Seine-Saint-Denis-Essonne : torturé après un vol de cocaïne, il devait choisir «entre son doigt et son œil»

Quatre hommes comparaissent pour avoir, pendant trois jours durant l’été 2017, séquestré et torturé leur victime qu’ils accusent d’avoir volé l’argent de la cocaïne, soit 10 000 euros.

 BOBIGNY (SEINE-SAINT-DENIS). Quatre hommes sont jugés devant la cour d’assises pour enlèvement séquestration avec actes de torture.
BOBIGNY (SEINE-SAINT-DENIS). Quatre hommes sont jugés devant la cour d’assises pour enlèvement séquestration avec actes de torture.  LP/GUILLAUME GEORGES

Quatre hommes seront jugés pendant cinq jours devant la cour d'assises de Seine-Saint-Denis, à partir de ce mardi à Bobigny, pour enlèvement, séquestration actes de torture et de barbarie commis en bande organisée.

Steve A., la victime avait subi de longs sévices en juillet 2017 entre Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) et Vigneux-sur-Seine (Essonne). Il lui était réclamé entre 10 000 et 30 000 euros, selon les versions, pour un vol de cocaïne. Tous sont originaires de Guyana ou du Suriname voisin, plaques tournantes du trafic de cocaïne.

Trois jours de sévices

Ils avaient fixé à Steve A. rendez-vous à Saint-Denis. La suite relève du cauchemar. À Saint-Denis, ses agresseurs lui coupent ses dreadlocks et le poussent dans le coffre d'une voiture puis ils roulent jusqu'à Vigneux-sur-Seine (Essonne).

Là, dans un appartement, commencent les sévices. La victime recensera sept personnes qui se relaieront autour d'elle. Pour montrer qu'ils ne plaisantaient pas, l'un d'eux lui demande « de choisir entre le doigt et l'œil à laisser en garantie ». Le projet n'avait heureusement pas été mis à exécution. La victime sera libérée trois jours après, quand surviennent les premières interpellations dans un appartement de La Courneuve.

S'il n'avait pas compris à qui il avait affaire, l'un de ses geôliers lui précise que « leur truc ce n'était pas de tabasser mais de tuer ». Dans cet appartement de l'Essonne, il va vivre trois jours d'enfer. Les tortionnaires lui passent le torse au chalumeau, le tabassent « plusieurs heures ».

Brûlures, traumatisme crânien et nez cassé

Steve A. sera relâché après avoir redouté le pire. Il s'en sort avec des brûlures, un traumatisme crânien et le nez cassé. Les coups assénés occasionneront 15 jours d'ITT (incapacité temporaire de travail).

Les kidnappeurs sont loin de reconnaître les faits. Oswald S., 48 ans, nie tout en bloc, il ne connaît pas Steve. Il s'est bien rendu à Vigneux, mais c'était pour y faire des emplettes « pour ses enfants ».

Troy L., 37 ans, reconnaît avoir été présent à Saint-Denis mais s'exonère du passage à tabac. Pourtant la victime l'accuse de l'avoir frappé avec un tesson de bouteille et confirme sa présence dans l'appartement de Vigneux. Elle le tient aussi pour être l'un des principaux exécutants, directement mandaté par des trafiquants pour récupérer l'argent de la cocaïne. « Il fait office d'intermédiaire mais ne participe pas aux violences », souligne Me Frédéric Beaufils, son avocat.

Une dette de 30 000 euros ?

Jaysen S. 29 ans, observe la même ligne de défense que ses co- accusés. Tous ceux qui l'entoureront dans le box et sur le banc des parties civiles sont de parfaits inconnus. Même si son portable a borné aux différentes étapes de l'enlèvement, il concède sa présence à Saint-Denis mais pas dans l'Essonne.

Il aurait, selon l'accusation, été l'un des commanditaires du rapt. Pour Me Sfez, son avocat, la qualification la plus appropriée serait « des violences volontaires aggravées » avec un renvoi devant un tribunal correctionnel.

Stéphano P., 24 ans, aurait aussi eu un rôle très actif dans l'affaire. Il expliquera que la victime aurait volé la cocaïne qui provenait de Guyane et aurait contracté une dette de 30 000 euros.

Steve A. sur le banc des parties civiles est sorti vivant des griffes de cette équipe. Il a déjà une bonne connaissance de ce milieu car il a été condamné en 2019 pour importation de cocaïne.

Tout le débat devant la cour d'assises sera de trancher sur la notion de bande organisée.