Ile-de-France : évaluez votre commune avec le premier «baromètre des villes marchables»

Alors qu’en Ile-de-France près de 40 % des déplacements quotidiens se font à pied, la Fédération française de la randonnée et deux associations ont eu l’idée de ce questionnaire, en ligne jusqu’au 15 mars.

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 Saint-Denis, fin janvier. La marche est le mode de déplacement dominant en petite couronne.
Saint-Denis, fin janvier. La marche est le mode de déplacement dominant en petite couronne. LP/Claire Guédon

Traverser à pied une entrée de bretelle d'autoroute? L'idée semble totalement incongrue. Pourtant, entre Saint-Denis et La Courneuve (Seine-Saint-Denis), c'est possible, même si emprunter le passage que protège une peinture blanche délavée relève du geste technique quand le trafic est intense. Avant de s'élancer, mieux vaut être attentif à la vitesse des voitures qui s'engouffrent vers l'A1.

La pluie est froide, la circulation entêtante, mais elles ne découragent pas un jeune homme qui fonce vers la bretelle. « L'endroit est désagréable, mais je préfère ça aux temps d'attente du tram qui est de toute façon toujours bondé. J'ai le droit de passer à pied ici, mais vu comment c'est foutu, j'ai l'impression d'être juste toléré », répond-il, avant de filer vers La Courneuve, à une cadence toujours soutenue.

Marcher en Seine-Saint-Denis et en petite couronne est loin d'être une évidence, pourtant, les habitants sont nombreux à le faire. Comme à Paris, c'est même le mode dominant de déplacement et, également, le premier devant la voiture à l'échelle de la région.

Déjà plus de 20000 réponses au questionnaire

Pour la première fois, un grand questionnaire vous propose jusqu'au 15 mars d'évaluer dans votre commune la place accordée au piéton. Ce baromètre des « villes marchables », à l'image de ce qui se fait depuis plusieurs années pour le vélo, est organisé par la Fédération française de la randonnée appuyée par les associations Rue de l'Avenir et 60 Millions de piétons.

Saint-Denis, en allant vers La Courneuve, août 2020. Les piétons doivent traverser l’entrée d’une bretelle d’autoroute. Un passage uniquement protégé par de la peinture. Google Street View
Saint-Denis, en allant vers La Courneuve, août 2020. Les piétons doivent traverser l’entrée d’une bretelle d’autoroute. Un passage uniquement protégé par de la peinture. Google Street View  

Plus de 20000 réponses ont déjà été enregistrées sur tout le pays dont plus de 650 émanent de la Seine-Saint-Denis qui ne manque pas d'infrastructures défaillantes.

Des trottoirs plus étroits que la longueur d'un bras tendu (rue Timbaud à La Courneuve), des stationnements anarchiques (avenue Edouard-Vaillant à Pantin), des revêtements en petits pavés défoncés (boulevard Thorez à Bobigny) qui transforment les cabas à roulettes en marteaux-piqueurs, des conflits d'usage ( la nouvelle bande cyclable devant la station de métro Mairie-de-Saint-Ouen de la ligne 14), des flaques d'eau sale à gogo (partout!), des coupures urbaines… Les espaces réservés aux piétons sont souvent les grands oubliés des experts de la voirie et des aménageurs publics.

«Il faut rendre la marche plus confortable et mieux sécurisée»

La petite couronne en particulier et l'Ile-de-France en général regorgent de ces recoins perdus à la cause de la marche. « Les piétons sont absents de la politique de la ville alors que ce sont eux qui font la ville ! », s'exclame Anne Faure, présidente de Rue de l'Avenir. « C'est un usager négligé, qui n'existe pas », complète Jean-Paul Auger, du comité départemental de randonnée de Seine-Saint-Denis.

« Les trottoirs sont des reliquats. Ils sont bien souvent ce qui reste une fois la route faite », constate Dominique Riou, ingénieur chargé de la mobilité et des transports, à l'Institut Paris Region, l'agence d'urbanisme d'Ile-de-France. « On n'imagine pas des voitures rouler sans infrastructure mais on suppose que les piétons pourront passer partout, qu'ils se débrouilleront », ajoute-t-il.

«L'Ile-de-France est l'une des régions les plus marchées au monde»

Pourtant, « la marche ne va pas de soi, il faut la rendre plus confortable et mieux sécurisée », reprend Anne Faure. Où en est-on dans les communes de France ? C'est ce qu'entend évaluer le baromètre des villes marchables : à chacune des questions, les usagers répondent en classant leur ressenti sur une échelle de 1 à 6. Exemples : l'agencement de la voirie permet-il de se déplacer partout de manière aisée, les conducteurs de véhicules motorisés respectent-ils les piétons, se sent-on très en danger ou très en sécurité à pied ?

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La consultation propose aussi de recueillir les avis en matière d'améliorations à apporter en priorité : l'éloignement des circulations piétonnes des zones bruyantes, le traitement des coupures urbaines, la verbalisation des conducteurs mal stationnés… Les idées des habitants mériteront d'être regardées, d'autant que « dans le pays du tout-voiture », comme le souligne Anne Faure, « l'Ile-de-France est l'une des régions les plus marchées au monde », rappelle l'Institut Paris Region dans une enquête de 2016.

17,2 millions de trajets réalisés exclusivement à pied chaque jour

Ce que confirment des résultats partiels de l'enquête globale transport (EGT) présentés en septembre 2019 par l'Observatoire de la mobilité en Ile-de-France : il y estime à 17,2 millions le nombre de trajets réalisés exclusivement à pied chaque jour. Près de 40 % des déplacements franciliens quotidiens se font en marchant, selon des données datant d'avant la pandémie du Covid-19. La crise sanitaire a néanmoins modifié les comportements, les Franciliens ayant réduit leurs déplacements. L'usage des transports en commun a par exemple baissé de 28 %, selon une enquête pilotée à l'automne 2020 par Ile-de-France Mobilités.

Le baromètre des villes marchables, qui sera renouvelé tous les deux ans, servira « d'aiguillon » contre les collectivités, selon Jean-Paul Auger. Les aménageurs commencent cependant à prendre conscience de l'ampleur de la tâche et de la nécessité de rééquilibrer les partages.

Saint-Denis, troisième ville d'Ile-de-France avec près de 113 000 habitants, travaille à mettre l'ensemble de la ville en zone 30, pour « lutter contre l'insécurité routière ». A La Courneuve, le projet d'une passerelle piétons-cyclistes longue de 100 mètres permettra de franchir la barrière de l'autoroute A1 et de relier le quartier des 4000 au parc départemental. Le prix à payer pour réduire (un peu) cette coupure urbaine est estimé à 16,4 millions d'euros HT, dont seuls 13,2 millions d'euros sont validés à ce jour.

Le questionnaire du « baromètre des villes marchables » est en ligne jusqu'au 15 mars.

 
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