Gisèle Halimi au Panthéon : le dossier, relancé, est «sur la table à l’Elysée»

Le rapport de Benjamin Stora sur la mémoire de la guerre d’Algérie, remis à Emmanuel Macron mercredi 20 janvier, propose de faire entrer l’avocate et militante Gisèle Halimi au Panthéon. L’Elysée travaille au lancement du processus de concertation et la ministre chargée de l’Egalité Femmes Hommes, Elisabeth Moreno, souhaite ardemment voir aboutir ce projet.

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Gisèle Halimi, avocate et figure féministe, est décédée à l’âge de 93 ans.
Gisèle Halimi, avocate et figure féministe, est décédée à l’âge de 93 ans. AFP/Jack Guez

Et de six ? Gisèle Halimi, avocate, femme politique et militante féministe, décédée le 28 juillet 2020 à l’âge de 93 ans, deviendra-t-elle la sixième femme à entrer au Panthéon ? Le dossier est désormais entre les mains du président de la République qui s’apprête à lancer le processus de concertation pour la panthéonisation de ce grand nom des droits des Femmes et de l’anticolonialisme.

Après une pétition (34 000 signatures) en faveur de cette initiative, un vote du Conseil de Paris à l’automne, allant dans ce sens, et une manifestation en ligne de collectifs féministes qui a fait grimper le hashtag #GiseleHalimiauPantheon dans les hautes sphères des réseaux sociaux, pour quelle raison ce projet revient-il sur le devant de la scène ? Cette proposition de panthéonisation apparaît dans les préconisations du rapport de l’historien Benjamin Stora, qui a été remis mercredi 20 janvier à Emmanuel Macron, sur la mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie, un an avant le soixantième anniversaire de l’indépendance du pays (5 juillet 1962). Le texte mentionne Gisèle Halimi comme une « grande figure d’opposition à la guerre d’Algérie ».

Un hommage national en préparation

Les noms inscrits dans ce monument chargé d’honorer de grands personnages ayant marqué l’Histoire de France sont actuellement au nombre de 80 (dont 75 hommes). Gisèle Halimi, née en Tunisie, succéderait ainsi à la femme politique qui a porté la loi permettant de recourir à un avortement, Simone Veil (transférée en 2018), la résistante Geneviève de Gaulle-Anthonioz (2015), l’ethnologue et résistante Germaine Tillion (2015), la physicienne et deux fois prix Nobel Marie Curie (1995) et la scientifique, Sophie Berthelot (1907).

En septembre, Emmanuel Macron a annoncé qu’un hommage national lui serait rendu dans la cour des Invalides. Il devrait se dérouler au printemps si les conditions sanitaires le permettent. « De sa chère Tunisie à notre Assemblée nationale, des prétoires aux hémicycles, de plaidoyers en manifestes, celle qui était née Zeïza Taïeb plaida pour l’émancipation des peuples et fit faire des bonds de géant à la cause des femmes », avait-il alors énoncé. Mais concernant une éventuelle panthéonisation, rien.

« Le sujet est sur la table à l’Elysée »

La cause a pourtant des soutiens y compris au sein du gouvernement. Élisabeth Moreno notamment, la ministre déléguée à l’Égalité hommes femmes, la qualifie de « juste ». « Je ne crois pas que seules 5 femmes aient participé au rayonnement de la France, lance, en préambule, Élisabeth Moreno. Je m’étais exprimée bien avant le rapport Stora en faveur de la panthéonisation de Gisèle Halimi. Lorsqu’il a évoqué ce sujet dans le cadre de son rapport sur les mémoires de la colonisation et de la guerre d’Algérie, j’ai sauté de joie. Je me suis dit que cela allait faire avancer le dossier. Elle a tellement fait pour la cause des femmes, elle était une pionnière. Quand je pense qu’elle a fait une grève de la faim à 10 ans car elle refusait de faire le lit de son frère… Quelle combativité ! Elle était toujours du côté des victimes. Le sujet est aujourd’hui sur la table à l’Elysée, je m’en réjouis et je le pousse autant que je peux. »

Dès le décès de Gisèle Halimi, son entrée au Panthéon a été réclamée par des collectifs féministes mais aussi des élus. Ainsi, le 6 octobre, sur proposition du groupe communiste, des conseillers de Paris ont voté pour réclamer au chef de l’Etat que l’avocate y soit transférée. « Il y a très peu de femmes au Panthéon, et encore moins de progressistes. On trouve que ce serait un beau symbole qu’elle puisse y rentrer », avait notamment déclaré l’élue communiste, Raphaëlle Primet.

Le procès de Bobigny fait d’elle la voix des femmes

Droit à l’avortement, abolition de la peine de mort, criminalisation du viol, dépénalisation de l’homosexualité… Gisèle Halimi était de toutes ces batailles. À 33 ans, celle qui prône l’indépendance de l’Algérie, devient l’avocate de Djamila Boupacha, une militante FLN, accusée d’avoir posé une bombe à Alger, en 1959. Elle est violée et torturée par des soldats français durant sa détention. Le grand public découvre la voix posée et implacable de l’avocate, son aplomb aussi.

C’est en 1972 qu’elle devient LA voix des femmes. Cette année-là, une jeune fille de 16 ans, Marie-Claire, et sa mère, qui l’a aidée à avorter après un viol, sont poursuivies. Elles demandent à Gisèle Halimi de les défendre. Seule femme debout face à des hommes assis, Me Halimi fait de ce procès une tribune pour la libéralisation du droit à l’avortement qui interviendra 3 ans après. C’est le procès de Bobigny (Seine-Saint-Denis). Marie-Claire est relaxée.

De même, sa stratégie de défense médiatisée de deux femmes victimes d’un viol collectif, Anne Tonglet et Araceli Castellano, devant les assises d’Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), en 1978, contribue à l’adoption d’une nouvelle loi en 1980 définissant le viol comme un crime. Ce qu’il n’était pas jusqu’alors.