Grâce à «Saint-Ouen sur Scène», cette étoile montante de l’opéra chantera sous vos fenêtres

Erminie Blondel, soprano révélée lors de la dernière édition de «Musiques en Fête», se produit samedi et dimanche lors du festival organisé par des intermittents qui vivent tous à Saint-Ouen.

 Saint-Ouen, le 26 août 2020. La soprano franco américaine, révélée lors de la dernière édition de Musiques en fête, se produira notamment au pied de la cité Blanche ce samedi après-midi.
Saint-Ouen, le 26 août 2020. La soprano franco américaine, révélée lors de la dernière édition de Musiques en fête, se produira notamment au pied de la cité Blanche ce samedi après-midi. LP/Anthony Lieures

Tout le week-end, sa voix montera haut dans le ciel de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis). Avec son groupe « Hip-Hopéra », mêlant trois chanteurs, une danseuse et une pianiste, Erminie Blondel fait partie de ces artistes qui seront à l'affiche du festival « Saint-Ouen sur Scène », qui se tient pendant deux jours dans six quartiers. Il est organisé à l'initiative d'un collectif d'intermittents du spectacle de la ville, dont elle est l'un des membres les plus actifs.

De nombreux habitants l'ignorent, mais la soprano franco-américaine, investie dans le milieu associatif local, est aussi, à 37 ans, l'une des étoiles montantes de l'opéra français. Elle s'est notamment révélée en ouvrant l'édition 2019 de « Musiques en Fête » dans le cadre grandiose des Chorégies d'Orange, en direct sur France 3.

Ce week-end, protocole Covid oblige, la jauge sera très limitée et ils ne seront que quelques dizaines, une centaine tout au plus, à avoir l'opportunité de l'écouter lors de chacune de ses six représentations. La première aura lieu samedi, à 14 heures, sous les fenêtres de la cité Blanche.

Le pari que l'opéra «peut toucher tout le monde»

Un moment unique pour le public, mais aussi pour la jeune artiste qui s'est démenée depuis des mois sur le projet. « Ce sera complètement différent de ce qu'on a l'habitude de vivre à l'opéra, où quand on chante, sur scène, on ne voit pas le public, souligne-t-elle. Là, il sera juste là, devant nous. »

C'est justement l'idée de ce festival qui mélange de multiples disciplines artistiques : apporter de la culture au plus près des habitants, sevrés d'événements avec la crise sanitaire.

Mais contrairement à l'opéra, où le public est le plus souvent averti, il faudra ici le conquérir. « On fait le pari que l'on peut toucher tout le monde », poursuit l'altiste de formation, dont l'arrière grand-mère, américaine, était elle aussi chanteuse d'opéra à la fin des années 1910.

«Un travail acharné»

Formée au conservatoire supérieur de Genève, ville où elle a grandi, elle s'est installée à Paris en 2005 puis à Saint-Ouen il y a trois ans, cheminant comme beaucoup de jeunes parents vers la petite couronne.

Quelques mois avant le confinement, sa carrière avait pris une nouvelle tournure. Son potentiel a tapé dans l'œil de l'animateur Alain Duault, directeur artistique de Musiques en fête. C'est lui qui lui a confié la mission de chanter sur un air de La traviata de Verdi. « C'était un air très difficile et il faut déjà avoir le cran d'accepter ça au théâtre antique d'Orange, devant 10 000 personnes et près de deux millions de téléspectateurs, souligne-t-il. Surtout, c'est une émission qui dure trois heures, en direct. C'est elle qui l'ouvrait et cela a été un triomphe incroyable. »

Un succès qui n'a en rien surpris Irène Kudela, coach vocal qui l'a rencontrée pour la première fois il y a huit ans. « Erminie a un magnifique potentiel et de grandes qualités qu'elle a su mettre en valeur par un travail acharné. Elle est extrêmement intelligente et courageuse », s'enthousiasme la pianiste, qui intervient notamment à l'Opéra de Paris. Et de prédire que « ce succès durera, car elle a pris le temps de bien le construire. »

«De la race des vainqueurs»

Cette saison, le public pourra l'entendre à l'opéra de Saint-Etienne (Loire) pour La Nonne sanglante, à Avignon (Vaucluse) pour La Veuve joyeuse, puis à Massy (Essonne), Reims (Marne) et Vichy (Allier) avec La traviata. Alain Duault l'a également réengagée pour « Beethoven au fil du Rhin », la prochaine croisière musicale du Figaro. « Je crois beaucoup en elle car elle a la voix, la technique, le culot… observe-t-il. Pour moi, elle est de la race des vainqueurs. »

Il parle de sa présence : « Vous avez des chanteurs ou des acteurs qui entrent en scène et il ne se passe rien de particulier avant qu'ils ne jouent. Erminie Blondel, elle impose d'emblée cette présence scénique. » Sa voix, aussi : « Ce qui est frappant, c'est sa signature vocale, poursuit Alain Duault. Si vous entendez trois mesures de Callas ou d'Elvis Presley, vous reconnaissez leurs voix. Elle, c'est pareil. C'est comme lorsque vous décrochez votre téléphone : si la personne a une signature vocale, vous la reconnaissez avant qu'elle ne se présente. »

Son agent et amie, Sophie Duffaut, en parle aussi avec passion, certaine que ses représentations à Saint-Ouen feront sensation : « Sa voix est très riche, avec un timbre très velouté, des aigus très beaux, confie-t-elle. Et surtout, on peut y ressentir toute son âme. »

Une artiste «citoyenne»

Celle d'une soprano qui se définit aussi comme une « artiste citoyenne », ce qui n'est pas toujours évident dans ce milieu « qui dépend très majoritairement de subventions publiques », reconnaît-elle. Sa dernière actualité, début août : la sortie d'un album d'hommage à des compositeurs victimes du nazisme, avec le pianiste Thomas Tacquet.

Cet engagement, Irène Kudela l'explique, là encore, aisément : « C'est quelqu'un qui est très attentive au monde qui l'entoure, qui est très sensible aux autres, très généreuse aussi ». « Et quand elle se lance dans un rôle ou dans un projet, comme ce festival, elle le fait à fond avec la volonté d'aller au bout, abonde Sophie Duffaut. Toujours avec optimisme mais aussi caractère : elle ne se laissera jamais marcher sur les pieds. »

Sur deux jours, 81 spectacles dans la ville

Danse, opéra, théâtre musique, criée… En tout, 81 spectacles auront lieu à Saint-Ouen, avec des représentations de 30 minutes qui circuleront dans six quartiers (Cité Blanche, parvis des Docks, place Debain, place Payret, Puces et Garibaldi). Les premières auront lieu samedi à 11 heures. Les ultimes dimanche à 20 heures.

Notez que la majorité des spectateurs seront invités à rester… à leurs fenêtres. Quelques dizaines pourront y assister au sol. Une scénographie artistique matérialisera les distances à respecter. Le festival a également fait concevoir 1000 masques floqués « Saint-Ouen sur Scène », qui seront distribués gratuitement.

« Nous, intermittents du spectacle, venons de passer six mois sans pouvoir travailler à cause du Covid, écrivent les organisateurs. Nous mesurons d’autant plus l’importance de nous protéger les uns les autres. »

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