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A Saint-Etienne-du-Rouvray après l’attentat de Conflans : «La plaie qui semblait se fermer s’est rouverte»

Lors de la messe, dimanche matin, les fidèles de la commune où fut égorgé le père Hamel en juillet 2016 ont prié pour Samuel Paty. L’assassinat de l’enseignant a ravivé l’immense douleur engendrée par celui de l’abbé.

 Saint-Etienne-du-Rouvray (Seine-Maritime), dimanche 18 octobre. Sur le mur de l’église Sainte-Thérèse-du-Madrillet est affiché un portrait du père Hamel.
Saint-Etienne-du-Rouvray (Seine-Maritime), dimanche 18 octobre. Sur le mur de l’église Sainte-Thérèse-du-Madrillet est affiché un portrait du père Hamel. LP/Arnaud Dumontier

Dès qu'elle a appris, vendredi soir, l'assassinat du professeur d'histoire Samuel Paty, Claudine, 59 ans, paroissienne très engagée de l'église Sainte-Thérèse-du-Madrillet à Saint-Etienne-du-Rouvray (Seine-Maritime) a réactualisé les intentions de prière universelle lues à la messe.

Alors, en ce dimanche d'office, non loin de l'autel, cette laïque consacrée invite, au micro, l'assemblée à prier « pour la famille de Monsieur Samuel Paty, victime du fanatisme religieux qui gangrène notre société », mais aussi « pour la communauté éducative » du collège de Conflans-Sainte-Honorine. Avant de s'adresser au Tout-Puissant : « Que ta miséricorde leur accorde un chemin de paix et de consolation ».

Ici, dans cette cité populaire de la banlieue rouennaise, la décapitation de l'enseignant des Yvelines a ravivé une autre douleur incommensurable, celle de l'égorgement en pleine messe, il y a un peu plus de quatre ans, de l'abbé Jacques Hamel, cible de deux terroristes islamistes. C'est dans l'autre église de la commune que la barbarie avait tué le clerc de 85 ans aujourd'hui sur la voie de la béatification.

Saint-Etienne-du-Rouvray, ce dimanche matin. Au début de la célébration, le père Hubert a rappelé que «la meilleure des œuvres, c’est l’amour». LP/Arnaud Dumontier
Saint-Etienne-du-Rouvray, ce dimanche matin. Au début de la célébration, le père Hubert a rappelé que «la meilleure des œuvres, c’est l’amour». LP/Arnaud Dumontier  

« Ça continue, c'est une spirale infernale », résume Nolwenn, 25 ans. « C'est un crime semblable qui montre qu'on n'a pas réussi à sortir de cette haine. On vit dans un monde instable. Les pouvoirs publics devraient faire preuve de plus d'autorité », encourage Yves, retraité septuagénaire. « Ça nous remémore des blessures. La plaie, qui semblait se fermer, s'est rouverte. Mais Dieu est là pour panser les plaies », promet le père Hubert, 44 ans, qui annonce l'Evangile depuis trois ans à Saint-Etienne-du-Rouvray.

Comme la plupart de ses paroissiens, il « pardonne au bourreau ». « Sur la croix, le Christ a dit : Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu'ils font », argumente-t-il. Au début de la célébration, il rappelle que « la meilleure des œuvres, c'est l'amour », encensant « la mayonnaise de la fraternité ». « N'ayez pas peur d'avoir cette diversité, c'est une grâce de Dieu », lance-t-il à ses ouailles aux origines multiples.

«C'est l'histoire qui se répète, ça fait trop mal»

Il les convie également, à la demande de l'archevêque de Rouen Mgr Dominique Lebrun, à une rencontre dans l'après-midi avec les autres responsables des cultes devant la « stèle républicaine pour la paix et la fraternité » dressée en mémoire du père Hamel près de l'édifice pris d'assaut. Un rassemblement afin de rendre hommage au martyr de la République Samuel Paty.

Cathy, 48 ans, auxiliaire de vie, a « toujours l'espérance » et « croit à un monde meilleur » mais n'est pas à l'abri d'un doute. « Je demande à Dieu de nous protéger. Mais des fois, je lui dis : Tu es où ? », confesse-t-elle. Face à cette « horreur », elle se sent « impuissante ». « On ne sait pas où aller. Que faire ? », s'interroge-t-elle. La mort de Samuel Paty la « touche autant » que celle de l'ecclésiastique. « C'est l'histoire qui se répète, ça fait trop mal », s'émeut-elle.

«Il faut savoir pardonner à ses ennemis»

Sur le mur de l'église Sainte-Thérèse-du-Madrillet sont affichés un portrait du père Hamel et ses mots qu'il tirait de l'Evangile : « Dieu a semé la parole dans nos cœurs pour qu'elle porte du fruit ». « Jacques est toujours parmi nous, vivant », assure Claudine, 59 ans, qui n'a « pas dormi » de la nuit quand elle a su que la sauvagerie frappait cette fois l'école. « Un symbole de la République », résume celle qui souhaite que « notre chef d'Etat réagisse ». Pour elle, on a le « droit de ne pas aimer une caricature » mais évidemment « pas de tuer ».

« Il faut faire tous ensemble société dans le respect des différences. Mais en laissant se développer les communautarismes, on s'est mis en danger. Et ce n'est malheureusement pas fini », s'alarme Michèle. Aux yeux d'Alain, 73 ans, « le prof faisait son métier ». « Il a été victime de la folie », s'indigne-t-il, tout en insistant sur le fait qu'il « faut savoir pardonner à ses ennemis ». Même son de cloche quand on interroge, Jean-Louis, 63 ans. « Je prie aussi pour ceux qui sont capables de commettre le pire… »