Montreuil saisit la justice contre l’occupation d’usine dans les Murs à pêches

Une plainte contre X pour mise en danger de la vie d’autrui a été déposée ce vendredi. La ville a aussi saisi le procureur.

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 Montreuil. Depuis le 15 septembre, l’usine EIF, en bordure des Murs à pêches, est occupée illégalement.
Montreuil. Depuis le 15 septembre, l’usine EIF, en bordure des Murs à pêches, est occupée illégalement. LP/E.M.

La lutte contre la pollution des sols d'Ile-de-France passe à nouveau par la justice. Après Romainville, Montreuil se lance à son tour dans une procédure judiciaire. La ville veut mettre fin à l'occupation d'une ancienne usine située au-dessus d'un site très pollué, dans le quartier des Murs à pêches. Depuis mi-septembre, le collectif Garde la pêche a investi les bâtiments d'EIF, une ancienne usine de peausserie. Ses membres ont déblayé certains espaces et y ont créé des ateliers, selon ce que l'on avait pu observer fin septembre.

L'Établissement public foncier d'Ile-de-France (Epfif) — le propriétaire des lieux — a engagé une procédure d'expulsion à leur encontre à l'automne. La ville de Montreuil renchérit ce vendredi : elle a porté plainte contre X pour mise en danger de la vie d'autrui et a saisi le procureur de la République sur la base de l'article 40 du code de procédure pénale, selon lequel toute autorité ayant connaissance d'un crime ou d'un délit est tenue d'en avertir la justice. « C'est un lieu pollué, dangereux et libéré pour cette raison-là. Et vous avez des personnes qui l'occupent et font vivre des gens sur place. On a essayé la voie du dialogue, des agents assermentés sont venus, mais ils n'ont pas pu entrer, argumente l'adjoint délégué à l'urbanisme Gaylord Le Chequer (PCF). Ce qui a fini de nous faire bondir, c'est quand on a vu sur les réseaux sociaux que le collectif accueillait des gamins pour des ateliers. »

Ce site, localisé en bordure du site historique des Murs à pêches, avait été intégré au concours d'architectes Inventons la métropole du Grand Paris. En 2017, une filiale du promoteur Bouygues avait emporté la mise et entamé des études préparatoires en vue d'y construire 80 logements. Mais elles avaient révélé une pollution du site bien plus importante qu'attendue : 25 t de solvants chlorés, dont du benzène et du trichloréthylène, sont contenus dans la terre et jusque dans la nappe phréatique sous l'usine. Les surcoûts liés à la dépollution ont vraisemblablement effrayé le promoteur qui s'est retiré du projet.

«À quel point les habitants sont impactés par la pollution»

De manière non usuelle, l'Epfif s'est engagé à prendre à son compte la dépollution du site, sans qu'il n'y ait de nouveau projet défini dessus. Un cahier des charges encadrant les travaux a été présenté à la ville et aux riverains à l'automne. Mais ces derniers ne sont pas franchement rassurés, le spectre du site Wipelec planant au-dessus de leur tête. Dans le quartier des Ormes à Romainville, un autre site — abandonné par un industriel qui y faisait notamment de la découpe de métaux par voie chimique — est lourdement pollué au benzène et au trichloréthylène. Et cette pollution s'est propagée dans les environs, obligeant certains habitants à quitter leur domicile ou à s'équiper de systèmes de ventilation. Pire, la dépollution a engendré des dépassements des seuils autorisés dans certaines maisons.

D'où l'exigence de certains riverains de l'usine EIF d'obtenir des relevés dans leurs habitations, sur le modèle de ce qui se fait à Romainville pour la dernière phase de dépollution. « Le nouveau maire (NDLR : le nouveau maire (DVG) de Romainville, François Dechy) a lancé une vraie concertation, il a engagé un bureau d'études indépendant, vante le collectif de riverains Restes Ensemble. Pour l'instant, la concertation promise par le maire Patrice Bessac n'a toujours pas eu lieu. » Et les membres disent manquer d'informations essentielles : « À quel point les habitants sont impactés par la pollution ? Quel sera le suivi pendant les travaux ? Quels sont les protocoles en cas de dépassement des seuils ? »

«L'occupation empêche une démolition hâtive et non encadrée»

Si le collectif assure « n'avoir jamais été sur la ligne de vouloir bloquer les travaux de dépollution », il estime que « l'occupation empêche une démolition hâtive et non encadrée » : « La mairie joue en solo en prétextant des risques sanitaires. Mais ces travaux auraient pu être menés il y a de très nombreuses années », poursuit Restes ensemble.

« Si nous avons occupé ce site, c'est justement pour retarder ces travaux et s'assurer qu'ils sont faits en toute sécurité », plaide de son côté le collectif Garde la pêche, qui ne s'inquiète pas de vivre dans un endroit pollué. « Il y a encore quelques mois, des entreprises étaient installées ici en toute légalité. Si c'est dangereux, pourquoi les y avoir laissées durant toutes ces années ? », questionne-t-il, affirmant avoir étudié de près les documents relatant les niveaux de pollution et ne s'être installé que dans les endroits qui ne sont pas touchés.

La ville, elle, assure être dans la concertation : « Nous sommes sur les mêmes mesures que François Dechy. On veut se mettre du côté des riverains, certifie Gaylord Le Chequer. Nous avons fait un travail avec l'Agence régionale de santé et la préfecture pour que des prélèvements soient effectués chez eux. Nous attendons un retour du laboratoire qui va nous donner les modalités, puis nous préviendrons tout le quartier par boîte aux lettres. »

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Le collectif Restes Ensemble assure avoir déjà récolté une cinquantaine de courriers de riverains demandant que des études de pollution soient réalisées à leur domicile.