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Affaire Duhamel : pour Louis Schweitzer, Frédéric Mion «doit rester» à la tête de Sciences-po

Nommé président par intérim de la Fondation nationale de sciences politiques (FNSP) après le départ d’Olivier Duhamel, accusé d’inceste, Louis Schweitzer nous accorde sa première interview. Et apporte son soutien à l’actuel directeur de la célèbre école parisienne.

 «J’ai le sentiment que Frédéric Mion doit rester, c’est un directeur remarquable», dit Louis Schweitzer, en pleine crise à Sciences-po après l’affaire Duhamel.
«J’ai le sentiment que Frédéric Mion doit rester, c’est un directeur remarquable», dit Louis Schweitzer, en pleine crise à Sciences-po après l’affaire Duhamel. LP/Frédéric Dugit

Elu ce mercredi 13 janvier président par intérim de la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP), la maison mère de Sciences-po Paris, Louis Schweitzer livre au Parisien - Aujourd'hui en France sa première interview. A lui, le haut fonctionnaire protestant de 78 ans, ex-patron du groupe Renault, et proche du parti socialiste, de gérer la crise suscitée par le départ surprise d'Olivier Duhamel à la suite des révélations faites dans le livre « La Familia grande » (éditions du Seuil) de Camille Kouchner, qui accuse le politologue, son beau-père, d'inceste sur son frère jumeau.

Alors que la ministre de l'Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, a annoncé ce jeudi qu'elle allait « saisir l'inspection générale » pour lancer une enquête à Sciences-po et « recevoir » son directeur, Frédéric Mion, aujourd'hui contesté − il a reconnu avoir été alerté des accusations visant Olivier Duhamel dès 2019 −, Louis Schweitzer dispose de six mois pour rétablir la confiance dans cette institution parisienne prestigieuse et trouver un successeur au politologue de renom.

Vous prenez les rênes de la Fondation nationale des sciences politiques dans un contexte troublé. Quelle va être votre mission ?

LOUIS SCHWEITZER. C'est une mission courte, car le conseil de Sciences-po est en voie de recomposition, et mon propre mandat de membre du collège des fondateurs s'arrête le 10 mai. Ma mission principale sera de contribuer au choix d'un nouveau président. Un, ou une, bonne présidente. Deuxièmement, il faudra revoir les modalités des procédures de désignation du président, et de sélection des membres fondateurs.

C'est-à-dire ?

Selon les statuts, le président est choisi parmi le collège des dix membres fondateurs, eux-mêmes cooptés et siégeant pour une durée de dix ans. La proposition est d'éclairer le choix des fondateurs par la mise en place d'un comité de recherche, qui proposera des candidatures pour la présidence. L'objectif est de donner aux élus du conseil d'administration (NDLR : une quinzaine de personnes qui composent, avec les dix membres fondateurs, cette instance) un rôle plus marqué, sans modifier les statuts de Sciences-po. Au-delà de ces changements, cette très belle école a subi un traumatisme. Il ne s'agit pas de l'effacer mais d'accompagner le retour à une vie normale. Il y aura une période de rétablissement.

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Ce rétablissement passe-t-il par le départ du directeur ?

J'ai le sentiment que Frédéric Mion doit rester, c'est un directeur remarquable. Je crois que c'est aussi la conviction du conseil. Il n'est, bien sûr, absolument pour rien dans l'épisode Olivier Duhamel. Il a fait ce qu'il a cru être le mieux pour Sciences-po quand il a été informé de la rumeur par Aurélie Filippetti (NDLR : ancienne ministre de la Culture, puis professeure à Sciences-po).

Dites-vous, comme Laurence Parisot, membre du conseil de la FNSP, que Frédéric Mion a commis « une erreur » en ne poussant pas plus loin son enquête ?

Au moment où Frédéric Mion a été informé de la rumeur, il a fait ce qu'il pensait bien. Sans doute aurait-il pu mentionner, lorsque la crise a éclaté ces derniers jours, cet échange passé avec Aurélie Filippetti et la réaction qu'il a eue à l'époque. Rétrospectivement, c'est sûrement une maladresse. Mais ce qui est important à mes yeux est le fait qu'il n'y a eu aucune complicité, aucune volonté de masquer quelque chose d'inacceptable.

Vous dites que M. Mion a fait ce qu'il pensait le mieux « pour Sciences-po ». Dans une tribune publiée ce mercredi, des étudiants et personnels reprochent justement au directeur d'avoir protégé l'institution avant de chercher la vérité…

Le souci de Frédéric a été de protéger l'institution dans son ensemble et les personnes qui en font partie. Il est évident à mes yeux et il est clair pour le conseil que la responsabilité de ce traumatisme ne réside pas chez ceux qui sont actuellement à Sciences-po. Vous n'éviterez jamais qu'une personne dans sa vie privée puisse faire quelque chose de mal. La seule chose que l'on puisse faire est de s'assurer que les procédures de sélection ne donnent pas lieu à des critiques. Il existe toujours un risque d'accident de cause externe. Mais il faut montrer qu'on a fait tout ce qu'on pouvait pour l'éviter.

Etiez-vous au courant, personnellement, des rumeurs qui circulaient à propos d'Olivier Duhamel ?

Non. Je l'ai découvert quand Olivier Duhamel a annoncé son départ pour raisons personnelles, lundi 4 janvier.

Pensez-vous que les institutions informelles comme le Siècle, dont faisait partie Olivier Duhamel, ainsi que vous-même, ont encore leur place dans une société qui réclame plus d'ouverture de ses élites, et moins d'entre-soi ?

Le Siècle est un club. Je ne connais aucun pays qui n'en ait pas. J'y suis entré en 1981 quand le Siècle a voulu « rosir » ce cénacle (rires) ! Mais je n'y suis plus car il existe une limite d'âge fixée à 75 ans. C'est un lieu de rencontre, pas un lieu de pouvoir. Cela me paraît très utile que les gens aient un lieu pour échanger entre politiques, chefs d'entreprise, syndicalistes, etc. Le Siècle a évolué, il y a plus de femmes aujourd'hui, grâce à Dieu ! Il faut que ces lieux ne soient pas le domaine de « happy few » qui écartent ceux qui ne sont pas de leur sensibilité. Si les « happy few » sont intelligents, ils évitent l'entre-soi.

PODCAST. L'affaire Olivier Duhamel : le livre choc de Camille Kouchner

Quelle était l'ambiance mercredi au conseil d'administration de Sciences-po ?

Frédéric Mion a fait une réunion informelle de tous les membres du conseil mercredi 6 janvier, tout le monde était sous le choc. Le conseil d'administration d'hier (NDLR : le 13 janvier) a été relativement bref, et marqué par une grande cohésion. J'ai été désigné président par intérim par 22 voix pour et un vote blanc, c'est un élément de confiance. Après un traumatisme, il peut y avoir des déchirements, cela n'a pas été le cas.