Seine-Saint-Denis : Mathieu Hanotin et Plaine Commune accusés de passer en force sur la gestion de l’eau

Une manifestation était organisée ce mardi soir à Saint-Denis pour protester contre la décision de Mathieu Hanotin, président (PS) de Plaine Commune. Ce mercredi, il fera réadhérer les neuf villes du territoire au Sedif, le syndicat des eaux d’Île-de-France.

 Saint-Denis, ce mardi soir. Des dizaines de personnes ont manifesté pour protester contre la décision du président (PS) de Plaine Commune, Mathieu Hanotin, de faire réadhérer les neuf villes du territoire au Sedif.
Saint-Denis, ce mardi soir. Des dizaines de personnes ont manifesté pour protester contre la décision du président (PS) de Plaine Commune, Mathieu Hanotin, de faire réadhérer les neuf villes du territoire au Sedif. LP/A.L.

Tous se disent favorables à la création d'une régie publique de l'eau. Mais pas avec la même stratégie. Ce mardi soir, une manifestation était organisée devant l'hôtel de ville de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) à l'appel de plusieurs collectifs citoyens qui ont été rejoints par de nombreux élus, dont le député (LFI) de la circonscription, Éric Coquerel.

Ils protestent contre la décision du nouveau président (PS) de Plaine Commune (et maire de Saint-Denis), Mathieu Hanotin, de faire réadhérer les neuf villes du territoire* au Sedif, le syndicat des eaux d'Île-de-France, qui délègue la gestion de l'eau au groupe privé Veolia. Un vote sera proposé au conseil territorial de ce mercredi soir à 20 heures.

L'objectif de Mathieu Hanotin : défendre la création d'une régie publique… mais à l'intérieur du syndicat francilien. Le Sedif, dont le contrat avec Veolia s'achève fin 2022 doit, d'ici un an, choisir son futur mode de gestion : rester en délégation de service public, passer en régie publique totale ou partielle.

« On avait une chance historique de sortir du Sedif… »

De son côté, le territoire devait décider d'ici la fin de l'année s'il se réengageait au sein du syndicat francilien ou bien s'il le quittait définitivement pour créer sa propre régie publique. « On avait une chance historique de sortir du Sedif et nous allons nous renfermer douze ans de plus avec lui alors que des gens ont travaillé très dur, pendant trois ans, sur le dossier… » regrette Dina Deffairi-Saissac, élue EELV à Saint-Ouen et au territoire.

Elle parle, comme beaucoup de manifestants, d'un « déni démocratique. » Plusieurs municipalités, comme celles de Stains ou de l'Ile-Saint-Denis, s'étaient engagées sur le sujet. D'autres nouvelles majorités, comme à Saint-Ouen, en avaient également fait une promesse de campagne. De son côté, Mathieu Hanotin ou encore son homologue (UDI) d'Aubervilliers, Karine Franclet, avaient déjà annoncé leur intention de réintégrer le Sedif.

Et une nette majorité devrait se dégager en faveur de l'adhésion ce mercredi soir. « Le choix de Mathieu Hanotin est raisonnable et je demande, comme lui, au sein du Sedif, à ce qu'on étudie si une régie peut permettre d'avoir, à un coût maîtrisé, une eau de meilleure qualité », explique Karine Franclet.

« L'eau n'est pas une marchandise »

« Sauf que nous travaillons sur le sujet depuis 2017 et le président de Plaine Commune décide, comme ça, de prendre cette décision de manière totalement arbitraire », alerte Claudie Gillot-Dumoutier, du collectif Eau Publique Plaine Commune, qui ne comprend pas cette précipitation. « On a obtenu qu'une étude soit menée et il faut d'abord informer tous les nouveaux conseils municipaux, avec de nombreux élus qui ne connaissent pas encore le sujet, avant de leur demander de prendre une décision », poursuit-elle.

