Prime de 10 000 euros pour les agents du 93 : «C’est une belle carotte !»

Prof à Aubervilliers, Ana estime qu’au regard du faible salaire des enseignants, la prime de fidélisation lancée par le gouvernement peut encourager les agents à rester en Seine-Saint-Denis.

 Illustration. Une prime de 10 000 euros pour cinq ans de poste en Seine-Saint-Denis est lancée dès le 1er octobre. Elle concerne différentes catégories d’agents dont les enseignants.
Illustration. Une prime de 10 000 euros pour cinq ans de poste en Seine-Saint-Denis est lancée dès le 1er octobre. Elle concerne différentes catégories d’agents dont les enseignants.  LP/Olivier Corsan

C'est l'une des rares mesures rendues publiques dans le cadre de la venue de Jean Castex et de plusieurs ministres ce vendredi en Seine-Saint-Denis, un an après le lancement d'un plan d'aide pour le département. Une « prime à la fidélisation » pour les agents de certaines catégories de fonctionnaires d'Etat où le turn over est si fort en Seine-Saint-Denis qu'il a un impact sur le service public.

Pas une petite somme : 10 000 euros au bout de 5 ans seront versés aux policiers, enseignants, agents de l'administration pénitentiaire — entre autres. Objectif : leur donner envie de rester en poste dans le 93. 1100 agents par an seront concernés.

«Cela peut me donner envie de ne pas quitter mon poste»

Pour Ana (le prénom a été changé), enseignante dans une classe de CM1 d'Aubervilliers depuis cinq ans, cette mesure peut fonctionner. «Oui, cela peut me donner envie de ne pas quitter mon poste. 10 000 euros, c'est une belle carotte ! Il faut bien avoir en tête que les enseignants de 1er degré comme moi, nous avons un diplôme bac+5 donc le même niveau qu'un agent de catégorie A... mais nous touchons des clopinettes ! » développe la jeune professeure des écoles.

Son salaire : à peine 1800 euros nets, là où la moyenne des agents de sa catégorie gagnent presque 2900 euros.

D'ailleurs, Ana arrondit les fins de mois en travaillant à la pause déjeuner comme surveillante de cantine dans l'école où elle enseigne. Un énorme sacrifice. «J'ai des journées sans aucune pause. Je mange debout, sur le pouce ou une assiette à la main, tout en m'occupant des élèves qui déjeunent. Sans cela, c'est pas vivable ! »

Alors évidemment, la somme de 10 000 euros apparaît comme le jackpot. D'ailleurs, l'enseignante a du mal à croire que cela aboutisse concrètement. «Mais vous êtes sûr ? Pour les enseignants de 1er degré aussi ? Je ne crois plus au Père-Noël » sourit-elle. D'ajouter : «On a tellement l'habitude d'être les grands oubliés dans les augmentations de salaires chez les fonctionnaires »

Elle voulait quitter la région parisienne

Pourtant, la jeune femme, qui habite en Seine-Saint-Denis, assure qu'elle n'est «pas encore usée par son travail ». «Evidemment c'est compliqué de travailler ici, en zone d'éducation prioritaire. Mais quand on est jeune, qu'on n'est pas encore éprouvé physiquement, travailler dans un secteur compliqué est aussi très intéressant intellectuellement », développe encore l'enseignante.

Mais elle avait tout de même en tête de quitter la Seine-Saint-Denis. «Pas forcément parce que le job y est dur, mais plus pour un choix de vie : quitter carrément la région parisienne et s'installer en province. Avec cette histoire de prime... cela se réfléchit à deux fois. »

Pour les policiers, cette prime de 10 000 euros reçoit aussi un bon accueil. Erwan Guermeur, secrétaire départemental du syndicat Unité-SGP Police émet le vœu que « l'ensemble des policiers la touchent! » C'est ce qu'a promis Matignon, et cela représenterait un beau budget : il y a 4000 fonctionnaires de police dans le 93.

Les greffiers la toucheront aussi

Les 464 greffiers du tribunal judiciaire de Bobigny ont eu des sueurs froides. Jusqu’à ce vendredi matin, ils étaient persuadés qu’ils ne feraient pas partie du périmètre de la prime de 10 000 euros... « Le prix du burn out ! », grince Cyril Papon, secrétaire général de la CGT des chancelleries et des services judiciaires.

Alors, il ne cache pas son soulagement après avoir eu la confirmation lors d’une réunion ce vendredi après midi avec le nouveau directeur des services judiciaires : « Il nous a indiqué qu’elle sera bien versée à tous les fonctionnaires du tribunal (NDLR : hors magistrats) », précise-t-il. « Même si ce n’est pas de nature à régler notre charge de travail, il y a une attente forte sur cette prime.»

Le flou avait toujours existé sur les corps de métiers éligibles. « Quels sont les critères d’attractivité et de fidélisation arrêtés par l’inspection générale des finances ? » interroge toujours le représentant syndical.

À Bobigny, où les greffiers ploient sous les dossiers, des efforts ont été consentis. Trente-cinq professionnels ont été recrutés cette année. « Il en faudrait trente de plus », estime Cyril Papon. Une centaine de personnels contractuels vont arriver d’ici à la fin de l’année. Le secrétaire général ne manque pas de rappeler que, pourtant, la fonction de greffier est un rouage essentiel de la justice. Ils retranscrivent les débats des audiences, renseignent les justiciables ou vérifient la régularité des procédures.