Villepinte : le terrible récit de Karim, torturé chez lui pour 3000 euros et une tirelire

En septembre dernier, deux cambrioleurs ont fait vivre 90 minutes d’enfer à ce père de famille sans histoires. Alors qu’un seul auteur a été interpellé et jugé, la famille est aujourd’hui traumatisée.

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 C’est avec des câbles électriques que Karim a été étranglé et fouetté à Villepinte (Seine-Saint-Denis).
C’est avec des câbles électriques que Karim a été étranglé et fouetté à Villepinte (Seine-Saint-Denis). DR

Quatre mois après la terrible agression dont il a été victime, Karim (tous les prénoms ont été modifiés) se déplace encore difficilement. Sa cheville enserrée dans une attelle, son nez cassé et les violentes céphalées dont il est victime, témoignent de l'incroyable violence qu'il a subie. Un matin de septembre dernier, deux cambrioleurs sont entrés dans son domicile de Villepinte (Seine-Saint-Denis).

L'un des deux hommes, âgés de 29 ans dont près de dix déjà passés en détention, a été condamné ce vendredi à 7 ans de prison et une interdiction du territoire français pendant dix ans. L'autre n'a jamais été retrouvé.

Le 17 septembre dernier, Karim, père de famille sans histoires, vient de rentrer chez lui après avoir déposé ses enfants à l'école. Sa femme Salima est partie au travail. On frappe à sa porte. Un homme lui explique d'abord qu'il cherche quelqu'un, puis fait signe à un individu derrière lui. Karim ne voit pas clairement leurs visages, l'un porte une casquette la visière inclinée, l'autre, un masque chirurgical.

C'est pour lui le début d'un calvaire qui va durer plus d'une heure trente. Les deux hommes ne lui donnent pas le temps de répondre, et lui assènent un coup de gazeuse sur le nez. Puis ils le poussent à l'intérieur en continuant à le frapper. L'un des deux malfrats, muni d'une arme de poing, lui met des coups de crosse à la tête.

Ils lui enroulent un câble électrique autour du cou et commencent à serrer

« Ils m'ont roué de coups pendant dix minutes », souffle Karim, qui entend encore ses assaillants lui hurler dessus : « Tu sais pourquoi on est là ! Tu as de l'argent. » Comme si la première salve de violence ne suffisait pas, ils lui enroulent autour du cou un câble électrique et ils commencent à le serrer. Puis ils lui sautent à pied joint sur les jambes, « comme s'ils voulaient les casser », ajoute sa femme. L'un des deux agresseurs crie à l'autre : « Termine-le. » Karim les supplie d'arrêter. Ils montent à l'étage, dans la chambre du couple, où les tortures continuent.

« Quand je me levais, l'un d'eux me fouettait avec un câble électrique. C'était de l'ultra-violence », souffle-il. Pendant que l'un des cambrioleurs s'acharne sur Karim, l'autre fouille la maison de fond en comble et retourne toutes les pièces à la recherche d'un coffre. Ils réussissent à mettre la main sur 3000 euros. « Ils ont même volé plusieurs centaines d'euros qui se trouvaient dans la tirelire des enfants », poursuit sa femme atterrée.

«Quand il a vu la lumière, il a vu la vie»

L'un des tortionnaires retourne alors avec son arme vers Karim. « J'ai réellement peur de mourir quand il m'a mis la crosse du revolver sur la tempe. Je me sentais partir et je revoyais mes enfants une dernière fois », lâche-t-il. Les menaces succèdent aux coups. Karim prétexte qu'il a besoin de prendre un médicament. « Je souffre d'hypertension, hier je suis monté à 20,12 », explique-t-il. Quand il arrive au rez-de-chaussée, toutes les pièces sont plongées dans le noir. Les deux hommes ont pris soin de baisser tous les volets électriques.

Karim rassemble ses dernières forces : « Je l'ai repoussé en lui donnant un coup de poing. » L'homme lâche son arme et tombe à la renverse. Karim s'élance vers l'extérieur. Il laisse sa femme raconter la suite : « Il m'a dit que quand il a vu la lumière, il a vu la vie. C'est l'adrénaline qui lui a permis de s'en sortir. » Il court se réfugier chez des voisins.

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Les médecins lui prescrivent trois mois d'ITT mais le traumatisme est profond. Il doit également s'astreindre à des séances chez un psychiatre. Toute la famille, sa femme comme ses trois enfants, sont eux aussi sont profondément perturbés.

«Cette maison c'était un havre de paix. C'est devenu un tombeau»

Salima fait défiler sur son portable les photos de sa maison saccagée, des lits des enfants cassés et de pièces maculées de sang. Pendant 15 jours ils ont dû dormir à l'hôtel. « J'ai fait intervenir une entreprise de nettoyage car cela m'était impossible de nettoyer le sang de mon mari », glisse-t-elle.

Ils ont depuis regagné leur domicile, mais ne parviennent plus à y vivre normalement. « On ne peut plus rentrer dans la chambre à coucher », avoue Salima. « Cette maison c'était un havre de paix. C'est devenu un tombeau. Pour moi c'est comme un viol », confie Karim très ému. Le malaise s'est insinué dans leur vie. Salima développe des stratégies d'évitement : « Avant de partir au travail, je fais trois fois le tour du pâté de maison pour voir si tout est calme. Je vois des cambrioleurs partout. »

Elle a même équipé ses enfants d'un dispositif d'alarme car les cambrioleurs avaient menacé de s'en prendre à eux. Elle n'oublie pas que l'un des malfaiteurs est toujours dans la nature.