Montreuil : inquiétudes autour de la dépollution du site de l’ancienne usine EIF

Un collectif occupe l’ancienne usine EIF promise à la démolition, en bordure des murs à pêches. La concertation publique, centrée sur la dépollution des sols, est au point mort.

 Montreuil. Depuis le 15 septembre, l’usine EIF, en bordure des murs à pêches, est occupée illégalement. Les travaux de démolition doivent débuter fin octobre.
Montreuil. Depuis le 15 septembre, l’usine EIF, en bordure des murs à pêches, est occupée illégalement. Les travaux de démolition doivent débuter fin octobre. LP/E.M.

Le sort de l'ancienne usine EIF, en bordure des murs à pêches à Montreuil, repose désormais sur une décision de justice. Les travaux de démolition devaient débuter à la fin de ce mois d'octobre, mais l'occupation illégale des lieux par un collectif rend très incertain le calendrier voulu par l'Établissement public foncier d'Ile-de-France (Epfif).

Ce groupe baptisé Garde la pêche a investi le bâtiment au moment de l'état des lieux de sortie des précédents locataires, le 15 septembre. Depuis, ils disent être une quinzaine et ne pas avoir « chômé » : « On a commencé à évacuer tout un tas de déchets, on a préparé les espaces pour accueillir et recevoir de nouvelles activités », explique un membre, spécialisé dans le « travail du métal ».

Projet immobilier abandonné

« Nous voulons créer des ateliers participatifs pour les habitants du quartier : musique, photo, graphisme… Nous voulons mettre en place une cantine populaire. C'est work in progress ! On avance », détaille une autre occupante.

« Cette occupation nous donne une respiration, avoue Jérôme, membre de Garde la pêche mais aussi du collectif de riverains Restes ensemble. Il y a des gens sur le site. On a du temps pour faire les choses bien, pour organiser des choses. On pense par exemple à un forum de la dépollution. »

Le collectif Restes ensemble s'est constitué fin mai pour porter les inquiétudes des habitants quant au devenir du site. Un projet immobilier avait été retenu dans le cadre du concours d'architectes Inventons la métropole en 2017, mais le terrain s'est avéré bien plus pollué que prévu. Et la dépollution bien plus coûteuse.

Un cahier des charges de la dépollution en préparation

Une étude a en effet révélé la présence d'une poche de pollution aux solvants chlorés, comme le benzène et le trichloréthylène, en quantité très importante. 25 tonnes. Résultat : le projet immobilier a été abandonné.

L'Epfif, propriétaire, compte tout de même dépolluer les lieux, même si aucun autre projet n'est défini. Et voit d'un très mauvais œil cette occupation illégale. « Ces locaux sont inadaptés à l'habitat. Faute d'évacuation, il sera impossible de mener les travaux de démolition-dépollution, dans les délais prévus à l'issue de la concertation avec la population riveraine », regrette l'opérateur public.

« Le péril, ce n'est pas l'occupation, c'est une dépollution sans cahier des charges clair », rétorque Bijane, membre de Restes ensemble.

Face aux interrogations récurrentes du collectif, l'Epfif s'est en effet engagé à transmettre un « cahier des charges complémentaire pour définir les modalités d'intervention des entreprises ». Un écrit pensé pour rassurer les riverains, inquiets d'éventuelles propagations de la pollution durant la démolition de l'ancienne usine.

Les riverains réclament un « relevé zéro »

« C'est ce qu'il s'est passé à Romainville (NDLR : en 2019, une instruction avait été ouverte sur Wipelec, ancienne usine de découpe chimique après plusieurs plaintes contre X déposées par des habitants qui avaient été surexposés à des polluants du site.) C'est à partir du moment où ils ont cassé la chape de béton que la pollution a commencé à se répandre dans les environs, rappelle Jérôme. Nous voulons qu'une étude de la pollution soit réalisée chez tous les riverains d'EIF dans un cercle de 200 m autour de l'usine. Ce serait un relevé zéro, pour regarder si ça évolue à chaque étape de la dépollution. » Les riverains n'ont pour l'instant pas été entendus sur ce point.

De son côté, la ville prévoit d'organiser une réunion publique, lorsque l'Epfif aura précisé ses intentions quant aux techniques de démolition du bâti.