À Rouen, des pavés gravés en hommage aux familles juives déportées

Les premiers «stolpersteine» de l’association Pavés de mémoire ont été installés sur les trottoirs de l’agglomération, devant le dernier domicile connu de familles victimes du nazisme.

 Devant le n° 7 de la rue Tabouret à Rouen, quatre pavés ont été scellés sur le trottoir pour rappeler qu’ici quatre membres de la famille Frauenthal ont été arrêtés puis déportés.
Devant le n° 7 de la rue Tabouret à Rouen, quatre pavés ont été scellés sur le trottoir pour rappeler qu’ici quatre membres de la famille Frauenthal ont été arrêtés puis déportés. Association Pavés de Mémoire R

Ce sont trois simples pavés, recouverts de laiton, incrustés sur le trottoir devant le n° 40 de la rue Armand-Carrel à Rouen (Seine-Maritime). Trois noms : Germaine, Renée et Lina Ganon, respectivement âgées de 37, 14 et 12 ans. Trois victimes du nazisme issues de la même famille, la tante et les cousines de Jean-Jacques Ganon, qui, aujourd'hui, reçoit avec émotion ce discret et symbolique hommage.

« Pour moi, c'est un peu la concrétisation d'un parcours personnel, quand j'ai commencé à m'intéresser au passé de ma famille à la mort de mon père en 1989. C'est une page de mon histoire, mais au fond elle n'appartient pas qu'à moi puisqu'elle raconte quelque chose qu'il ne faudra jamais oublier. »

Lancée par l'association rouennaise Pavés de mémoire, cette initiative s'appuie sur le travail mémoriel réalisé depuis les années 1990 par l'artiste allemand Gunter Demnig avec ses « stolpersteine », littéralement des « pierres sur lesquelles on trébuche ».

Des victimes le plus souvent anonymes

« Ces pavés, installés sur l'espace public avec l'accord des municipalités, honorent la mémoire de toutes les victimes du nazisme », rappelle Corinne Bouillot, maître de conférence en études germaniques à l'Université de Rouen et membre de l'équipe d'organisation. « Ici, nous avons choisi de ne retenir que les familles juives avec des enfants qui ont été déportées et assassinées. » Des victimes le plus souvent anonymes pour lesquelles il n'existait aucun lieu de recueillement.

À Sotteville-lès-Rouen, sept pavés ont été posés pour rappeler l’arrestation et la déportation de la famille Kavayero. Association Pavés de Mémoire R
À Sotteville-lès-Rouen, sept pavés ont été posés pour rappeler l’arrestation et la déportation de la famille Kavayero. Association Pavés de Mémoire R  

Au total, ce sont trente-neuf – et bientôt quarante-et-un – pavés qui ont été installés à Rouen, mais aussi à Sotteville-lès-Rouen, en mémoire de neuf familles devant leur dernier domicile connu, grâce notamment au travail de recherches mené par l'historienne Françoise Bottois. L'occasion aussi d'impliquer des collégiens et lycéens rouennais qui ont travaillé sur le passé de ces disparus.

Cette vaste campagne, la plus importante en France, devrait se poursuivre l'année prochaine avec, certainement, la présence de Gunter Demnig, à l'occasion d'une cérémonie officielle puisque celles prévues en avril, puis en ce mois d'octobre, n'ont pu avoir lieu en raison de la crise sanitaire.