Fermeture de la mosquée de Pantin : la décision de justice attendue ce mardi

La Fédération musulmane de Pantin (Seine-Saint-Denis) a déposé un référé-liberté contre la fermeture temporaire de la Grande mosquée de Pantin. L’audience s’est tenue ce lundi au tribunal administratif de Montreuil.

 Pantin (Seine-Saint-Denis), juillet 2018. Plus de 1500 fidèles fréquentent la mosquée.
Pantin (Seine-Saint-Denis), juillet 2018. Plus de 1500 fidèles fréquentent la mosquée. LP/V.T.

Sa présence montre à quel point le sujet est pris au sérieux par les autorités. Ce lundi après-midi, le préfet de la Seine-Saint-Denis, Georges-François Leclerc, s'est déplacé en personne pour défendre l'arrêté de fermeture pour six mois de la Grande mosquée de Pantin, pris lundi 19 octobre.

Une décision qui avait été annoncée par le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, au 20 heures de TF1, mettant cette mosquée du quartier populaire des Courtillières sous les projecteurs.

«Une atteinte à la liberté d'association et de culte»

Le préfet reproche notamment à son recteur, M'hammed Henniche, également secrétaire général de l'UAM 93 (Union des associations musulmanes de Seine-Saint-Denis), d'avoir publié sur le compte Facebook de la mosquée la vidéo du parent d'élève qui s'en était pris à Samuel Paty. Ce professeur d'histoire-géographie assassiné le 16 octobre pour avoir montré des caricatures du prophète Mahomet à ses élèves lors d'un cours sur la liberté d'expression.

Un arrêté dénoncé par la Fédération musulmane de Pantin, dirigée par M'Hammed Henniche, qui a déposé un référé-liberté demandant sa suspension. Selon ses avocats, cette décision « porte atteinte à la liberté d'association, de culte et de droit de la propriété ». Les résultats de l'audience, qui a duré 1h30, seront connus ce mardi matin.

« M'Hammed Henniche a commis une faute évidente en relayant cette vidéo, mais il faut remettre les éléments dans leur contexte, a insisté Me Brengarth, un de ses conseils. Elle a été publiée avant l'attentat par plusieurs acteurs associatifs, plusieurs mosquées. Personne ne peut contester qu'elle a suscité un émoi au sein de la communauté musulmane. Elle a d'ailleurs conduit à une enquête administrative, une enquête judiciaire et à un dépôt de plainte du père de famille en question. Samuel Paty a même été entendu par la police dans cette affaire. Mais au moment même où il a appris le rôle de cette vidéo dans l'attentat, M'Hammed Henniche l'a retirée. »

Les «doutes» de la préfecture de Seine-Saint-Denis

Des explications balayées par l'avocate représentant les intérêts de l'Etat. « M'Hammed Henniche aurait pu se dire qu'il n'avait avec cette vidéo qu'une seule version des faits, qu'il fallait attendre les résultats de l'enquête de police pour apaiser la situation. Il ne l'a pas fait et l'a finalement enlevée non pas pour appeler au calme, mais car il espérait passer sous les radars », a-t-elle fustigé, rappelant que la page Facebook de la mosquée compte 98 000 abonnés.

« Nous ne sommes pas une administration fébrile et despotique. Si j'ai décidé de fermer cette mosquée, c'est parce que je pense que des propos incitants à la violence et à la haine peuvent y être tenus », a martelé de son côté le préfet, affirmant que le lieu de culte était déjà dans le collimateur des autorités.

« Dès octobre 2019, on a commencé à avoir des doutes sur les conditions de financement de la mosquée », a-t-il souligné. Cette dernière, pour le moment installée dans un bâtiment provisoire, doit être reconstruite au même endroit. La première pierre du chantier avait d'ailleurs été déposée en février dernier.

L'imam controversé a annoncé son retrait

« En fermant la mosquée de Pantin, les autorités se trompent de cible. C'est un remède pire que le mal qui risque d'avoir des effets totalement contre-productifs », a dénoncé de son côté Me Bourdon, un des avocats de la Fédération musulmane de Pantin, pointant le « vide » et les erreurs du dossier.

La personnalité d'Ibrahim Doucouré, un des imams de la mosquée - accusé « d'être impliqué dans la mouvance islamiste radicale d'Ile-de-France » par la préfecture - a également été au cœur des débats.

La Grande mosquée de Pantin a justement publié un communiqué ce lundi dans lequel ce religieux annonce qu'il se met en retrait de ses activités pour « favoriser l'apaisement ». « Je ne sais pas quelle valeur juridique a ce communiqué, mais il n'est pas impossible que la durée de fermeture soit raccourcie si des garanties plus solides nous sont fournies », a précisé le préfet.