En Seine-Saint-Denis, le Covid-19 et la crise sociale pèsent sur les dons à la Ligue contre le cancer

La Ligue contre le cancer 93 s’alarme du manque probable de dons à venir. Alors que les besoins sont au plus haut.

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Illustration. LP/R.C.

Les malades du cancer en Seine-Saint-Denis pourront-ils encore longtemps faire appel à la Ligue contre le cancer? La question est posée. Dans un département où les donateurs sont moins nombreux qu'ailleurs, la structure craint que la crise sanitaire puis sociale du Covid-19 ne rende impossible ses actions. Et pourtant, « le besoin est encore plus grand avec le coronavirus », déplore sa secrétaire générale, Marie-Jeanne Fossati, alors qu' Octobre Rose, mois-événement stratégique pour la lutte contre le cancer, se profile… dans un flou total.

En Seine-Saint-Denis, la Ligue contre le cancer — qui ne vit que de ses dons — a récolté 612 300 euros en 2019. C'est-à-dire 38 centimes par habitant. Le plus petit montant en Île-de-France : par exemple, dans l'Essonne, ce chiffre monte à 1 199 700 euros, soit 80 centimes par habitant. A Paris, c'est 4,5 millions d'euros.

Quel sera l'état des dons fin 2020 ?

La raison est connue : la Seine-Saint-Denis est le département le plus pauvre de France métropolitaine. « Les gens ont peu de revenus, ils n'ont pas les moyens de faire un don, même si la cause leur tient à cœur », résume la secrétaire générale de l'association. Dans le même ordre d'idées, dans certaines grandes villes du 93, comme Saint-Denis, il n'y a que 30 % de foyers imposables. « Or, l'une des raisons pour faire un don, c'est souvent la défiscalisation. Les habitants du 93 n'ont pas cette motivation ». L'enjeu est pourtant immense, car le Covid-19 rend complètement incertain l'avenir de l'association.

« Quel sera l'état des dons fin 2020 ? Les gens auront-ils encore de l'argent pour nous, notamment lors des actions pour Octobre Rose, ou en décembre, dont on sait que c'est le mois où l'on donne le plus ? Avec le Covid, l'argent a afflué vers d'autres causes, dont l'aide alimentaire et les hôpitaux, analyse Marie-Jeanne Fossati. C'est une bonne chose, évidemment ! Mais les revenus ne sont pas extensibles ! »

D'autant qu'avec le virus et la crise sociale, les foyers se sont appauvris. Le chômage partiel mis en place au printemps, la rupture de contrats d'intérim, de petits boulots, ou même du travail au noir ont fait baisser les revenus, particulièrement, une fois de plus, en Seine-Saint-Denis. « Les associations caritatives ne sont plus une priorité », renchérit la Ligue contre le cancer.

L'aide financière aux malades en hausse

Autre facteur aggravant : l'impossibilité d'organiser de grands événements physiques de collecte, distanciation oblige. « Par exemple, on ne sait pas encore à quoi ressembleront les événements d'Octobre-Rose, indique la Ligue. Les partenaires habituels, comme les mairies, les grandes entreprises ou les centres commerciaux, seront plus frileux que les années précédentes », note-t-elle. Exemple : qu'en sera-t-il de la traditionnelle grande course organisée à Noisy-le-Sec, qui génère d'habitude plusieurs milliers d'euros de dons pour lutter contre le crabe ? « La ville est rassurante, mais, comme toutes les collectivités, en attente de consignes sur le protocole sanitaire, note l'association. Et les gens auront-ils envie de participer ? »

Concrètement, une chute des dons pourrait obliger l'association à licencier ses 4 employés à temps plein. Ce qui signifierait la fin des actions de la Ligue dans le département : l'accompagnement des malades, les aides financières, l'écoute... Selon Marie-Jeanne Fossati, la crise sanitaire et sociale du Covid-19 a « augmenté les besoins des gens atteints du cancer ».

Notamment parce qu'au plus fort de la crise, qui a frappé particulièrement la Seine-Saint-Denis, les hôpitaux ont mobilisé l'essentiel de leurs moyens sur les patients Covid-19. Reportant ainsi l'essentiel des examens d'autres pathologies… et notamment les cancers. Sans compter les patients qui ont, d'eux-mêmes, reporté voire annulé leur rendez-vous au service oncologie.

«Des patients ont des symptômes, mais se disent qu'ils consulteront plus tard»

Ainsi, fin avril, dans les 39 établissements de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), dont Avicenne à Bobigny, le nombre de chirurgies en cancérologie a chuté de 28 % ! Diminution encore plus drastique (-50 %) des endoscopies, outils majeurs du dépistage des tumeurs digestives.

« Du diagnostic au traitement, on note une baisse jamais vue de l'activité. Des patients ont des symptômes, mais se disent qu'ils consulteront plus tard », expliquait, en pleine crise, le professeur Tournigand, chef du service oncologie d'Henri-Mondor (Créteil).

« On a beaucoup de gens qui nous disent qu'ils ont préféré retarder leur examen de trois mois… c'est énorme dans l'évolution d'un cancer », confirme Marie-Jeanne Fossati, dont une partie du travail consiste à aider les malades dans leurs démarches administratives et médicales.

Résultat : « Aujourd'hui, nous avons plus de gens qui nous appellent avec des questions sur leur maladie qui a évolué négativement et qui ont donc besoin d'aide », reprend-elle. Signe concret : la demande de « secours financiers » a augmenté. Cette aide est distribuée par la Ligue contre le cancer aux malades pauvres pour la gestion de leur pathologie. De 50 000 euros par an en moyenne, elle est déjà, aujourd'hui de 60 000 euros, alors que l'année n'est pas terminée.

Pour tenter de mobiliser en palliant l'absence d'événements physiques, l'association investit les réseaux sociaux. « Mais l'on touche surtout les jeunes, alors que l'âge moyen de nos donateurs tourne autour de 65 ans », nuance l'association. Seule solution : « Sensibiliser les classes les plus aisées du 93 et aussi les gens, très nombreux, qui viennent de Paris ou d'ailleurs pour travailler ici, à coups de RER B. C'est une question de survie ! »