Ile-de-France : comment la seconde vague du Covid-19 frappe les Ehpad

Une surmortalité de 104 % dans les établissements pour personnes âgées à Paris, de 81 % en Seine-Saint-Denis, depuis le 1er mars… Sur le terrain, les professionnels racontent l’enfer du printemps, alors que la situation actuelle est davantage maîtrisée.

 Illustration. Les Ehpad ont été durement touchés par la première vague du Covid-19, notamment en Ile-de-France.
Illustration. Les Ehpad ont été durement touchés par la première vague du Covid-19, notamment en Ile-de-France. LP/Arnaud Dumontier

Le choc est encore présent dans la tête de nombreux soignants. Dans les Ehpad, la première vague du Covid-19 a fait des dégâts humains très importants : de nombreux morts, des personnels traumatisés. Depuis le début de la pandémie, la surmortalité atteint par exemple 104 % à Paris, 81 % en Seine-Saint-Denis, avec un pic très important au printemps.

« Pour les soignants, cela a été l'horreur, témoigne Thierry Amouroux, porte-parole du syndicat infirmier SNPI. Environ 10 % sont aujourd'hui en épuisement professionnel, en dépression ou en stress post-traumatique. »

Des soignants devenus des agents contaminateurs

Pour le professionnel, cette surmortalité est proportionnelle au nombre de cas qu'ont connus Paris ou la Seine-Saint-Denis, parmi les départements les plus touchés de France : « Les soignants ont, comme tout le monde, pris les transports et ont été infectés. »

Ile-de-France : comment la seconde vague du Covid-19 frappe les Ehpad

Et de rappeler que ces derniers ont d'abord manqué de matériel de protection : « L'Etat a d'abord privilégié les hôpitaux, puis les services de psychiatrie… Pendant des semaines, les Ehpad ont dû se débrouiller avec leurs stocks… » Côté tests, les sites étaient également limités à trois dépistages. Résultat : de nombreux soignants ont été infectés sans le savoir. « Pour la majorité, cela se traduit par des formes asymptomatiques ou bénignes, poursuit Thierry Amouroux. Mais pour les résidents de plus de 80 ans, cela a été un carnage. On disait aux patients : Restez dans vos chambres, n'allez plus en salle commune. Mais l'agent de contamination, c'était le soignant. »

Directeur des opérations chez Korian (60 Ehpad en Ile-de-France), Aymeric Mathieu voit ici la grande différence entre la première vague et celle en cours. « Désormais, on a un dépistage systématique de tous les collaborateurs et des résidents dès le premier cas, explique-t-il Ce qui permet de détecter et d'isoler très en amont les asymptomatiques. »

Le dépistage massif a tout changé

Il note aujourd'hui que les établissements franciliens sont moins touchés qu'au printemps. « La première vague était très concentrée alors qu'aujourd'hui, elle est nationale, observe-t-il. En Ile-de-France, nos sites connaissent des cas, mais cela n'a rien à voir avec la virulence du mois de mars. »

Pascal Champvert, président de l'ADPA, association des directeurs au service des personnes âgées, l'a aussi vu dans les sept établissements qu'il gère dans le Val-de-Marne pour le groupe ABCD. « Ceux qui avaient été épargnés au printemps ont été touchés à l'automne et inversement, explique-t-il. Et nos tests sérologiques nous ont montré que de nombreux personnels avaient été positifs sans s'en rendre compte. »

« Des visages qui nous poursuivent toujours… »

Mais chez certains professionnels en Ehpad, le manque général de lits en réanimation continue de faire craindre le pire. Thierry Amouroux rappelle que le tri de patients fut réalisé à certains endroits : « Comme il n'y avait qu'un seul lit pour trois patients, de nombreux patients n'ont pas pu être admis. On en envoyait un. Les deux autres, on les gardait… »

Sa voix est encore remplie d'émotion : « Pour l'administration, ce ne sont que des chiffres. Pour nous, ce sont des visages, des histoires de vie qui nous poursuivent toujours… »