Vente à la sauvette : les habitants de Montreuil et Bagnolet au bord de la crise de nerfs

Une pétition lancée la semaine dernière a recueilli 200 signatures. Une réunion des maires de Montreuil, Bagnolet et Paris XXe s’est tenue ce vendredi après-midi sur le sujet.

 Montreuil, ce vendredi. Les riverains, excédés par la vente à la sauvette, ont écrit aux maires concernés, au président du département, à plusieurs ministres, ainsi qu’au parquet.
Montreuil, ce vendredi. Les riverains, excédés par la vente à la sauvette, ont écrit aux maires concernés, au président du département, à plusieurs ministres, ainsi qu’au parquet. DR

Iront, iront pas? Ce vendredi vers 9 heures, devant le square Varlin à Bagnolet, ils sont plusieurs, tirant de gros cabas derrière eux, à hésiter à s'engager dans la rue d'Alembert à Montreuil. La présence d'une voiture de la police municipale de Montreuil n'est pas étrangère à leur embarras. Car cette rue est, avec la rue Armand-Carrel, le point de rendez-vous privilégié des vendeurs à la sauvette. Aussitôt la voiture de la police partie qu'un marché de la misère s'installe. En quelques minutes. Quatre fois par semaine, depuis des années, c'est la même danse. De nombreux trottoirs du quartier ont été condamnés par des barrières métalliques. « Les habitants vivent encagés », soupire Laurent.

Lui et plusieurs riverains viennent d'adresser une lettre ouverte aux maires, députés, préfets, président du département, procureur et ministres concernés. Ils y décrivent les « innombrables nuisances liées au trafic de stupéfiants, à la présence de plus en plus visible de squats, de voitures ventouses et de bidonvilles dans l'espace public et à l'installation quasi quotidienne de ventes sauvages, dites sauvette, dans les rues autour de la porte de Montreuil ».

La pétition qui accompagne cette lettre ouverte a déjà recueilli 200 signatures. Les signataires « excédés » veulent « une tolérance zéro pour le deal et la sauvette » et réclament « une intervention concertée et ferme des pouvoirs publics pour débarrasser nos quartiers de ces activités illicites, accidentogènes, et souvent criminelles ».

« On manque de police nationale »

« Il existe deux types de biffins, précise Laurent. Il y a la petite mémé qui vient vendre sa boîte de conserve. Et puis il y a les gangs très mafieux, très organisés et violents. » Ces derniers particulièrement laissent chaque jour derrière eux invendus et détritus : « La ville de Montreuil dépense beaucoup d'argent en nettoyage. Pendant un quart d'heure, on se croirait à Neuilly, ironise-t-il. Mais pendant un quart d'heure seulement ! Après ça recommence. »

Montreuil, ce vendredi. Rue Armand-Carrel. LP/E.M.
Montreuil, ce vendredi. Rue Armand-Carrel. LP/E.M.  

Dans leur courrier, les riverains font une proposition, celle que chaque ville du secteur accueille un jour dans la semaine « un vrai carré aux biffins contrôlé et encadré ». « Ce qui est insupportable quatre jours le serait moins un jour par semaine », argumente Laurent, qui a « commencé à péter les plombs » pendant le second confinement : « On était tous calfeutré chez nous et il se passait ça dans la rue, sans masque, sans rien. »

Ce vendredi après-midi, les maires de Montreuil, Bagnolet et Paris XXe ont échangé sur le problème. « Les élus constatent la forte augmentation du nombre de vendeurs et ils notent l'exaspération des habitants, rapporte le cabinet du maire (PCF) de Montreuil Patrice Bessac. Et malgré la grande mobilisation des agents municipaux et du commissariat, les choses n'avancent pas suffisamment. On manque de police nationale. » Les trois élus adresseront bientôt une lettre ouverte en ce sens au préfet de police.

À Montreuil, Loline Bertin, adjointe (PS) à la tranquillité publique, détaille ce qui est déjà mis en œuvre : « L'intégralité de notre police municipale et une grande partie de notre équipe nettoyage sont mobilisées chaque week-end. Nous avons aussi passé un contrat avec un prestataire pour la location d'une benne et du renfort de personnel. » En moyenne, la benne contient 800 kg de marchandises chaque jour de marché.

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Quant à l'installation, « très efficace », de barrières sur l'espace public, elle n'est techniquement pas possible partout en fonction de la largeur des trottoirs. « Mais nous travaillons à des expérimentations d'aménagement, promet l'élue. Elles seront déployées dans les prochaines semaines. »