Seine-Saint-Denis : ils dénoncent une école à deux vitesses pour les élèves handicapés

Plusieurs dizaines d’AESH (accompagnants des élèves en situation de handicap) ont manifesté ce mardi matin devant la Direction académique de Seine-Saint-Denis pour réclamer l’embauche de personnels et l’amélioration de leurs conditions de travail.

 Bobigny, ce mardi. Plusieurs dizaines de manifestants se sont rassemblées devant la Direction académique soutenues par une intersyndicale de l’Education nationale.
Bobigny, ce mardi. Plusieurs dizaines de manifestants se sont rassemblées devant la Direction académique soutenues par une intersyndicale de l’Education nationale.  LP/H.H.

C'était il y a près d'un an jour pour jour. Le 11 février 2020, lors de la 5e Conférence nationale du handicap, le président de la République avait déclaré : « Pour moi le premier objectif, c'est qu'aucun enfant (NDLR, souffrant de handicap) sans solution de scolarisation ne puisse encore exister au mois de septembre prochain ». Un an plus tard, le cap est loin d'être tenu.

Ce mardi matin, une manifestation a mobilisé plusieurs dizaines d'AESH (accompagnants des élèves en situation de handicap) devant la Direction académique de Seine-Saint-Denis à Bobigny pour réclamer la création de 1 000 postes supplémentaires d'AESH dans le département afin de répondre aux besoins des élèves.

« En Seine-Saint-Denis, on estime qu'il y a 24 000 heures d'accompagnement notifiées aux élèves par la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH) qui ne sont pas honorées faute de postes suffisants. La direction académique dit qu'elle a dû mal à recruter. Pourtant, on a des retours de candidats qui n'auraient jamais eu de réponse après avoir envoyé un CV », souligne Caroline Marchand, cosecrétaire départementale du Snuipp-FSU, syndicat des professeurs des écoles.

Des années de précarité

Dans la foule qui s'époumone ce mardi, on retrouve principalement des femmes, surreprésentées dans cette catégorie professionnelle, dont le salaire dépasse rarement les 800 € par mois, car leurs contrats de travail n'atteignent pas les 35 heures. Une profession qui se mobilise rarement, vu la précarité du métier, qui les incite plutôt à se taire. Les AESH mettent des années à obtenir un CDI.

« Cela fait 7 ans que je fais ce job et je n'ai toujours pas de contrat à durée indéterminée, témoigne l'une d'elles, payée un peu plus de 1 000 € par mois pour 30 heures d'accompagnement. Notre métier, on a intérêt à l'aimer parce qu'il faut voir les conditions dans lesquelles on travaille… Nous ne sommes pas formées, ni considérées, mais juste des pions. Et la mise en place des Pials n'a rien arrangé. »

Durant la manifestation, les participantes ont vivement critiqué ces Pôles inclusifs d'accompagnement localisés, déployés depuis 2019 par le ministère de l'Education nationale et présentés comme une des pierres angulaires de son plan pour « l'école inclusive ». « Avec ces Pials, les AESH ne sont plus affectés à des élèves, mais à un secteur. Cela permet de mutualiser les moyens et de faire des économies », critique Sabine Rubin, députée (LFI) de la 9e circonscription de Seine-Saint-Denis.

Des enfants « hors radars » pour la FCPE

L'élue, présente au rassemblement, a participé à la commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur « l'inclusion des élèves handicapés dans l'école et l'université de la République » ayant donné lieu à un rapport en 2019. Pour cette députée, il faudrait que l'Etat investisse « 2 milliards d'euros pour former et embaucher 100 000 AESH au niveau national, qui débuteraient au smic avec une vraie possibilité d'évolution de carrière afin d'attirer les candidats ».

« Il y a un problème de recrutement, de formation. Mais il y a d'autres éléments qui doivent également être pris en compte, estime Rodrigo Arenas, président de la Fédération de parents d'élèves FCPE, qui a été interrogé par la commission d'enquête. Je pense notamment à l'adaptation du bâti scolaire, car très peu d'établissements sont accessibles aux élèves handicapés, et aussi à la question de l'accès à l'accompagnement. Non seulement des heures notifiées ne sont pas honorées, mais on sait qu'il y a des élèves qui restent totalement hors des radars, car monter un dossier à la MDPH pour avoir une notification d'accompagnement est très long et compliqué. »

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En Seine-Saint-Denis, la FCPE a d'ailleurs formé des parents bénévoles à l'accompagnement des familles les plus en difficultés pour effectuer ces démarches. Les besoins sont sans doute énormes dans le département le plus pauvre de France métropolitaine. Selon le rapport de l'Assemblée nationale, les difficultés d'accès à l'accompagnement touchent ainsi davantage les enfants issus de milieux sociaux défavorisés.

De son côté, le ministère de l'Education nationale revendique des avancées pour la scolarisation des élèves handicapés, notamment la création d'une formation de 60 heures pour les AESH en 2019 et de 8 000 postes supplémentaires à la rentrée 2020. Selon le Comité national de suivi de l'école inclusive, 385 000 élèves handicapés étaient scolarisés à la rentrée 2020 en France, soit 65 000 de plus depuis 2017. Mais seulement la moitié de ces 385 000 bénéficient d'un accompagnement. Difficile d'avoir des chiffres fiables sur la Seine-Saint-Denis, la direction académique n'ayant pas répondu à nos sollicitations.