Pantin : pour l’administration, un mois après avoir été tué, Hacène est toujours vivant

La famille de Hacène Rabia, tué lors d’un différend entre automobilistes en septembre, réclame que son acte de décès soit enfin rédigé à son nom. La mairie de Pantin l’a délivré sous X malgré l’identification de la victime. Sans cette modification, il est réputé toujours vivant, ce qui bloque toutes les démarches.

 Hacène Rabia, 32 ans, a été tué le 21 septembre en s’interposant lors d’un différend entre automobilistes.
Hacène Rabia, 32 ans, a été tué le 21 septembre en s’interposant lors d’un différend entre automobilistes. DR

Depuis quatre semaines, Sarra Rabia se débat dans un scénario ubuesque. Coiffée d'un voile noir, cette veuve de 30 ans vient de perdre son mari dans des circonstances dramatiques. Hacène Rabia, préparateur de commande de 32 ans, a été tué à coups de couteau le 21 septembre dernier à Pantin. A la douleur de cette mère de trois jeunes enfants s'ajoute ce qui apparaît comme le zèle du service de l'état-civil de la ville de Pantin. Le certificat de décès de son époux a été établi sous X. Et Sarra bataille toujours pour obtenir sa modification et lui redonner enfin une identité.

Ce lundi, elle était avec des proches sur le parvis du tribunal judiciaire de Bobigny dans l'espoir de décrocher un rendez-vous avec la procureure. Sur une petite pancarte qu'elle tenait à la main, il était écrit : « A la douleur de la famille vous ajoutez la lenteur judiciaire. Nous vous demandons de faire preuve d'humanité en délivrant cet acte de décès pour rapatrier le corps ». Elle-même précise : « Je demande juste l'acte de décès pour faire mon deuil. Je ne veux pas la lune ». Amar, l'oncle de Hacène, qui a pris les choses en main, ajoute : « Nous ne comprenons pas. Juridiquement aucun obstacle ne s'oppose à la délivrance de l'acte ».

Mortellement blessé en pleine rue

Le père de famille avait été retrouvé mortellement blessé, en pleine rue, sans papier pour l'identifier. À l'institut médico-légal (IML), le certificat de décès est délivré sous X. Mais « sous 24 heures, il va être identifié », précise une source interne. La prise d'empreintes permet de mettre enfin un nom sur le corps. Ensuite, le 24 septembre, la veuve vient le reconnaître à l'IML. Malgré cela, le document tamponné par la mairie de Pantin et daté du 28 septembre mentionne toujours en face du nom du défunt : « inconnu ». « Mon mari est considéré comme toujours vivant », souffle Sarra. Sa dépouille, elle, repose toujours à l'IML.

Bobigny, lundi 19 octobre. Sarra Rabia demande que le nom de son mari figure enfin sur l’acte de décès.. LP/NR
Bobigny, lundi 19 octobre. Sarra Rabia demande que le nom de son mari figure enfin sur l’acte de décès.. LP/NR  

« À la mairie de Pantin, un rapport d'enquête ça ne vaut rien ! »

Quatre semaines après son identification, il est toujours « Monsieur X » aux yeux de l'administration et de la justice. « Nous avons écrit le 25 septembre dernier au procureur de la République. Il n'y a personne pour nous l'expliquer », précise Amar. « On veut juste quelqu'un qui nous parle », renchérit Hakim, son ami.

Ils veulent aussi obtenir la restitution du corps pour pouvoir l'inhumer en Algérie. « Pour ses parents bloqués à Alger, c'est très dur : ce monsieur X que l'on a tué, c'est leur fils, Hacène Rabia !, confie Amar, son oncle. C'était un garçon adorable. Je l'avais eu au téléphone le dimanche avant sa mort pour lui dire que j'allais venir passer une semaine chez lui en octobre ».

Requête en rectification d'état civil

Mais selon une source proche du dossier, le blocage s'est en fait produit au service d'état civil de la Ville de Pantin. Le 28 septembre, la police s'y présente pour faire établir l'acte de décès et obtenir la rectification du document initial. Munie du rapport d'enquête qui prouve l'identité du défunt, elle se heurte à une fin de non-recevoir. « À la mairie de Pantin un rapport d'enquête ça ne vaut rien ! », s'étrangle un policier. Sollicitée cette dernière n'a pas été en mesure de nous répondre.

Mais le coup d'éclat de la famille de Hacène, lundi sur le parvis du tribunal n'aura pas été vain. Depuis, le parquet a recontacté la veuve. « Une requête en rectification d'acte d'état civil a été déposée », précise le parquet de Bobigny. Le jugement devrait être rendu ce mercredi.

Le meurtrier présumé écroué

Dans la nuit du 21 septembre, à Pantin, quartier des Quatre-Chemins, Hacène Rabia, 32 ans, est tué à coups de couteau. Ce préparateur de commandes dans une grande enseigne et originaire de Chantilly (Oise) a reçu plusieurs coups, dont un s’avérera mortel. Tout part d’un différend entre automobilistes à Aubervilliers qui va dégénérer sur Pantin. Une Renault force le passage et manque de faucher une femme qui descend d’un véhicule. Les occupants des deux voitures en viennent aux mains. Pendant l’affrontement l’un des protagonistes perd ses clés dans la Renault. Ce dernier, alors que les deux parties se sont séparées part en direction de Pantin, aidé par un témoin pour retrouver la Renault, et ses clés. Mais quand ils retrouvent la Clio, le conducteur et l’un des occupants de la voiture sont cette fois armés d’une barre de fer et de couteaux.

C’est alors que Hacène et un ami arrivent fortuitement au milieu du différend. « Ils ont cherché à calmer les esprits », indique une source proche de l’enquête. Le copain d’Hacène s’en sort malgré les coups de couteau qui lui sont portés. Blessé au flanc et à la cuisse, Hacène ne se relèvera pas. Dans un premier temps, trois hommes seront placés en garde à vue puis relâchés. « Le 27 septembre, l’auteur principal présumé du meurtre a été mis en examen et placé en détention provisoire », indique le parquet de Bobigny. Armé d’un couteau il aurait porté le coup fatal à Hacène et blessé son ami. Un second suspect, d’origine tunisienne, a été interpellé sur mandat d’arrêt européen dans la région de Malaga (Espagne), le 13 octobre. Lui aussi aurait pris part à la bagarre armé d’un couteau.