Seine-Saint-Denis : perquisitions et arrestations dans deux cabinets de médecine occulte

Deux cabinets offrant des séances de hijama ont été perquisitionnés ces derniers jours et plusieurs personnes arrêtées. Cette pratique, de plus en plus prisée dans la communauté musulmane, est dans le collimateur des autorités.

 La Courneuve, mardi 27 octobre. Ce cabinet de hijama a été perquisitionné par la police. Trois personnes ont été placées en garde à vue.
La Courneuve, mardi 27 octobre. Ce cabinet de hijama a été perquisitionné par la police. Trois personnes ont été placées en garde à vue. LP/N.R.

Le rideau de fer est baissé sur le cabinet de hijama dans la galerie marchande GM4 Dans le quartier des Quatre-Routes à La Courneuve. Mais sur la façade on peut encore lire tous les maux que soignait cette thérapie parallèle : fatigue, stress et ses bienfaits sur le sommeil, le transit, la mémoire.

La police a perquisitionné ce mardi matin ces locaux qui se décomposent en deux cabinets, un pour les hommes, un autre plus loin pour les femmes. « Ils ont tout embarqué », a pu constater un commerçant voisin.

La pression s'accentue ainsi sur les adeptes de la hijama, cette médecine prophétique très en vogue dans le milieu rigoriste et inspiré de la Sunna — l'équivalent des Evangiles pour les musulmans. Après plusieurs mois d'enquête, c'est la deuxième officine qui est perquisitionnée en l'espace de trois jours en Seine-Saint-Denis, où se développe cette pratique archaïque.

Une femme dans le coma en 2017

La hijama est dans le collimateur des autorités, des services du renseignement (la DGSI) mais aussi de la Miviludes (mission interministérielle de vigilance contre les dérives sectaires) et de l'agence régionale de santé (ARS).

Elle constitue un danger en matière de santé publique car elle n'est pas du tout encadrée. En décembre 2017, une femme s'était retrouvée dans le coma aux Pavillons-sous-Bois.

Dans la galerie marchande de La Courneuve où se côtoie un bureau de traduction en ourdou, plusieurs coiffeurs et une agence de voyages spécialisée dans le sous-continent indien, un praticien et son patient ont été interrompus en pleine séance.

Le « naturopathe » était en train de poser des ventouses sur le corps du « malade ». La méthode consiste à inciser des parties précises du corps du malade à l'aide d'un scalpel puis à appliquer des ventouses sur les plaies saignantes, pour le purifier. On l'appelle aussi « cupping thérapie ».

Deux praticiens et une secrétaire placés en garde à vue

Trois personnes ont été placées en garde à vue pour « exercice illégal de la médecine, blanchiment et escroquerie », indique le parquet de Bobigny. Il s'agit de deux praticiens et d'une secrétaire. Elles avaient ouvert les deux boutiques juste après le confinement, à la place d'une laverie. « Il y avait pas mal de clients qui venaient, ils étaient très discrets », précise un commerçant.

Rosny-sous-Bois. Cet hôtel abritait un cabinet de hijama et une académie du bien-être spécialisée dans cette branche de la médecine occulte. LP/M.F.
Rosny-sous-Bois. Cet hôtel abritait un cabinet de hijama et une académie du bien-être spécialisée dans cette branche de la médecine occulte. LP/M.F.  

Dimanche dernier, le même cas de figure s'est produit à Rosny-sous-Bois. Un couple d'une quarantaine d'années est soupçonné, comme l'a révélé France info, d'avoir pratiqué pendant deux ans des « saignées purificatrices » dans leur cabinet installé au sein d'un hôtel situé en pleine zone d'activités.

Un juteux filon

Le praticien indiquait qu'il était kinésithérapeute et la femme infirmière, sans en avoir les diplômes. Ils ont été interpellés. Au cours des perquisitions, les policiers ont découvert plusieurs sacs remplis de billets. Ils ont aussi retrouvé 150 000 euros sur un compte bancaire. Un pactole qui tend à démontrer ce que cette médecine parallèle est un juteux filon.

La séance peut être facturée de 50 à une centaine d'euros. Plusieurs dizaines de clients prenaient rendez-vous toutes les semaines à cette adresse. La saisie de telles sommes d'argent a permis de poursuivre les auteurs pour blanchiment et escroquerie. L'hôtel rose pastel de Rosny accueillait aussi une « académie du bien-être » qui dispensait cours, conférences et formations.