Seine-Saint-Denis : le chiffre de 3900 élèves manquants à la rentrée était faux

Le rectorat fait machine arrière. Ce ne sont finalement pas 3900, mais 170 écoliers qui manquent à l’appel dans le département. Une différence due à une erreur dans le calcul du nombre prévisionnel des élèves.

 Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), le 1er septembre 2020. Contrairement au premier bilan indiqué par le rectorat aux parlementaires, les écoliers de Seine-Saint-Denis ont quasiment tous fait leur rentrée comme prévu.
Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), le 1er septembre 2020. Contrairement au premier bilan indiqué par le rectorat aux parlementaires, les écoliers de Seine-Saint-Denis ont quasiment tous fait leur rentrée comme prévu.  LP/Hélène Haus

Le chiffre avait fait le tour des médias. Deux jours seulement après la rentrée scolaire, lors d'une réunion avec des élus de Seine-Saint-Denis, le recteur de l'académie de Créteil, Daniel Auverlot, avait indiqué que 3900 écoliers manquaient à l'appel lors de la rentrée dans le département.

Un chiffre qui correspondait à la différence entre le nombre d'élèves prévus par l'Education nationale et le nombre d'enfants présents en classe.

Le recteur craignait que des familles n'aient «désappris l'école»

Ce constat — qui n'avait pas fait l'objet d'une communication officielle, mais avait été confirmé par le rectorat — faisait suite à la conférence de presse du patron de l'académie de Créteil (Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne, Seine-et-Marne) durant laquelle Daniel Auverlot avait évoqué sa crainte que certaines familles n'aient « désappris l'école » à cause du confinement. La Seine-Saint-Denis présentait en effet un des pires taux de retour en classe au début du déconfinement (8 % contre 27 % dans les Yvelines). Sauf que le chiffre de 3900 enfants était faux.

En réalité, seuls 170 écoliers n'ont pas repris les cours dans le département, assure désormais le rectorat. Très vite, le chiffre avait d'ailleurs été démenti par le ministre de l'Education nationale, lui-même. Lors d'une interview donnée à BFMTV le 7 septembre, Jean-Michel Blanquer avait tenté de dissiper la polémique, disant qu'il n'était pas « exact » et qu'il ne correspondait qu'à une « estimation ».

«Il y a même eu davantage d'écoliers présents le 1er septembre»

Les premières remontées sur le terrain ont vite confirmé qu'il y avait une erreur quelque part. « J'ai rencontré plusieurs directeurs d'école, personne ne constate d'absences particulières. Cette année, il y a même eu davantage d'écoliers présents le 1 er septembre, car ils sont moins partis à l'étranger à cause de l'épidémie. On a enregistré quelques absences, mais on est très loin des 500 élèves évoqués par l'Education nationale », remarquait mi-septembre Leyla Temel, maire adjointe chargée de l'éducation à Saint-Denis. La première ville du département avait en effet été directement évoquée par le recteur, qui y déplorait 500 enfants absents.

« Si 3900 enfants manquent à l'appel, il faut savoir où ils sont passés ! », martelait à la rentrée l'association de parents d'élèves FCPE 93. Tout au long du mois de septembre, elle a demandé des comptes au recteur, qui lui a finalement expliqué qu'il y avait eu une erreur dans le calcul du nombre prévisionnel d'élèves. « Il aurait mieux fait d'attendre avant d'évoquer ce chiffre en public. Il y a visiblement eu un raté au niveau de la communication dans ce dossier ! », pointe Anne Pieter, coprésidente de la FCPE 93.

170 élèves manquent à ce jour

« Il y a toujours un écart entre le chiffre prévisionnel et les effectifs réels le jour de la rentrée », rappelle le rectorat, qui a mis plusieurs semaines à consolider ses chiffres. Il recense aujourd'hui 170 élèves manquants, sans doute à cause de déménagements tardifs. « Il y a eu une erreur dans le recueil des données prévisionnelles qui sont élaborées par l'Education nationale en collaboration avec les villes. Le confinement a sans doute complexifié le recueil de ces données », analyse-t-il.

« Le rectorat parle d'une erreur dans les prévisions, mais il s'agit sans doute plutôt d'un problème de mise à jour de la base élèves (NDLR, le fichier dans lequel sont répertoriés les élèves), pointe Alixe Rivière, coprésidente de la FCPE 93. On se demande bien de quelles coordonnées l'Education nationale dispose vraiment pour joindre les élèves si on se retrouve à nouveau confinés… »

De son côté, la députée de la 11e circonscription de Seine-Saint-Denis Clémentine Autain (LFI) — qui faisait partie des parlementaires présents à la réunion au rectorat — a demandé au recteur de faire un communiqué de presse pour démentir le chiffre initial de 3900 élèves manquants. Un chiffre qui a selon elle « stigmatisé » le département.