Noisy-le-Sec : au cœur du quartier traumatisé par le quintuple meurtre

Dans le quartier du petit-Noisy où vit la communauté tamoule, le quintuple meurtre intrafamilial survenu samedi sème incompréhension et effroi.

 Noisy-le-Sec, ce lundi  5 octobre. Le Petit-Noisy est en deuil après la tuerie dans une famille tamoule.
Noisy-le-Sec, ce lundi 5 octobre. Le Petit-Noisy est en deuil après la tuerie dans une famille tamoule. LP/NR

« I can't believe it. It's just… (NDLR : « Je ne peux pas y croire, c'est juste… ») ». Les mots manquent à Kalpana. Cette maman qui conduit ses deux enfants à l'école Bayard de Noisy-le-Sec (Seine-Saint-Denis), ce lundi préfère s'exprimer en anglais pour évoquer l'effroyable tuerie qui a décimé cinq membres de deux familles, dont quatre enfants (18 mois, 5 ans, 9 ans et 11 ans) dans la matinée de samedi, à 300 m d'ici. Deux familles d'origine tamoule, comme Kalpana.

Trois jours après le quintuple meurtre, l'incompréhension est toujours totale. Même le cercle familial ne parvient pas à s'expliquer sur ce que l'un d'entre eux qualifie de « coup de folie ». Les enquêteurs de la police judiciaire n'ont pas encore levé le voile sur ce drame.

Une femme et quatre enfants tués

Le père de famille a tué toute sa famille, sa femme et ses deux enfants, un bébé de 18 mois et son fils de 5 ans. Puis il a supprimé ses deux neveux de 9 ans et de 11 ans. Leurs parents et leurs deux grands frères de 13 et 15 ans ont été frappés à coups de marteau mais ont survécu. Le drame s'est déroulé dans un modeste pavillon rue Emmanuel-Arago où des roses blanches sont désormais accrochées au portail.

Lorsque les deux adolescents qui sont parvenus à s'échapper donnent l'alerte, la police découvre le carnage. Au sous-sol, gisent deux enfants sans vie, leurs parents sont grièvement blessés.

Dans une chambre à l'étage fermée à clé, le meurtrier présumé, toujours vivant, présente des plaies à l'arme blanche. Il était encore hospitalisé ce lundi soir. Sa femme et son fils ont été tués à coups de couteau. Le bébé aurait été étouffé. Deux couteaux seront retrouvés sur la scène de crime.

« Il ne parlait pas trop mais rigolait souvent. »

Une sauvagerie qui ne cesse d'interroger sur la personnalité du père. Dans la file d'attente devant l'école maternelle, Amanthkumar se souvient encore que, la veille, l'homme qui allait tuer au couteau ses enfants et sa femme affichait comme à l'accoutumée « un grand sourire ». Il leur arrivait d'échanger quelques mots en tamoul. « Il ne parlait pas trop mais rigolait souvent. Je le connais comme quelqu'un de calme. Mais à l'intérieur… ».

Aujourd'hui, son fils qui était dans la même classe que l'une des victimes à l'école Quatremaire s'est confié : « Il me dit mon copain est mort. Son fauteuil est là, mais pas lui. Il me manque ». Cet homme de 38 ans est dévasté lui aussi : « Quand on pense ce qu'il a fait à sa petite fille de 18 mois ». C'est encore plus inconcevable pour un ami de la famille : « La veille, ils étaient allés au temple pour une cérémonie pour leur bébé ».

Noisy-le-Sec, lundi  5 octobre. Le collège Cassin a perdu deux élèves dans le drame. LP/N.R.
Noisy-le-Sec, lundi 5 octobre. Le collège Cassin a perdu deux élèves dans le drame. LP/N.R.  

Le quartier du Petit-Noisy est particulièrement meurtri. Dans un périmètre grand comme un mouchoir de poche, deux écoles, le collège René-Cassin et le club de basket pleurent les enfants. En aplomb du viaduc de l'A86, une trentaine de familles venues du Sri Lanka, originaires de la région de Jaffna dans le nord du pays, ont fui la guerre et se sont installées dans des petits pavillons de brique. « C'est comme un village », explique le maire Olivier Sarrabeyrouse devant l'école maternelle Bayard où était scolarisée l'une des victimes. En face, l'école primaire Quatremaire accueillait aussi un autre enfant en CE2. Le maire connaissait très bien les deux familles. Il avait été l'instituteur de l'un des enfants disparus et garde un souvenir très précis du père.

« Je ne comprends pas […], la communauté ne comprend pas »

« Je ne comprends pas ce qui a pu se passer. La communauté ne comprend pas. Il adorait son fils. Il venait le chercher à l'école avec un autre de ses enfants sur ses épaules. ». L'ancien professeur des écoles décrit une famille modèle, comme beaucoup de membres de la communauté tamoule. « Les parents ont une grande volonté de réussite pour leurs enfants. Ils étaient aussi très impliqués dans la vie scolaire et assistaient régulièrement aux réunions. Tous ces enfants étaient brillants », précise le maire.

À côté, dans le gymnase Jean-François Visinoni, où se déroulent les entraînements de basket, Timothée Gauthierot, le président, n'a pas pu retenir ses larmes quand il a appris le drame. Quatre enfants sont licenciés au BBAN (Basket-Ball association noiséenne). Lui aussi a perdu un élément prometteur qui n'avait que 11 ans.

« Il était talentueux. Il était encore à l'entraînement jeudi dernier », glisse Thimothé Gauthierot qui ne tarit pas d'éloge sur cette petite équipe : « Ils étaient très sérieux, très polis et vraiment très attachants. Ils venaient tous donner un coup de main le week-end. Ils incarnent bien l'esprit d'équipe très familial de notre club. ».

L'éducation nationale a dépêché des psychologues pour faire face au traumatisme. « En grande section où était scolarisée l'une des victimes, les enfants ont beaucoup dessiné, mais rien de morbide », confie Olivier Sarrabeyrouse.

Lundi soir le parquet de Bobigny précisait que « l'état de santé des adultes (blessés) est toujours préoccupant ».