La mosquée de Pantin « a fait le ménage » : elle pourra rouvrir plus tôt que prévu d’après Darmanin

Devant l’Assemblée nationale, le ministre de l’Intérieur a salué les efforts réalisés par l’association gérant le lieu de culte qui avait été fermé administrativement pour six mois, après l’assassinat de Samuel Paty. Mais ce mardi, le recteur et ses avocats jouent la prudence.

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 Le 19 octobre 2020, le ministre de l’Intérieur avait demandé au préfet la fermeture de la mosquée de Pantin (Seine-Saint-Denis), pour une durée de six mois.
Le 19 octobre 2020, le ministre de l’Intérieur avait demandé au préfet la fermeture de la mosquée de Pantin (Seine-Saint-Denis), pour une durée de six mois. LP/V.T.

L'annonce de sa fermeture s'était faite devant des millions de téléspectateurs, trois jours après l'assassinat de Samuel Paty à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines). Au journal de 20 heures de TF1, le 19 octobre dernier, le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, annonçait qu'il avait « demandé au préfet de Seine-Saint-Denis » la fermeture de la mosquée de Pantin. Il reprochait notamment au lieu de culte d'avoir relayé sur sa page Facebook la vidéo du parent d'élève qui s'en était pris au professeur, et dans laquelle figurait aussi l'adresse du collège où s'est produit l'attentat.

Ce lundi, alors que s'ouvraient à l'Assemblée nationale les débats sur le projet de loi « confortant les principes de la République », le ministre de l'Intérieur a ouvert la voie à une réouverture plus tôt que prévu du lieu de culte. Une surprise, alors que celui-ci avait été fermé administrativement pour six mois et ne devait donc pas accueillir du public avant la mi-avril.

« Nous ne luttons pas contre une religion »

« Lorsque l'Etat doit prendre des décisions fortes de fermeture de lieux de culte, il doit le faire sans la main qui tremble et c'était le cas pour la mosquée de Pantin », a rappelé le ministre devant le parlement.

« Aujourd'hui, les fidèles font le ménage chez eux, organisent des choses conformément aux lois de la République, a-t-il poursuivi. Alors il faudra que le ministère de l'Intérieur autorise plus précocement la réouverture de cette mosquée car nous ne luttons pas contre une religion mais contre ceux qui font une OPA islamiste contre cette religion. »

Cet automne, les avocats du recteur M'hammed Henniche avaient contesté sans succès la décision de la préfecture devant le tribunal administratif puis le Conseil d'Etat.

Ce mardi, ils préféraient jouer la prudence dans l'attente d'une confirmation officielle de l'Etat. « Ce serait une excellente nouvelle pour les fidèles, s'autorise seulement Me Vincent Brengarth. La réouverture est un objectif que nous partageons tous ensemble, mais nous attendons des informations plus précises de la part de la préfecture. Nous manquons aujourd'hui de visibilité sur le calendrier. »

La mosquée espère célébrer le ramadan 2021

Joint ce mardi après-midi, M'hammed Henniche dit déjà son soulagement. « Depuis hier (NDLR : lundi), je reçois des appels sans cesse. Les fidèles voient enfin le bout du tunnel, explique-t-il. Ils voient la lumière mais on attend la décision définitive. »

Pour lui, il était impensable de rater le début du ramadan. « On savait que la fermeture n'était pas définitive, mais les six mois allaient s'achever juste après le début du ramadan, qui débutera autour du 15 avril, alors qu'on a déjà raté celui de 2020… Là, on aurait raté les premiers jours et les préparatifs. Maintenant, on sait qu'on pourra rouvrir avant. »

Le CV du nouvel imam a été « vérifié »

Les avocats du recteur rappellent qu'un « dialogue permanent » était ouvert entre l'association gérant le lieu de culte et les services de l'Etat. Lors de son recours déposé devant le Conseil d'Etat, M'hammed Henniche avait indiqué à l'audience qu'il s'engageait à installer un système de caméras de vidéoprotection à l'entrée du site. C'est désormais chose faite, indiquent aujourd'hui ses avocats.

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A l'époque, il avait également assuré que l'imam de la mosquée avait été définitivement écarté. « On a installé un nouvel imam et les services de l'Etat devaient vérifier son CV et tout cela a été fait, poursuit le recteur. C'est pour cela que le ministre a dit qu'on était en conformité avec les lois de la République. »

Le 19 octobre, devant les caméras de TF1, Gérald Darmanin avait expliqué que l'imam de la mosquée de Pantin avait scolarisé plusieurs de ses enfants dans une école clandestine de Bobigny, également fermée par les services de l'Etat début octobre. « Des enfants de 2 à 6 ans y portaient le hidjab, sans cour de récréation, sans fenêtres, sans professeur », avait précisé le ministre.

Le compte Facebook ne publiera que « le minimum du minimum »

Auprès de la préfecture, la mosquée s'est également engagée à mieux maîtriser ses moyens de communication. « De toute façon, nous n'utilisons que Facebook », précise M'hammed Henniche. Trois à quatre personnes gèrent à tour de rôle les publications sur le compte. « Et désormais, la ligne sera d'éviter tout ce qui pourrait être source de polémique, poursuit-il. Il n'y aura plus de post concernant l'actualité générale, seulement celle concernant la mosquée. Le minimum du minimum : les dates importantes, les horaires de prière, quelques versets coraniques pour faire des rappels. Et l'idée, c'est qu'il est préférable de ne rien publier que quelque chose qui peut déraper. »