Seine-Saint-Denis : la victime avait inventé sa séquestration et envoyé trois hommes en prison

Trois hommes se sont retrouvés en détention provisoire après les accusations fantaisistes d’un plaignant qui disait avoir été agressé à Epinay-sur-Seine. Le tribunal les a tous relaxés.

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 Au tribunal de Bobigny, les déclarations du plaignant n’ont pas convaincu.
Au tribunal de Bobigny, les déclarations du plaignant n’ont pas convaincu. LP/N.R.

La victime ne s'est pas présentée devant le tribunal pour répondre aux nombreuses questions que pose cette fumeuse affaire de violences avec séquestration à la clé. Elle s'est en revanche épanchée devant les policiers, lorsqu'elle a déposé plainte ce jeudi. Lors de son audition, cet homme raconte qu'il a été passé à tabac ce mercredi, à tel point qu'il crachait du sang. Ses tortionnaires présumés, tous âgés d'environ 25 ans, lui auraient aussi brûlé les cheveux et auraient fini par le séquestrer dans les parties communes d'un immeuble d'Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis).

Mais dans tout ce récit pourtant très détaillé, il n'y avait rien de vrai. C'est ce qu'a estimé le tribunal, qui a relaxé les trois prévenus jugés pour des faits de vols avec violence et de séquestration.

Une histoire pourtant très détaillée

Il est 5 heures du matin mercredi quand un petit groupe de copains sérieusement éméchés commence à faire des paris sur la capacité de l'un d'eux à faire des roues arrière sur un vélo. Le futur plaignant s'exécute mais en réalisant sa prouesse, il casse le vélo. Le propriétaire lui demande de le rembourser et ils filent vers le premier distributeur venu. Mais il ne parvient pas à retirer de l'argent.

C'est à ce moment-là qu'ils auraient décidé de le séquestrer, toujours selon la version de la victime qui ne sera pas avare de détails : « Ils m'ont donné des coups dans l'ascenseur jusqu'au 11e étage. Puis ils m'ont menacé avec un Opinel et dit qu'ils allaient me couper les doigts et [le sexe]. Puis, ils m'ont penché par la fenêtre », rapportera-il aux policiers. Il aurait aussi été contraint de se déshabiller entièrement.

Aucune trace des sévices subis

Mais ce vendredi, au fur et à mesure des débats, la version du plaignant se désintègre inexorablement. Les nombreux sévices que ce dernier dit avoir subis n'ont laissé aucune trace. A l'épreuve de l'examen par l'unité médico-judiciaire (UMJ), le médecin ne décèle qu'une plaie à l'arcade. Aucune trace d'autres coups, ni le moindre cheveu roussi ne sont constatés.

Le substitut du procureur lui aussi doute de la véracité de cette histoire. « Il y a beaucoup de zones d'ombre », indique-t-il en préambule. Certes les trois prévenus sont retrouvés avec des objets appartenant à la victime, mais ils expliquent qu'ils leur ont été remis en guise de gage.

Il demande la relaxe pour la séquestration et des peines de deux, trois et six mois de prison pour les vols présumés.

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La présidente, Bénédicte Berry, n'a pas été convaincue non plus par cette histoire. Elle a jugé qu'« aux vues de ses déclarations, la victime a exagéré et menti » et elle a conseillé aux trois prévenus de « rester loin de ce monsieur et de ne pas traîner à 5 heures du matin dans les environs ».