Entreprises, tourisme, formation… : l’opération séduction du Red Star en Seine-Saint-Denis

La nouvelle direction du club de foot de Saint-Ouen vient de lancer un plan pour conquérir son territoire. Elle a aussi signé, en septembre, une charte avec Plaine commune et son office du tourisme.

 Saint-Ouen, le 25 septembre 2020. Les footballeurs du Red Star face à la tribune Rino après leur victoire face à Concarneau (2-0) au stade Bauer.
Saint-Ouen, le 25 septembre 2020. Les footballeurs du Red Star face à la tribune Rino après leur victoire face à Concarneau (2-0) au stade Bauer. LP/Icon Sport/Michel Brisset

Ne parlez plus de Beauvais (Oise) ou du stade Jean-Bouin (Paris XVIe) à un dirigeant du Red Star. Le mythique club de foot de Saint-Ouen a définitivement tourné le dos à ses délocalisations forcées. Alors que son équipe phare est de retour au stade Bauer depuis un an, le club, lui, multiplie les initiatives pour se rabibocher définitivement avec son territoire.

Jouer ses rencontres à domicile dans l'Oise, ou dans une enceinte du XVIe arrondissement de Paris n'avait pas que des conséquences sportives. Pour le club de National, qui espère un jour retrouver l'élite, il était difficile de fidéliser ses partenaires locaux si loin de son cœur historique.

Le tissu économique est pourtant fertile sur le secteur. « Rien qu'à Saint-Ouen, le nombre d'entreprise a doublé en dix ans, observe Luc Pontiggia, le directeur général du Red Star. Il y en a plus de 11 000 aujourd'hui. Des petites, mais aussi des sièges sociaux de sociétés mondiales comme Alstom, Bosch, Samsung… »

Le stade n'est plus réservé qu'au foot

L'idée de la nouvelle direction du club : faire du stade Bauer un lieu de rencontre, de réseau. Les soirs de match, mais pas que. Début juillet, l'enceinte a par exemple accueilli « l'apéro summer » du ME 93, réseau d'entrepreneurs de la Seine-Saint-Denis. Un salon VIP a lui été inauguré en début de saison.

« On a beau être supporter, il était difficile d'inviter sa clientèle pour des rendez-vous d'affaires pour un match à Beauvais, alors qu'on est sur le territoire de Saint-Ouen ou de Plaine Commune », rappelle Louison Auger, directeur général adjoint chargé du développement et des revenus.

Retrouver Bauer a aussi permis de signer et de valoriser des partenaires au plus près du siège du club. L'exemple le plus marquant est peut-être le nouveau brasseur partenaire du club, implanté… juste en face du stade, rue du Docteur-Bauer.

« Notre adresse, c'est au 101, et le stade est officiellement domicilié au 92, sourit Marc Périvier, à la tête de la brasserie Saint-Ouen - Paris. Quand on livre les fûts, on n'a qu'à traverser la rue, pas besoin de camion, rien ! C'est un circuit ultracourt, extrêmement écolo. C'est comme si on brassait dans le stade. »

Marc Périvier, patron de la brasserie Saint-Ouen - Paris. LP/A.L.
Marc Périvier, patron de la brasserie Saint-Ouen - Paris. LP/A.L.  

Autre partenaire ultra-local : l'agence de publicité FELIX & Co, basée aussi à Saint-Ouen et qui a mené la dernière campagne de promotion du stade.

Une charte pour attirer les touristes au stade

Le club a aussi signé, en septembre, une charte avec le territoire Plaine commune et son office du tourisme. Le but : que le Red Star devienne un média de promotion pour le territoire. Et inversement : l'office proposera aux touristes de se rendre à Saint-Ouen pour découvrir son enceinte mythique, inaugurée en 1909 et âme du Red Star avec son histoire ouvrière, son architecture, son ambiance les soirs de match.

Concrètement, un Américain en visite à Saint-Denis pourra donc acheter un billet pour une rencontre mais aussi un maillot, une écharpe… « L'office organise aussi des visites des lieux emblématiques du territoire, Bauer n'y était pas encore référencé », souligne Louison Auger.

Il sera désormais intégré à des circuits de visite. On pourra par exemple, sur certains créneaux, visiter l'enceinte après avoir découvert la nécropole des rois de France à la basilique. Des pass pour visiter les Puces puis assister à un match seront aussi proposés.

Marville, l'autre poumon du club

L'opération séduction du club sur son territoire se concrétise aussi par des investissements à long terme, dans les infrastructures. Si le futur de Bauer est entre les mains de la mairie de Saint-Ouen (avec deux options, rénovation ou reconstruction totale), le club avance en parallèle en investissant au parc des sports de Marville , à cheval entre Saint-Denis et La Courneuve, pour en faire « son deuxième poumon. »

Après y avoir installé il y a un an son « académie » - qui doit se transformer à terme en centre de formation, le club lancera « d'ici la fin de l'année » divers travaux : renforcement de l'éclairage, installation de vidéosurveillance, rénovation de la tribune principale. Le montant des travaux n'a pas encore été arrêté.

Visuel du futur parc des sports de Marville, après rénovation. Red Star FC
Visuel du futur parc des sports de Marville, après rénovation. Red Star FC  

Objectif : que Marville accueille, dès la saison prochaine, les entraînements de son équipe première. Mais le stade pourra aussi devenir éventuellement un stade de repli si les travaux à Bauer contraignent à quitter temporairement Saint-Ouen. « Quitte à faire les travaux, on a envisagé qu'ils soient compatibles avec une homologation Ligue 2, poursuit Luc Pontiggia. Cela nous donne une certitude : de continuer à jouer sur notre territoire pour éviter ce déracinement qui est une source de déstabilisation. »

Là aussi, la fidélisation des partenaires économiques est en jeu : « Il est toujours compliqué de faire participer à l'écriture d'une histoire des partenaires qui n'ont aucune garantie sur le lieu de compétition l'année suivante, reconnaît le directeur. On veut les sécuriser là-dessus. »

Des clubs affiliés en Ile-de-France

Quel est le point commun entre les clubs de Garges-lès-Gonesse (Val-d'Oise), d'Asnières (Hauts-de-Seine) ou La Courneuve ? Les trois sont désormais partenaires du Red Star. La philosophie de ces accords qui concernent surtout la formation des jeunes : « Partager nos savoirs, car il y a beaucoup de compétences dans les clubs amateurs comme chez nous », détaille Souleymane Camara, le manager sportif du club.

Concrètement, le Red Star pourra aider ces clubs à se structurer, accueillir des éducateurs pour qu'ils puissent se former à Saint-Ouen, « assister à des séances d'entraînements d'éducateurs diplômés », poursuit-il. En échange, les clubs inviteront le Red Star à leurs événements, pourront aussi « signaler les bons joueurs ou les bons éducateurs de leur club, ou qu'ils croisent au cours de l'année. »

Dans l'idée d'attirer au Red Star les footballeurs de la Seine-Saint-Denis et du nord parisien. Zone où grandissent de multiples footballeurs internationaux. Mais qui, à l'adolescence, sont souvent contraints de s'exiler pour intégrer un club pro.

« Notre objectif, c'est d'offrir des débouchés à ces jeunes qui veulent rester sur leur territoire, car c'est toujours un crève-cœur pour une famille de les voir partir à 15 ans à l'autre bout de la France », poursuit Luc Pontiggia.

Mais il prévient : « On n'a pas une vision prédatrice des choses mais accompagnatrice. Notre mission, c'est de faire toucher ces gamins au foot de haut niveau tout en leur permettant de rester dans une bulle familiale protectrice et stabilisante. »