Réouverture de la mosquée de Pantin : le recteur dans le viseur de la préfecture

Le préfet de Seine-Saint-Denis a annoncé dans un communiqué qu’il était prêt à envisager la réouverture anticipée de la mosquée de Pantin, à condition que le recteur M’Hammed Henniche soit exclu des discussions.

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 M’Hammed Henniche est recteur de la mosquée de Pantin et président de la Fédération musulmane de Pantin.
M’Hammed Henniche est recteur de la mosquée de Pantin et président de la Fédération musulmane de Pantin. LP

C'est un communiqué cinglant, qui veut reléguer M'Hammed Henniche, le recteur de la grande mosquée de Pantin, aux oubliettes. Ce lundi, le préfet de la Seine-Saint-Denis a posé sans équivoque ses conditions à la réouverture anticipée du lieu de culte qu'il avait fermé pour six mois en octobre 2020 afin de « prévenir la commission d'actes terroristes ».

À l'époque, l'Etat avait reproché à M'Hammed Henniche d'avoir diffusé sur la page Facebook de la mosquée — suivie par 98 000 personnes — la vidéo du parent d'élève qui s'en était pris à Samuel Paty, le professeur ensuite assassiné pour avoir montré des caricatures du prophète Mahomet lors d'un cours sur la liberté d'expression. Attentat que le recteur s'était empressé de condamner.

Dans son communiqué, Georges-François Leclerc se dit prêt à « ouvrir des discussions avec les fidèles » sur une éventuelle réouverture avant le 19 avril à « l'exclusion de messieurs Henniche et Doucouré ». En octobre, la préfecture avait également justifié sa décision de fermeture par le fait qu'Ibrahim Doucouré, un des imams de Pantin, était accusé d'être « impliqué dans la mouvance islamiste radicale d'Ile-de-France ». Ce dernier avait alors décidé de se retirer de ses activités pour « favoriser l'apaisement » lorsque la Fédération musulmane de Pantin et son président M'Hammed Henniche avaient déposé deux recours — sans succès — contre la fermeture du lieu de culte.

Lors de l'audience, Georges-François Leclerc était venu en personne au tribunal administratif défendre sa décision. Dans son communiqué, le préfet explique que le ministre de l'Intérieur s'est légitimement « fondé sur les pétitions de fidèles en appelant au départ de monsieur Henniche, et sur les initiatives courageuses du maire » lorsqu'il a évoqué à l'Assemblée nationale la réouverture anticipée de la mosquée.

Plusieurs pétitions contradictoires circulent

Le 1er février, Gérald Darmanin a abordé cette hypothèse devant les députés lors des débats sur le projet de loi « confortant les principes de la République ». « Aujourd'hui, les fidèles font le ménage chez eux, organisent des choses conformément aux lois de la République, avait-il déclaré. Alors il faudra que le ministère de l'Intérieur autorise plus précocement la réouverture de cette mosquée (NDLR : de Pantin) car nous ne luttons pas contre une religion, mais contre ceux qui font une OPA islamiste contre cette religion ».

Mais le ministre n'avait pas ouvertement parlé de pétition. Alors desquelles s'agit-il ? Le sujet est sensible et ni la préfecture, ni le ministère de l'Intérieur, ni le maire de Pantin n'ont répondu à nos sollicitations. Sur le site Change.org, plusieurs circulent. La première, lancée il y a trois mois par un homme se présentant comme le secrétaire général de la Fédération musulmane de Pantin, demande la démission de M'Hammed Henniche et d'Ibrahim Doucouré. Elle n'a recueilli que sept signatures.

La seconde, lancée il y a deux semaines et qui regroupe plus de 700 signataires, réclame cette fois-ci la démission du recteur et du secrétaire général « afin d'élire un nouveau conseil d'administration dans le seul but de rétablir un dialogue avec la municipalité et la préfecture pour la réouverture de la grande mosquée de Pantin ». Son initiateur n'a pas souhaité répondre à nos questions. A contrario, une pétition lancée il y a quatre mois en soutien au recteur et à l'iman dans le collimateur du ministère, avait récolté à l'époque plus de 2 400 signatures.

Les avocats de la Fédération «stupéfaits»

Ces divisions rappellent en tout cas celles qui ont longtemps touché la communauté musulmane de Pantin, scindée jusqu'en 2013 en plusieurs associations. À l'époque, le maire de la ville avait exigé qu'elles se rassemblent en fédération pour leur octroyer un bail emphytéotique pour le terrain de leur mosquée.

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Dans un communiqué publié ce lundi soir, les avocats de la Fédération musulmane de Pantin expliquent avoir découvert avec « stupeur » le communiqué du préfet, dénonçant « ce qui s'apparente à une atteinte sans précédent au principe de la liberté d'association ».

Les deux conseils se disent « stupéfaits de constater qu'un dialogue serait conduit avec des fidèles, alors que la mosquée en compte près de 2 000 ». Ce qui représente pour eux un « véritable contournement de l'organe démocratiquement élu, procédé aussi critiquable que dangereux ».