entreprise à leur futur apprenti se sont trouvés une vocation dans cette épreuve. « On veut créer un lieu de formation pour jeunes migrants non scolarisés autour des métiers de la cuisine, de la boulangerie ou de la pâtisserie et en leur apportant un soutien psychologique. Justifier d’une formation leur permettrait ensuite de s’intégrer », explique la boulangère.te