Seine-Saint-Denis : le SOS des pharmaciens qui travaillent dans des centres commerciaux fermés

Comme Michael, installé aux Arcades à Noisy-le-Grand, ou Benoit, au Millénaire à Aubervilliers, ils sont quelques dizaines à continuer à travailler, à perte, dans des centres commerciaux fermés partout en France. Ils exigent une aide de l’Etat.

AbonnésCet article est réservé aux abonnés.
 Noisy-le-Grand, ce samedi matin. Michael Angel, pharmacien, est le seul commerce encore ouvert dans le centre commercial régional des Arcades, avec la boulangerie Paul et le Carrefour.
Noisy-le-Grand, ce samedi matin. Michael Angel, pharmacien, est le seul commerce encore ouvert dans le centre commercial régional des Arcades, avec la boulangerie Paul et le Carrefour. LP/Anthony Lieures

« Regardez, on est samedi matin et à cette heure, il devrait y avoir la queue… Là, il n'y a personne… » Michael Angel, propriétaire de la pharmacie des Arcades, à Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis), multiplie les lapsus en parlant d'un « troisième confinement ».

Il fait partie de ces pharmaciens qui continuent à exercer, partout en France, dans des centres commerciaux fermés depuis les annonces du Premier ministre Jean Castex le 29 janvier, ciblant les surfaces non-alimentaires de plus de 20000 mètres carrés pour limiter la propagation du Covid-19.

Aux Arcades, seuls le Carrefour et la boulangerie Paul restent ouverts dans ce gigantesque centre commercial régional. « Mais Carrefour et Paul sont de grandes chaînes. Nous, on est les seuls indépendants à travailler et c'est une situation extrêmement violente, alerte le pharmacien. Quand le centre a été fermé, on est passé de 1500 clients par jour à 500. Dès le lundi, c'était -60 % de fréquentation, voire -70 %. »

Une cinquantaine de professionnels en grande difficulté

Sur les quelques centaines de pharmaciens encore ouverts dans ces centres, ils seraient une cinquantaine en grande difficulté financière. Le tout sur une profession qui compte 22000 professionnels. Les plus touchés se sont regroupés de manière informelle via un fil WhatsApp, où ils échangent afin de préparer la riposte. Une dizaine d'entre eux a déjà saisi un avocat pour négocier avec les services de l'Etat.

Car ils n'ont aucune réponse, jusqu'ici, quant à l'octroi ou non des aides spécifiques (fonds de solidarité, prêt garanti par l'Etat, chômage partiel…) promises par le Premier ministre pour les commerces des centres commerciaux concernés.

« Certains, parmi nous, préféreraient être fermés administrativement car c'est trop dur de perdre tant d'argent, témoigne Michael. Mais nous, on sait que notre présence est précieuse. On a prouvé notre utilité depuis le premier confinement. On a toujours été là. On fait 300 tests par jour, on sait gérer les flux… »

Des loyers très chers dans les centres commerciaux

Il exige d'avoir la garantie d'obtenir une aide de l'Etat. « Ceux qui sont fermés y ont droit, et l'Etat envisage la prise en charge de leurs loyers, observe-t-il. A nous, qui sommes obligés d'être ouverts car notre profession est réglementée, personne ne nous répond. »

Les pharmaciens considèrent qu'il y a donc une « rupture d'égalité avec les autres commerces dans les centres, mais aussi avec les pharmacies des centres-villes, où la vie économique se poursuit ».

Newsletter L'essentiel du 93
Un tour de l'actualité en Seine-Saint-Denis et en l'IDF
Toutes les newsletters

Michael Angel évoque les loyers, bien plus importants dans les centres commerciaux qu'ailleurs. Et avec des surfaces bien plus grandes aussi et les masses salariales qui vont avec : à Noisy-le-Grand, la pharmacie compte quarante salariés. Elle exige donc un soutien proportionnel à la baisse de son chiffre d'affaires.

«Une ville fantôme»

« On nous laisse entendre que si on dépasse les -50 % de perte, on pourrait avoir droit au fonds de solidarité… », poursuit le professionnel. Sauf que certains oscillent justement autour de ce chiffre.

C'est le cas à Aubervilliers pour Benoit Coat, pharmacien au Millénaire. Et qui décrit aussi son désarroi : « Il faut venir ici pour se rendre compte de ce que c'est de travailler dans un centre fermé. Tous les rideaux sont baissés, les grandes allées sont vides, les parkings aussi, c'est une ville fantôme… », souffle-t-il.

Comme son confrère de Noisy-le-Grand, il n'est d'ailleurs vraiment pas convaincu qu'on se contamine ici plus qu'ailleurs. « Le paradoxe, c'est que j'ai 300 mètres carrés de surface de vente : on peut venir avec une poussette, un chariot et les personnes en fauteuil roulant peuvent circuler, poursuit-il. Et à côté de ça, dans n'importe quelle pharmacie du centre-ville parisien, c'est tout serré, les gens font la queue les uns derrière les autres, il n'y a pas de respect des distanciations… »

Le couvre-feu à 18 heures, «une double peine»

Tous notent d'ailleurs que cette fermeture est encore plus dure à vivre que lors des deux premiers confinements, où les tabacs des centres commerciaux étaient restés ouverts, où les restaurants ont rapidement pu faire de la vente à emporter et les boutiques du click and collect.

Le couvre-feu a également été vécu comme une « double peine ». « En tant que pharmacien, on peut avoir des dérogations pour rester ouvert après 18 heures, rappelle Benoit Coat. Mais en centre, c'est toute la structure qui se met en veille et on doit tous fermer à la même heure. Surtout qu'après 18 heures, en temps normal, ce sont les heures les plus fortes, jusqu'à 20 heures… »