Fusion de Bichat et Beaujon : les alternatives des opposants au Grand hôpital nord de Saint-Ouen

Conserver les hôpitaux existants et construire une structure «de taille modérée» à Saint-Ouen, c’est ce que proposent les opposants au projet de Grand hôpital nord. L’AP-HP promet qu’elle va leur apporter des réponses prochainement.

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 Saint-Ouen, ce dimanche. Les opposants au futur Grand hôpital nord suggèrent la création d’un hôpital de taille modérée à Saint-Ouen, la démolition-reconstruction de Bichat à Paris et la rénovation de Beaujon à Clichy.
Saint-Ouen, ce dimanche. Les opposants au futur Grand hôpital nord suggèrent la création d’un hôpital de taille modérée à Saint-Ouen, la démolition-reconstruction de Bichat à Paris et la rénovation de Beaujon à Clichy. LP/E.M.

Ils ont conçu un nouveau cahier des charges et comptent fortement sur l'AP-HP pour l'étudier. Les opposants au futur campus hospitalo-universitaire de Saint-Ouen ont présenté leur « contre-projet » ce dimanche, lors d'une prise de parole, en bordure de l'ancien site PSA, censé accueillir le grand hôpital nord en 2028.

L'AP-HP prévoit d'y fusionner les hôpitaux Bichat (Paris, XVIIIe) et Beaujon de Clichy (Hauts-de-Seine) d'ici à 2028. Ce site en plein centre-ville accueillera aussi quelque 12 500 étudiants en médecine de l'université Paris-Diderot.

Les opposants présents, parmi lesquels quelques élus communistes, posent d'abord en condition préalable la non-fermeture de Bichat et de Beaujon. Ils proposent de reconstruire le premier sur site, « en augmentant l'emprise foncière autour » et de réhabiliter le second.

En parallèle, ils imaginent la construction, à Saint-Ouen, d'un « hôpital de taille modéré, de 300 à 500 places » décrit le conseiller municipal d'opposition (DVG) Denis Vemclefs. Selon lui, conserver les deux structures existantes permettrait de trouver une autre implantation pour la nouvelle construction. « On peut imaginer l'inclure dans la phase 4 des Docks, ce qui permettrait des accès plus faciles qu'ici, en plein centre-ville », propose-t-il.

En plein Covid, l'idée d'avoir moins de lits ne passe pas

Le député (LFI) Éric Coquerel rappelle aussi que toute la zone doit profiter de la tenue des Jeux olympiques 2024, le Village olympique devant être construit en partie sur Saint-Ouen. « Pourquoi ne pas y prévoir l'hôpital, dans l'après JO? Grâce au transport fluvial, on peut jouer avec les deux berges de la Seine, imagine l'élu. Il existe des alternatives dès lors qu'on envisage une structure de taille modérée. »

LP/E.M.
LP/E.M.  

Car en plus de cet emplacement contesté, les détracteurs du projet ont rapidement constaté que ce plan conduirait à la suppression de 400 lits d'hospitalisation par rapport à ce qui existe aujourd'hui (environ 1 300 lits en comptant Bichat et à Beaujon).

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Inacceptable, particulièrement en pleine crise sanitaire. En novembre, l'AP-HP a ajouté 100 lits supplémentaires à sa copie, mais le compte n'y est toujours pas. « Ce n'est pas moins 300 mais au minimum plus 500 lits qu'il faudrait avoir », réclame ce dimanche Yasmina Kettal, infirmière à l'hôpital Delafontaine à Saint-Denis et membre du collectif Inter urgences.

Une proposition volontairement sans budget ni calendrier

Une augmentation du nombre de lits et un maintien des conditions de travail pour les personnels soignants, dans une zone considérée comme un désert médical : c'est ce que permettrait ce projet alternatif, dont le cahier des charges ne contient « volontairement pas de calendrier ni de budget prévisionnel ».

Ce texte « ne saurait constituer un projet définitif, d'une part car ses auteurs (NDLR : soignants, citoyens, élus) n'ont pas les compétences ni les moyens requis en termes d'architecture, d'urbanisme, d'environnement… Et d'autre part car la réalisation d'un tel projet incombe aux maîtres d'ouvrage. »

L'AP-HP précise que « les maîtres d'ouvrage préparent les réponses aux questions posées par les collectifs ayant fait des présentations le 19 janvier (NDLR : lors d'une réunion de concertation) ». Mais indique aussi que les quatre groupements candidats à la construction du grand hôpital nord seront départagés le 4 mars prochain.

«Il faut un moratoire pour réfléchir à ces alternatives»

Quant à l'épineuse question du nombre de lits, elle a fait l'objet « d'arbitrages positifs » début novembre, rappelle l'AP-HP : « L'ajout de trois unités d'hospitalisation supplémentaires porte les capacités totales de prise en charge au sein du campus (incluant l'hôtel hospitalier) à plus de 1 200 lits et places, et en période de tension (pandémie, grippe hivernale, etc) à plus de 1 300 lits et places. En cohérence avec l'évolution des prises en charge vers plus d'ambulatoire et de lien avec la ville, le nombre de lits et places disponibles dans l'hôpital nord est de -18 % par rapport aux capacités actuelles de Bichat et Beaujon. Avec les lits en hôtel hospitalier, il n'est plus que de -7 % et en cas de tension, la transformation de chambres seules en chambres doubles offre un capacitaire équivalent à celui existant. »

« Ils disent qu'ils vont doubler les lits par chambre mais pas doubler le personnel. Un lit, ce n'est pas juste physique », s'agace le député Éric Coquerel.

« Il faut un moratoire pour réfléchir à ces alternatives, réclame, comme les autres participants, Hakim Bécheur, chef du service d'hépato-gastroentérologie à Bichat. La concertation aurait dû se tenir beaucoup plus en amont. » Une prochaine réunion de post-concertation doit se tenir le 2 mars prochain.