Malgré l’annonce de sa dissolution, la sulfureuse unité de police CSI 93 tourne «à plein régime»

Le préfet de police de Paris Didier Lallement avait annoncé début juillet la dissolution cette unité de police de Seine-Saint-Denis dans le viseur de l’IGPN et sous le feu des critiques. Pourtant, ce service qui compte 150 agents n’a jamais été aussi actif…

 Contrôle des points de deal, violences urbaines, renfort pour des perquisitions, la CSI 93 n’a jamais été aussi sollicitée.
Contrôle des points de deal, violences urbaines, renfort pour des perquisitions, la CSI 93 n’a jamais été aussi sollicitée. AFP/Ludovic Marin

« La réforme de cette entité est en cours en concertation avec l'ensemble du personnel », répond la préfecture de police de Paris dans la plus pure langue de bois. Traduisez : la CSI 93 (compagnie de sécurisation et d'intervention), ce service de 150 policiers visé par une série d'enquêtes judiciaires, n'a pas été dissoute comme l'annonçait le 2 juillet le préfet de police de Paris, Didier Lallement.

« Il est allé très vite en besogne. On leur a dit vous êtes dissous. Les quinze premiers jours de juillet, ils étaient en stand-by mais maintenant ils tournent à plein régime et la dizaine de fonctionnaires qui souhaiteraient être mutés est retenue », indique un délégué Unité SGP-Police 93.

Un service créé par Nicolas Sarkozy

La première CSI avait été créée en 2003, sous l'impulsion de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur. Comme leur nom l'indique, elles sont envoyées pour mater les violences urbaines dans les cités. Son GSO (groupe de soutien opérationnel) est l'équivalent d'un mini- Raid et assiste la police lors des interpellations délicates.

Couvre-feu, intervention pour déloger un forcené, contrôle du point de deal de la Capsulerie à Bagnolet, ouverture de porte au petit matin pour une perquisition, évacuation d'un campement de migrants sur Aubervilliers … Ces trois derniers mois, la CSI n'a rien d'un service à l'arrêt. « Ils sont engagés tout le temps », constate le syndicaliste.

Depuis la seconde vague Covid, elle a aussi été réquisitionnée pour verbaliser les infractions au couvre-feu. Les 150 policiers sont au bord de la crise de nerfs.

Faux en écriture publique, violences volontaires, vol et transport de stupéfiants…

Car elle est dans le viseur de l'IGPN (inspection générale de la police nationale). Six policiers de la CSI 93 ont été interpellés le 29 juin. Quatre sont mis en examen pour faux en écriture publique, violences volontaires par personne dépositaire de l'autorité publique, vol et transport de stupéfiants.

Les quatre fonctionnaires ont été suspendus. Le 22 septembre, quatre nouvelles interpellations touchent le service : deux brigadiers et deux gardiens de la paix sont inquiétés pour des violences et des faux en écriture publique : ils auraient falsifié des procès-verbaux d'interpellation.

Des rumeurs insistantes planaient sur la CSI 93 depuis des années. Ce n'est pas la première fois que cette unité, créée en 2008, était dans le collimateur de l'IGPN. En 2015, « la bande des 21 » avait abouti à la mutation de ces fonctionnaires en délicatesse avec leur hiérarchie. On leur reprochait également des propos racistes.

Des alertes restées sans effet

Dans les rangs de la police, le comportement de certains membres de la CSI avait déjà fait jaser. Leurs collègues de la brigade anticriminalité de Bondy avaient effectué des signalements. Au sein même de la CSI, les faits d'armes de certains faisaient tousser. Ces alertes resteront longtemps sans effet.

En 2019, les rumeurs se précisent. Un plaignant dénonce des méthodes bien spéciales. Lors d'une opération à Saint-Ouen, le 30 mai 2019, une caméra de surveillance montrerait un policier en tenue jeter un pochon de cannabis au pied d'un suspect.

VIDÉO. Des policiers de la CSI 93 soupçonnés d'avoir jeté un paquet de drogue au pied d'un homme

Le 9 août 2019, cité Cordon à Saint-Ouen, c'est un dealeur qui est victime d'un « coup d'achat ». Le faux client mais vrai policier, en civil, le frappe, comme l'atteste une vidéo amateur tournée par un riverain. Le revendeur explique qu'il sera « tazé » sur les parties génitales une fois dans le fourgon.

Il porte plainte pour acte de torture et de barbarie. L'affaire doit être jugée ce jeudi 5 novembre au tribunal de Bobigny. Le policier est renvoyé pour violences volontaires et faux en écriture publique. Il aurait rédigé un procès-verbal fantaisiste après l'interpellation mouvementée.

Ces soupçons vont entraîner des perquisitions au sein même de ce service d'action. Les enquêteurs de l'IGPN débusquent quelques grammes de drogue sur un parking non loin du QG de la CSI à Aulnay-sous-Bois.

La refonte du service est en cours

Mise en hibernation cet été, la CSI 93 est donc à nouveau sur le sentier de la guerre. On ne parle plus de dissolution, mais elle ne coupera pas aux réformes. La préfecture de police de Paris précise : « Une phase d'échange s'étalera courant novembre et permettra de décider de la nouvelle organisation des CSI (NDLR : 75, 92, 93 et 94) ».

En décembre, un comité technique doit délimiter leurs nouvelles affectations. « La refonte viserait à créer trois zones (Nord, Est et Ouest) en supprimant le 93 qui serait basé à Paris », indique Erwan Guermeur, secrétaire départemental Unité SGP Police 93.

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