En 2017, Plaine Commune — alors à majorité communiste — avait décidé de ne pas faire réadhérer six villes afin d'étudier dans quelles conditions il pourrait basculer dans ce mode de gestion. Seules Epinay, La Courneuve et Saint-Ouen avaient alors choisi de se réengager avec le Sedif, de manière unilatérale. Décisions toujours contestées en justice par des associations.

« L'eau n'est pas une marchandise, mais un bien public et nous sommes très mécontents de la gestion de Veolia », insiste Kader Chibane, opposant EELV à Saint-Denis et référent régie publique pour son parti en Seine-Saint-Denis. « Veolia procède encore régulièrement à des coupures d'eau illégales chez les gens qui n'ont pas payé leurs factures, poursuit-il. Ou alors, quand ils ne coupent pas, ils réduisent le débit. Nous, on veut un service public solidaire, social, avec par exemple les premiers m3 gratuits. Mais ce n'est pas du tout la stratégie de Veolia, qui en a fait un service marchand. »

Eric Coquerel parle d'un « contresens historique »…

De son côté, Éric Coquerel, qui a adressé un courrier à Mathieu Hanotin, ne croit pas à une avancée vers une régie publique de l'intérieur : « Cela fait 98 ans que le Sedif donne la délégation à Veolia, et jamais le syndicat, ni les élus y siégeant, n'ont fait la moindre avancée vers une gestion publique de l'eau… »

Le parlementaire parle d'un « contresens historique. » « Nous ne pensons pas que sur la question de l'eau, un bien commun qui est essentiel, qui va être un enjeu absolument décisif dans les décennies à venir, il puisse y avoir une délégation de service public au privé », poursuit-il. Et de parler d'une « question d'égalité économique entre les foyers et les habitants qui est en jeu : les villes ayant une régie publique de l'eau ont permis aux factures des usagers de baisser. »

Mais cela n'aurait pu être le cas à la seule échelle du territoire, qui n'a aucune capacité de captage de l'eau, explique-t-on du côté de Plaine Commune. « Et on n'a pas le début du projet de construction d'une station de pompage, rappelle Mathieu Hanotin. Donc, à notre échelle, c'est sûr que cela ne serait pas rentable, sauf à baisser des investissements et donc, à terme, la qualité de l'eau, ou à augmenter les prix. »

Tarifs qui sont passés de 1,40 € à 1,30€ le m3 depuis le 1 er janvier.

… quand Mathieu Hanotin évoque une « erreur fondamentale » à long terme

Le nouveau président de Plaine Commune a répondu par courrier à Éric Coquerel : « Ce combat de régie publique, je le partage car la ressource en eau est de plus en plus critique. La question de sa gestion, de la façon dont on la prélève, de la quantité qu'on prélève, elle est cruciale », insiste Mathieu Hanotin.

Mais il estime que la solidarité pourra être exercée de façon plus efficace au sein du Sedif qu'en dehors : « Réfléchir sur ce sujet à l'échelle de notre territoire serait une erreur fondamentale car si on va au bout de la logique, c'est celui qui aura les ressources à proximité qui sera toujours avantagé, celui qui est le plus proche du fleuve… »

Et Mathieu Hanotin d'interroger : « L'enjeu de ce vote, c'est de savoir si on veut rester dans une logique de solidarité entre toutes les communes d'Ile-de-France, hors Paris, ou si on veut organiser le repli vers de plus petits périmètres et le chacun pour soi ? »

Et d'alerter également sur le risque de gâchis de l'eau si des régies publiques venaient à se multiplier sur les territoires. « Quand chacun produit dans son coin, on a beaucoup plus de risque de gâchis car on a une tendance naturelle à faire du surprélèvement car on ne veut pas que quelqu'un se retrouve avec le robinet à l'arrêt. Si demain, vous avez 17 opérateurs, vous avez 17 fois plus de risque d'avoir de la surproduction. »

*Aubervilliers, Épinay, L'Île-Saint-Denis, La Courneuve, Pierrefitte, Saint-Denis, Saint-Ouen, Stains et Villetaneuse