Suivi psychologique des étudiants : la Seine-Saint-Denis, grande oubliée de l’Ile-de-France ?

Le département demande à l’Etat de compenser le manque d’aides alors que la crise sanitaire touche durement les jeunes. La première structure dédiée doit ouvrir en mars à La Courneuve, mais sera éphémère.

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 Saint-Denis, avril 2020. Durant le premier confinement, le Secours populaire avait organisé des distributions alimentaires pour les étudiants précaires de Paris-8.
Saint-Denis, avril 2020. Durant le premier confinement, le Secours populaire avait organisé des distributions alimentaires pour les étudiants précaires de Paris-8.  LP/Hélène Haus

C'est une lettre ouverte qui montre encore une fois les inégalités territoriales dont souffre la Seine-Saint-Denis. Dans un courrier adressé ce mardi aux ministres de la Santé et de l'Enseignement supérieur, le président du conseil départemental de Seine-Saint-Denis, Stéphane Troussel (PS), leur demande d'apporter un soutien financier aux acteurs souhaitant développer une « offre de soins psychologiques adaptée aux étudiants » dans le 93.

« Dans le département, il n'y a aucune structure clairement ciblée sur ce public, alors qu'on compte 60000 étudiants. A Paris, il existe quatre bureaux d'aide psychologique universitaire (Bapu), trois dans le Val-de-Marne (NDLR : des centres de consultations réservés aux étudiants gérés par des associations ou des organismes privés). Pourquoi n'y a-t-il rien chez nous ? », interroge l'élu, qui a visité ce mercredi le relais collégiens-lycéens de La Courneuve.

Cette structure gérée par la Fondation santé des étudiants de France (FSEF), un organisme privé à but non lucratif, offre actuellement un suivi psychologique gratuit aux élèves du 2nd degré. Mais elle ambitionne également d'ouvrir le premier Bapu de Seine-Saint-Denis. « Lorsqu'on a fondé ce lieu en 2012, on souhaitait fonder un relais lycéens-étudiants, mais l'agence régionale de santé (ARS) a préféré nous donner des crédits pour accueillir des collégiens et des lycéens, estimant sans doute qu'il fallait proposer aux jeunes un suivi le plus tôt possible », remarque Dominique Monchablon, psychiatre à la FSEF.

Mais depuis, la fondation ne s'est jamais enlevée cette idée de la tête. Alors lorsque l'ARS lui a octroyé pour le relais un équivalent temps plein en plus pour six mois dans le cadre de la crise sanitaire, elle a sauté sur l'occasion. « A partir du 1er mars, nous pourrons accueillir, ici à La Courneuve, des étudiants trois jours par semaine », détaille Anne Delbende, directrice de la structure.

Un psy pour 24000 étudiants à l'université Paris-13

« On sait que c'est un public qui a besoin d'aide, surtout en ce moment, souligne Stéphane Troussel. Les étudiants de Seine-Saint-Denis souffrent d'une plus grande précarité qu'ailleurs : ils sont par exemple plus nombreux à travailler que dans les autres départements. »

« La Covid-19 a eu l'avantage de mettre en lumière les difficultés que connaissent de nombreux étudiants. Elles se sont amplifiées, mais elles existaient déjà avant la crise, rappelle Hamza Glaglou, président de la section locale du syndicat étudiant Unef à l'université de Paris-13 (Villetaneuse-Bobigny). Beaucoup de jeunes peinent à se nourrir, donc les dépenses de santé ne sont pas leur priorité. Et celles touchant à la santé mentale encore moins. En réalité, ils sont nombreux à renoncer à l'accès aux soins. On aurait donc besoin de structures de ce type en nombre suffisant. A Paris-13 par exemple, nous avons seulement un psychologue pour 24000 étudiants. » Et même ceux qui auraient les moyens de se payer un psychiatre peuvent éprouver des difficultés à accéder aux soins tant les spécialistes manquent dans le département.

Avant de recevoir des crédits de l'ARS pour un équivalent temps plein en plus, le relais de La Courneuve avait également postulé à un appel à projets de la Fondation de France pour obtenir des fonds afin d'assurer un suivi psychologique à des étudiants durant un an et demi.

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« Le conseil départemental a appuyé notre candidature en disant qu'il était également prêt à mettre 20000 euros sur la table pour ce service, souligne Anne Delbende. Si on obtient le soutien de la Fondation de France, cela nous permettra de tester ce modèle durant deux ans. On pourra alors présenter un vrai bilan à l'ARS, en espérant le pérenniser. »