Saint-Denis : à Siemens, les personnes souffrant de troubles psychiques renouent avec l’entreprise

Aider les personnes souffrant de troubles psychiques à retrouver un emploi, c’est ce que propose Siemens depuis onze ans. L’objectif est d’étendre ce dispositif encore unique à d’autres entreprises d’Ile-de-France.

 Siège de Siemens, Saint-Denis, le 28 septembre. L’entreprise a mis en place un service permettant aux personnes souffrant de troubles psychiques de renouer avec le milieu professionnel et de retrouver un emploi.
Siège de Siemens, Saint-Denis, le 28 septembre. L’entreprise a mis en place un service permettant aux personnes souffrant de troubles psychiques de renouer avec le milieu professionnel et de retrouver un emploi. LP/C.G.

« Venir en aide à la clientèle, rien que ça, c'est déjà très bénéfique sur le plan psychologique. Je me sens de moins en moins malade. » Le long chemin de la guérison d'Angélique, 41 ans passe par un retour dans la vie active.

Sa reprise de contact avec l'univers codifié de l'entreprise, elle l'a entamée il y a bientôt deux ans, en intégrant Siemens, à Saint-Denis, où elle est épaulée et encouragée avec une trentaine d'autres personnes souffrant comme elle, de troubles psychiques.

« Ici, c'est une petite bulle de bienveillance », résume Catherine Petrovic, responsable Diversité et inclusion au sein de Siemens. Au cinquième étage du siège, apparaît un open space aussi classique que l'ambiance y est studieuse. Bienvenue au centre Etre et handicap, un service créé en 2009 pour accueillir des collaborateurs détachés de plusieurs établissements d'aide par le travail (Esat) d'Ile-de-France, pour une période allant de six mois à deux ans.

« On accompagne des personnes qui peuvent se remettre d'un burn-out, souffrir de troubles bipolaires, de schizophrénie ou de pathologies chroniques qui les fragilisent », cite Catherine Petrovic. Prise en charge téléphonique de clients lorsqu'un service est débordé, commandes et achats, gestion des notes de frais… Voici quelques exemples des missions que mènent les équipes venues renouer avec le milieu professionnel.

«Redonner confiance»

« L'idée est de redonner confiance et de mettre le pied à l'étrier à des gens qui ont envie de travailler mais qui ont besoin d'aide pour y arriver », résume Nicolas Petrovic, président de Siemens France. Le dirigeant a accueilli lundi Sophie Cluzel, secrétaire d'Etat en charge des personnes handicapées, venue à Saint-Denis découvrir le dispositif d'intégration.

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Car ce qui devrait être une évidence en France reste encore « une expérience unique et atypique », rappelle Jean-Rémy Touze, ancien DRH de Siemens, à l'origine de la création du centre il y a onze ans. « Le principe est que les bénéficiaires reprennent la main, se fixe des objectifs et ne s'identifient plus comme des malades », explique-t-il.

Jean-Rémy Touze souhaite aujourd'hui étendre cet accompagnement spécifique et personnalisé à d'autres grandes entreprises d'Ile-de-France. Plusieurs employeurs étaient représentés ce lundi à la visite.

Préparer l'avenir

Angélique a passé une décennie éloignée du monde du travail, à suivre des soins en hôpital de jour, combattre sa maladie, trouver les bons traitements et se relever. « Avec la prise de médicaments, on peut avoir des problèmes de concentration, avoir des oublis en particulier si les dosages sont lourds », souligne-t-elle. L'accompagnement permet de rassurer et d'anticiper des difficultés. Les horaires sont également adaptés.

« Avant que mon handicap ne se déclare, j'étais animatrice pour enfants, confie Angélique. Siemens est ma première expérience dans une grande entreprise. Mais si je n'étais pas venue ici, je n'aurais jamais osé chercher à devenir professeur de fitness ! » C'est en effet le projet professionnel qu'Angélique compte engager l'année prochaine : restée sportive malgré sa maladie, elle se prépare à intégrer une formation en alternance.

L'espoir d'un emploi ou d'une formation à la sortie

Vincent, 38 ans, traite les demandes d'achats et assure le suivi des commandes depuis presque deux ans chez Siemens. « J'appréhendais les débuts, j'avais peur de ne pas suivre le rythme, explique-t-il. Aujourd'hui, j'ai une vision sur l'avenir qu'un travail au sein d'un Esat ne me donnait pas vraiment. Ici, je peux me projeter. » Vincent s'apprête à déposer une validation des acquis de l'expérience (VAE) pour poursuivre son insertion.

Chaque année, entre trois et quatre personnes passées par le centre de Siemens décrochent un emploi ou une formation. Une deuxième phase clé, après l'étape transitoire au centre « Être et handicap ». « On les aide dans leurs démarches et dans la réalisation de leur CV, précise Catherine Petrovic. On reste d'ailleurs en contact avec eux, après leur départ. »

Handicap «invisible»

Marina Aublanc, responsable Diversité chez Generali est parmi les représentants des employeurs venus découvrir lundi l'expérience de Siemens. « C'est un concept intelligent qui mérite qu'on s'y intéresse, souligne-t-elle. Le handicap physique est plus facile à comprendre et à prendre en charge que le handicap psychique qui est au premier abord invisible. »

Jean-Rémy Touze espère voir se concrétiser une plate-forme francilienne embryonnaire en début d'année prochaine. Il veut aussi recourir à l'emploi accompagné, une nouvelle forme d'insertion des salariés handicapés prévue par la loi depuis 2016.