Ile-de-France : l’hommage street art au premier médecin mort du Covid-19 en France

Jean-Jacques Razafindranazy, médecin urgentiste à l’hôpital de Compiègne (Oise), est mort le 21 mars du Covid-19. Bouleversé, l’artiste Morèje lui a rendu hommage chaque jour au cours du premier confinement. Son travail est à découvrir dans le livre « Les murs du confinement », qui sort ce jeudi.

 Morèje, artiste mosaïste installé à Paris est bouleversé par la mort le 21 mars de Jean-Jacques Razafindranazy, urgentiste à l’hôpital de Compiègne.
Morèje, artiste mosaïste installé à Paris est bouleversé par la mort le 21 mars de Jean-Jacques Razafindranazy, urgentiste à l’hôpital de Compiègne.  Morèje

23 mars 2020, début de soirée et premier voyage. Morèje, artiste de rue installé à Paris a rédigé son attestation de déplacement dérogatoire qui prend l'allure d'un manifeste. Il y écrit qu'il sera « accompagné du portrait peint du docteur Jean-Jacques Razafindranazy, médecin urgentiste décédé le samedi 21 mars du coronavirus ».

Morèje s'apprête à marcher moins d'une heure, dans un rayon d'un kilomètre autour de chez lui, tout en rendant hommage au premier soignant mort du Covid-19 en France. Le praticien de 67 ans avait quitté sa récente retraite pour reprendre du service et soutenir ses collègues à l'hôpital de Compiègne (Oise), face à la pandémie.

Visage souriant et joyeux

« J'ai été bouleversé quand j'ai découvert le 22 mars un article dans lequel s'exprimait sa famille. Le confinement venait juste de commencer et je me suis demandé ce que je pouvais faire en étant isolé chez moi, quel était mon rôle en tant qu'artiste. »

Immédiatement, le mosaïste et peintre « a fresco », c'est-à-dire sur enduit frais, se met au travail. Il crayonne le visage très souriant et joyeux du médecin, d'après une photo postée par ses proches sur Facebook et qui fait la une des médias.

Paris, 22 mars 2020. Premier croquis avant la réalisation de la peinture. Morèje
Paris, 22 mars 2020. Premier croquis avant la réalisation de la peinture. Morèje  

Morèje a horreur du larmoyant. « Je n'aime pas le pathos, répète-t-il, mais je cherchais un moyen de faire revivre la mémoire de cet urgentiste, alors que nous étions en plein confinement. »

Tous les soirs, à 18 heures, l'artiste partage sur Instagram les images sensibles et poétiques de son errance tableau en main. Une peinture qu'il termine en la parant de mosaïques.

Le 11 mai, premier jour du déconfinement, en forêt de Meudon (92). Morèje
Le 11 mai, premier jour du déconfinement, en forêt de Meudon (92). Morèje  

Déambulation dans un chantier mis entre parenthèses à cause du Covid-19, pause au pied d'un cerisier en fleurs, petit détour devant les sacs de sable et de chaux entreposés dans son atelier… Les voyages parfois immobiles s'enchaînent jusqu'au déconfinement le 11 mai, et une promenade à vélo en forêt de Meudon (Hauts-de-Seine).

Les derniers clichés datent de la manifestation de soignants le 16 juin, dans Paris qui dénoncent le manque de moyens dans le système de santé : « Applaudir ne suffira pas ! », regrette Morèje.

Le portrait doit être livré à l'hôpital de Compiègne

L'artiste avait prévu d'accrocher le portrait à l'hôpital de Compiègne cet automne. Mais le bout du voyage et la fin d'un hommage de plusieurs mois sont pour l'instant en suspens à cause des nouvelles restrictions de déplacement en place depuis le 30 octobre.

En attendant, l'oeuvre du mosaïste est à découvrir dès ce jeudi dans le livre « Les murs du confinement » qui réunit le regard de 400 artistes de rue sur la crise sanitaire et sociale.