Montreuil : grâce aux Murs à fleurs, offrez de vrais bouquets made in Grand Paris !

Aux Murs à fleurs, inaugurés ce samedi à Montreuil, comme sur l’Ile-Saint-Denis ou à Belleville, on peut acheter des plantes cultivées localement. Des fleurs qui contribuent à dépolluer les sols.

 Montreuil. Grâce à Sophie Jankowski (à g.) et Céline Doyen, une parcelle des murs à pêches renoue avec son passé horticole.
Montreuil. Grâce à Sophie Jankowski (à g.) et Céline Doyen, une parcelle des murs à pêches renoue avec son passé horticole. LP/E.M.

Le jour vient à peine de se lever. Une brise bien fraîche fait onduler des fleurs par dizaines. Dans les murs à pêches de Montreuil, une ferme florale est sortie de terre pendant le confinement. Couleurs vives et papillons, ambiance bucolique garantie.

Ce jeudi matin, Sophie Jankowski et Céline Doyen s'affairent à couper les fleurs qui composeront leurs bouquets de la semaine. Ensemble, elles entretiennent ce jardin merveilleux, inauguré ce samedi, répondant au doux nom de Murs à fleurs.

La production vendue dans un kiosque à Paris

Elles vendent ensuite leurs créations dans un ancien kiosque sur la place de la République à Paris*, ou directement sur leur site Internet. Et renouent ainsi avec le passé horticole des murs à pêches, leurs objectifs en tête : « Respecter les saisons et faire pousser des plantes qui peuvent résister localement sans chercher à les trafiquer », explique Sophie Jankoswki.

Montreuil. LP/E.M.
Montreuil. LP/E.M.  

Comme les deux amies, au gré notamment des appels à projets Parisculteurs, plusieurs passionnés se sont lancés dans la production locale de fleurs en petite couronne. Ils tentent ainsi de s'extraire de la domination écrasante des Pays-Bas qui fournit autour de 85 % des fleurs coupées vendues en France.

Toit d'hôpital, anciennes friches

Depuis 2017, la pionnière Masami-Charlotte Lavault cultive 200 espèces, au sein de Plein air, dans le quartier Belleville à Paris. Plus récemment, une ferme florale a poussé sur le toit de l'hôpital parisien Robert-Debré, à la porte des Lilas.

En Seine-Saint-Denis, l'association Halage a monté un ambitieux projet de culture à l'Ile-Saint-Denis, en 2018. « L'an dernier, nous avons produit environ 120 000 tiges de fleurs, vante Nicolas Fescourt, chargé de projet. Nous travaillons avec une quarantaine de fleuristes de Paris et sa petite couronne que l'on livre en véhicule électrique. » Grâce à ces chantiers d'insertion, Halage fournit aussi des hôtels de luxe et des Amap de Seine-Saint-Denis.

Ce renouveau d'une production locale de fleurs coupées, le représentant des professionnels du végétal l'observe avec intérêt. « C'est un marché de niche mais il y a de la place pour ces nouvelles formes de commerces, assure Emmanuelle Bougault, chef de projet chez Val'Hor. C'est bien d'alerter le consommateur sur le fait qu'il y a des produits locaux. »

Même enthousiasme au Collectif de la fleur française, fervent défenseur du « slow flower ». « « Il n'y a pas assez de producteurs pour fournir tous les fleuristes qui voudraient des fleurs françaises », assure Hélène Taquet.

La fondatrice de l'annuaire de la fleur française vante les multiples intérêts de ces horticulteurs urbains. « Ils ont un rôle de conservation du patrimoine formidable. Ils ont un rôle social, grâce aux chantiers d'insertion, énumère Hélène Taquet. Ils ont aussi un rôle environnemental. » Et de préciser sa pensée : « C'est l'avantage des fleurs coupées, elles ne nécessitent pas un sol extraordinaire. Et vous pouvez en produire, tout en dépolluant un sol. »

Des expérimentations pour dépolluer les sols

« Prudente », Sophie Jankowski constate seulement qu'elle a attiré des vers de terre dans les sols très pollués des murs à pêches montreuillois. « Cela remet de la vie. Mais de là à dire que ça nettoie l'arsenic ou le mercure… Il faudrait faire des analyses fleur par fleur pour savoir ce qu'elles captent en terme de pollution. »

C'est justement ce que réalise l'association Halage sur le terrain ultra-pollué de l'Ile-Saint-Denis, exploité pendant vingt ans par une entreprise du bâtiment. « Nous menons plusieurs expérimentations pour trouver les formules qui fonctionnent », résume Nicolas Fescourt, citant par exemple la plantation de micro forêts.

« On veut prouver qu'il est possible d'avoir des fleurs en Ile-de-France toute l'année, en respectant les saisons. Mais ça veut dire qu'il n'y aura pas de rose à la Saint-Valentin ! »

*12, place de la République. Jeudi et vendredi, de 16 heures à 20 heures, le samedi de 10 heures à 19 heures.