A l’université, la précarité menstruelle au cœur des préoccupations

Une vaste enquête sur les difficultés d’accès aux protections périodiques pour des raisons financières, réalisée auprès de la population étudiante, dresse un préoccupant état des lieux .

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Selon l'enquête de la FAGE, 33 % des étudiantes estiment avoir besoin d’une aide pour se procurer des protections périodiques.
Selon l'enquête de la FAGE, 33 % des étudiantes estiment avoir besoin d’une aide pour se procurer des protections périodiques. LP/GUILLAUME GEORGES

13 % déclarent avoir déjà dû choisir entre des protections périodiques et un autre produit de première nécessité et 33 % estiment avoir besoin d’une aide pour s’en procurer. C’est l’un des enseignements de l’enquête inédite, diffusée ce lundi, sur la précarité menstruelle chez les étudiantes.

Réalisée par la Fédération des Associations Générales Étudiantes (FAGE) et l’Association Nationale des Étudiant·e·s Sages-Femmes (ANESF), l’étude s’attaque au tabou des règles et, en particulier, à la difficulté d’accès aux protections périodiques pour des raisons financières. Une réalité pour près de 2 millions de femmes en France, dont bon nombre d’étudiantes. Sur les 6518 personnes menstruées qui ont répondu, les minorités de genre ont également été prises en compte comme les hommes transgenres ou les personnes non-binaires.

L’achat de protections revient à l’étudiante dans 55 % des cas

« Avant l’enquête IPSOS commandée par la FAGE lors du premier confinement, il n’existait aucune donnée sur la précarité menstruelle étudiante en France. Le fait qu’un tiers des personnes ayant répondu à l’enquête aient déclaré rencontrer des difficultés financières pour se procurer des protections périodiques a été un vrai déclencheur pour réaliser cette seconde enquête ayant pour objectif de dresser un état des lieux de la situation chez la population étudiante dans leur rapport aux menstruations, ainsi que dans leurs besoins quotidiens », précise, conjointement, Paul Mayaux, président de la FAGE et Fanny Toussaint, présidente de l’ANESF.

Depuis une vingtaine d’années, la FAGE et ses fédérations produisent un indicateur du coût de la rentrée étudiante qui met en lumière à quel point ce public est touché par la pauvreté. En effet, 20 % vivent sous le seuil de pauvreté en France et les chiffres obtenus par cette enquête viennent souligner à quel point un phénomène naturel comme les règles aggrave cette situation. Selon le document, la charge financière de l’achat de protections revient à l’étudiante dans 55 % des cas. La dépense moyenne pour les protections uniquement coûte entre 5 et 10 € par mois pour 46 % des réponses. Pour la moitié d’entre elles, viennent s’ajouter d’autres charges liées aux menstruations (comme les médicaments antidouleurs, achat de sous-vêtements,…) allant jusqu’à plus de 20 € par mois.

1 sur 20 utilise du papier toilette

« C’est une dépense que l’on éviterait bien lorsqu’on a un budget serré. J’ai déjà dû prendre une colocation, proche de l’université de Nanterre (NDLR : Hauts-de-Seine), pour pouvoir suivre mes cours. Mes parents ne peuvent pas m’aider, je suis boursière et donne quelques cours de soutien pour m’en sortir, témoigne Romane, 21 ans, en deuxième année de Licence en sociologie. Je serais bien passée aux culottes menstruelles mais elles sont trop chères. J’achète des serviettes périodiques mais je n’ai pas les moyens d’en acheter des bios. C’est ça où je suis obligée de faire une croix sur le Spasfon (NDLR : antispasmodique) qui soulage mes crampes. »

« C’est sans doute bourré de pesticides mais je n’ai pas l’argent pour acheter des protections de meilleure qualité », ajoute Jeanne, en troisième année de Licence d’Histoire, elle aussi à Nanterre. Une situation qui devrait bientôt changer pour ces jeunes femmes puisque le conseil régional d’Ile-de-France a acté, jeudi 4 février, le déploiement de distributeurs de protections périodiques bio gratuites dans les universités et résidences étudiantes franciliennes.

Les protections périodiques à usage unique sont les plus utilisées selon l’enquête. Une part non négligeable déclare tout de même utiliser des protections réutilisables comme des culottes menstruelles (21 %) ou des coupes menstruelles (20 %), soit respectivement en moyenne, 30 € (pour une seule culotte) et 24 € pour une cup. Quant au bio, son prix fait fuir. Seulement 7 % y ont recours de façon systématique. 58 % n’en utilisent jamais dont 48 % pour une raison financière. Pire, 1 étudiante sur 10 se voit contrainte de fabriquer ses propres protections par manque de moyens, et 1 sur 20 utilise du papier toilette.

Outre l’enjeu économique, l’aspect sanitaire et social est également relevé dans l’enquête. « Les conséquences de la précarité menstruelle sont graves et portent atteinte tant à la santé physique (démangeaisons, infections, choc toxique pouvant causer la mort) qu’à la santé mentale et sociale (sentiment fort de mal-être, de perte de confiance en soi, de difficultés de socialisation,…)», précise le document. Aujourd’hui encore, une étudiante sur 10 reconnaît avoir déjà manqué le travail ou les cours par peur des fuites.

5 M€ débloqués par le gouvernement

Côté gouvernemental, le 15 décembre, le ministre de la Santé, Olivier Véran, et la ministre déléguée chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, Élisabeth Moreno, ont annoncé porter le budget 2021 consacré à la lutte contre la précarité menstruelle à 5 M€ (contre 1 million en 2020). Objectif ? Renforcer le combat mené par les associations pour l’accès des femmes aux protections périodiques, en ciblant notamment les femmes incarcérées ainsi que celles qui sont en situation de précarité.

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Si la gratuité pour toutes n’est pas envisagée, l’Ecosse a, en revanche, franchi le pas. Une première dans le monde à cette échelle. « Nous sommes tous d’accord pour dire que personne ne devrait avoir à s’inquiéter de ses prochains tampons ou protections réutilisables », a déclaré au Parlement la députée travailliste écossaise Monica Lennon, à l’origine de la proposition de loi adoptée à l’unanimité en novembre.