Seine-Saint-Denis : des ambassadeurs dans la rue pour combattre les «fake news» sur la vaccination

Le département a formé 45 volontaires pour aller au contact de la population et la sensibiliser à l’utilité de la vaccination. Les premiers ont débarqué ce mardi matin à Aubervilliers. Nous les avons suivis.

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 Aubervilliers, ce mardi. Célestin, 62 ans, fait partie des ambassadeurs formés pour encourager les personnes vulnérables à s’immuniser.
Aubervilliers, ce mardi. Célestin, 62 ans, fait partie des ambassadeurs formés pour encourager les personnes vulnérables à s’immuniser. LP/Alexandre Arlot

Postés de part et d'autre de la place de la mairie à Aubervilliers, Gérard et Célestin adoptent des techniques d'approche opposées. Le premier n'hésite pas à aborder les personnes âgées qui attendent à l'arrêt de bus, de l'autre côté de l'avenue de la République. Le second patiente sagement au pied de l'église Notre-Dame-des-Vertus, guettant le passage de seniors.

Au revers de son manteau de cuir, Célestin arbore fièrement un imposant badge bleu témoignant de son engagement contre le Covid-19. Avec Gérard et Odile, cet agent de sécurité de 62 ans est le premier ambassadeur du vaccin à partir à la rencontre de la population au gré des étapes d' un bus affrété par le conseil départemental, à l'origine de cette initiative.

« Nous avons reçu 150 candidatures de parents, d'étudiants ou de personnes âgées, un peu plus de femmes que d'hommes, indique Laurie Piquer, cheffe de projet au service de la prévention des actions sanitaires au sein du département. Le président (NDLR : le socialiste Stéphane Troussel) a tiré au sort 45 personnes, qui ont suivi une formation en visioconférence jeudi et vendredi derniers. »

Celle-ci a d'abord consisté à donner aux ambassadeurs le bagage nécessaire pour bien appréhender les enjeux de la vaccination. « Puis nous avons évoqué des aspects plus politiques, comme la stratégie vaccinale ou la localisation des différents centres de vaccination dans le département », poursuit Laurie Piquer.

«Les gens sont globalement réceptifs»

Une attention particulière a été portée sur la posture à adopter face aux fausses nouvelles, à travers l'intervention d'une journaliste spécialisée sur ce sujet. Ces « fake news », c'est en partie ce qui a poussé Odile, baskets roses et taille de guêpe, à devenir ambassadrice du vaccin.

« Ça me révolte, lâche cette enseignante à la retraite. Je ne suis pas sur les réseaux sociaux, mais j'ai entendu des gens parler du vaccin en disant : Tu te rends compte, on va changer mon ADN ! Ces propos qui essaiment un peu partout, on ne les invente pas tout seul. »

Aubervilliers, ce mardi. Pour l’occasion, le bus de la vaccination du conseil départemental s’est posté entre la mairie et l’église. LP/A.A.
Aubervilliers, ce mardi. Pour l’occasion, le bus de la vaccination du conseil départemental s’est posté entre la mairie et l’église. LP/A.A.  

Alors Odile, 66 ans, a décidé de prendre son bâton de pèlerin. « Depuis le début de l'épidémie, je trépigne en tant que retraitée, répond-elle quand on la questionne sur les raisons de son engagement. On ne fait pas assez appel à nous pour participer à des opérations d'information ou de sensibilisation. »

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Se sentir utile, c'est aussi le besoin de Célestin. Avant d'entamer sa journée de huit heures de travail à Malakoff (Hauts-de-Seine), qui débute à 14 heures, cet habitant du Blanc-Mesnil consacre sa matinée à son rôle d'ambassadeur. « J'aime me mettre au service des autres », confie-t-il.

D'un naturel introverti, le sexagénaire parvient pourtant à nouer contact avec les passants qu'il aborde. « La politesse, c'est primordial », lâche-t-il d'emblée. Rien n'est gagné pour autant. « Certains ont des a priori, constate-t-il. Quand ils voient mon badge, ils disent que le vaccin ne les intéresse pas et continuent leur chemin. Mais les gens sont globalement réceptifs. On ne les pousse pas à se faire vacciner, car ce n'est pas obligatoire. On leur dit juste que s'ils le font, ils se protègent et protègent les autres. »

Bientôt des injections à bord du bus du département

Dans les propos des passants abordés revient la difficulté de prendre rendez-vous via les plates-formes Internet comme Doctolib. Difficulté qui souligne un engouement certain pour la vaccination, « contrairement à ce qu'on entend », pointe Laurie Piquer.

Gérard, 71 ans, le confirme. « La plupart des personnes âgées que j'ai interrogées étaient déjà vaccinées », rapporte-t-il. Cet ancien fonctionnaire prend sa mission d'ambassadeur très à cœur. Il est vrai que le sujet de la promotion de la santé l'intéresse, lui qui y a consacré certaines de ses recherches. Gérard assure n'avoir rencontré ce matin-là « aucune personne hostile à [sa] démarche, ni au vaccin en lui-même ».

En un peu plus de trois heures ce mardi, les ambassadeurs ont contribué à la prise de 15 rendez-vous au centre de vaccination de la CPAM à Bobigny. Ils ont aussi placé 10 personnes sur la liste d'attente de celui d'Aubervilliers.

Le parcours des patients devrait être bientôt plus rapide, puisque le conseil départemental promet d'effectuer ses premières vaccinations dans le bus dès la semaine prochaine.