Epilation : pourquoi les femmes se rebiffent

Une enquête de l’Ifop, que nous révélons en exclusivité, met en exergue un recul sans précédent des pratiques dépilatoires en France. Toutefois, la pression sociale d’une peau lisse pèse toujours beaucoup sur les corps féminins.

Par rapport à une enquête de l'Ifop menée il y a huit ans, l’épilation des aisselles a perdu aujourd'hui 10 points, même si 81 % des femmes le font toujours.
Par rapport à une enquête de l'Ifop menée il y a huit ans, l’épilation des aisselles a perdu aujourd'hui 10 points, même si 81 % des femmes le font toujours. Istock/Hailey Seelig

Une peau lisse et sans poils : c’est l’une des injonctions les plus profondément ancrées sous couvert de critère de beauté féminine, voire d’hygiène. Une vaste enquête de l’Ifop* que nous révélons ce mercredi sur les pratiques dépilatoires, montre que depuis 2013 les femmes sont de plus en plus nombreuses à s’en affranchir. Réalisée pour la plateforme de santé sexuelle, Charles.co, cette étude marque-t-elle pour autant la fin des diktats ? « Nos travaux mettent en avant un recul sans précédent de ces pratiques en France même si la pression à la dépilation pèse toujours beaucoup plus sur les corps féminins que masculins », reconnaît François Kraus, directeur du pôle Politique/Actualité à l’Ifop.

Epilation : pourquoi les femmes se rebiffent

Par rapport à une enquête menée il y a huit ans, l’épilation des aisselles a perdu 10 points (même si 81 % des femmes le font toujours). Même chose pour les jambes (-12 points), avec cependant toujours 80 % d’adeptes du rasoir ou de la cire. « Le nombre de femmes ne s’épilant pas du tout le pubis a doublé en huit ans (NDLR : 28 % en 2021 contre 15 % en 2013). Et si les confinements ont sans doute créé des conditions propices à cette tendance, la crise sanitaire n’a fait qu’accélérer ce qui était déjà perceptible depuis quelques années », juge l’expert.

À partir de 1920, les publicités pour des produits dépilatoires remplissent les magazines féminins

Plus le corps des femmes s’est dévoilé au fil des époques, plus la norme du glabre s’est imposée, et ce parallèlement à la naissance des premiers rasoirs jetables au début du XXe siècle. À partir de 1920, les publicités pour des produits dépilatoires remplissent les magazines féminins et font culpabiliser les femmes qui montrent leurs poils les plus visibles, ceux des jambes essentiellement. Mais c’est surtout après la deuxième guerre mondiale que l’injonction devient massive et se tourne progressivement vers des parties du corps de plus en plus intimes comme le pubis. Aux Etats-Unis, dans le film « 7 ans de réflexion » (1955), même Marilyn Monroe a dû porter une double culotte pour que ses poils pubiens n’apparaissent pas lors de LA scène culte. Celle de la robe blanche soulevée par la ventilation du métro…

Avec l’arrivée (et le succès) du maillot de bain « brésilien » très échancré, dans les années 1980, l’épilation du pubis s’est répandue chez la gent féminine. Une étape de plus est franchie, dès les années 1990, lorsque l’industrie du porno fait passer le message qu’une femme désirable est une femme dont le sexe est intégralement épilé. « Au niveau pubien, nous avons deux tendances contradictoires, note François Kraus. Certes, le retour au naturel, le besoin de se réapproprier son corps et le rejet des injonctions ont fait que le nombre de femmes ne s’épilant plus, a doublé. Toutefois, parallèlement, la pratique de l’épilation intégrale apparaît aussi en nette progression, avec 10 points de plus par rapport à 2013. Elles sont aujourd’hui 24 % à adopter cette pratique qui n’est plus l’apanage des jeunes de moins de 25 ans. Elle s’est aussi diffusée aux femmes de 25-34 ans et de 35-49 ans. »

« Je serai honnête : c’est le regard des autres qui fait que je m’épile les jambes si je porte une jupe et je ne me vois pas, lors d’un premier rendez-vous amoureux, garder mes poils, reconnaît Emma, 24 ans, vendeuse à Créteil (Val-de-Marne). Je me sens plus à l’aise sans mais l’important est de laisser tranquille celles qui font un autre choix et l’affichent. Je suis écœurée par les insultes qu’elles subissent sur les réseaux sociaux. Qu’on leur foute la paix ! », tacle la jeune femme. « Je n’y avais jamais pensé, poursuit sa collègue Nadia, mais qui a décidé un jour que nous devions nous épiler ? Qui nous a convaincues que nos poils étaient dégoûtants ? C’est quand même souvent douloureux, du temps passé pour le faire et de l’argent dépensé. »

« De plus en plus de femmes s’interrogent sur ces pratiques »

Du côté du collectif féministe, « Liberté, pilosité, sororité », les militantes luttent en faveur de l’acceptation de la pilosité féminine, manifestation naturelle du corps. Il ne s’agit pas pour elles d’imposer de nouvelles normes de beauté mais de s’en affranchir. Bref, que les femmes se sentent aussi libres que les hommes, épilées ou non, sans être jugées. « De plus en plus de femmes s’interrogent sur ces pratiques. Pourquoi moi, en tant que femme, je le fais ? Parce que je m’y sens obligée lorsque je vais à la plage ou à la piscine ? Parce que je trouve ça plus joli ?…. même si c’est une construction sociale », précise Estelle, membre du collectif.

Face à cette pression, plus d’une Française sur deux déclare qu’elles pourraient cesser un jour de s’enlever les poils du maillot (56 %) et des jambes (58 %). Cependant, cet arrêt ne serait complet, y compris durant les saisons (printemps, été) où ils sont généralement plus visibles, que pour une minorité d’entre elles. « C’est donc la preuve que c’est vraiment lié au regard des autres », analyse Estelle.

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* Enquête réalisée du 18 au 21 décembre 2020 et du 19 au 20 janvier 2021 auprès d’un échantillon de 2027 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.