En Seine-Saint-Denis, bientôt des concerts sur des scènes mobiles… tirées par des vélos !

Pour anticiper la reprise de la vie culturelle, le réseau des scènes de musiques actuelles du 93 travaille sur ce projet original pour organiser, si possible dès le mois de mai, des concerts en plein air.

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 La «remorque boum-boum», créée par l’association Véloma, a été utilisée l’an dernier pour la Fête de la musique en Seine-Saint-Denis.
La «remorque boum-boum», créée par l’association Véloma, a été utilisée l’an dernier pour la Fête de la musique en Seine-Saint-Denis. LP/Anthony Lieures

Alors que la musique « live » a quasiment disparu de la circulation avec la crise du Covid-19, le monde de la culture se creuse la tête pour la faire revivre le plus vite possible. Et dans le Grand Paris, la solution pourrait bien venir de la Seine-Saint-Denis, où le réseau des salles de musiques actuelles Maad 93 prépare des concerts qui pourront se tenir en plein air, dès les beaux jours, sur des scènes mobiles tirées par des vélos à assistance électrique!

Des DJ et des musiciens s'y produiront, suivis par un public également à bicyclette. Mais ils pourront aussi jouer devant des spectateurs debout, lors d'escales de la scène itinérante. Le réseau s'est appuyé sur le savoir-faire de l'association Véloma, qui construit des vélos-cargos écolos, transportant des « sound systems » alimentés à l'énergie solaire.

La scène dépliable sera tractée par une voiture à pédales

L'an dernier, Véloma a créé une « remorque boum-boum » pour une Fête de la musique à vélo organisée en Seine-Saint-Denis. « On est parti de ce qui avait été fait l'an dernier, et qui avait plu, pour faire grandir le projet », explique Michel, membre de l'association.

Le croquis du projet de scènes nomades, porté par l’association Véloma et le réseau de musiques actuelles Maad 93. DR
Le croquis du projet de scènes nomades, porté par l’association Véloma et le réseau de musiques actuelles Maad 93. DR  

Dans quelques mois, de véritables « scènes dépliables » — en cours de construction — circuleront donc dans le département. « Elles seront tractées par une rosalie (NDLR : sorte de voiture à pédales) et le son sera diffusé par deux petites remorques derrière », explique Léa Micner, responsable du projet pour le Maad 93.

La scène pourra être dépliée sous deux formes. L'une, de deux mètres de longueur et de largeur, sera utilisée pour les concerts roulants, avec deux musiciens au maximum sur scène. L'autre, de trois mètres, permettra de doubler le nombre d'artistes, cette fois pour les concerts fixes.

Le Maad 93 espère ainsi organiser les premiers concerts dès le mois de mai, si la situation sanitaire le permet. Des concerts qui pourront s'enchaîner dans plusieurs villes du département. « On pourra par exemple en organiser un à Saint-Denis puis enchaîner à Saint-Ouen, tout en continuant à jouer sur le parcours, comme une parade, précise Léa Micner. Et le lendemain, on pourra faire la même chose avec deux autres villes. » La programmation n'est pas encore arrêtée.

Alimentée à l'énergie solaire, la scène disposera d'une autonomie de 48 heures pour le son, et, tractée à l'assistance électrique, elle pourra être utilisée dans un rayon de 30 kilomètres.

«Une idée à la fois rigolote et très ingénieuse»

Le projet a séduit le conseil départemental de la Seine-Saint-Denis, qui a choisi de le financer via son plan de rebond pour la culture, d'un montant de deux millions d'euros. Des financements qui ont justement été ciblés pour « accompagner des projets d'avenir, permettant d'investir de nouvelles manières de faire », précise Stéphane Troussel, le président (PS) du conseil départemental. La collectivité annonce qu'elle mettra aussi à disposition ses parcs départementaux, comme celui de La Courneuve, pour y installer la scène mobile.

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« C'est un projet ultra-pertinent dans sa manière d'aborder le retour du public en concert, estime Thomas Meugnot, chargé de mission Musique pour le département. C'est aussi une nouvelle façon de penser le jeu en plein air, qui répond à des contraintes également financières car on pourra installer la scène un peu n'importe quand et à n'importe quel endroit. »

La situation sanitaire aura donc poussé les professionnels à imaginer de nouvelles formes de concerts en public, sans attendre l'éventuelle réouverture des salles, toujours hypothétique malgré les expérimentations bientôt menées à Marseille et Paris. « Cela pousse les professionnels à se dire : Comment puis-je travailler hors les murs?, observe Thomas Meugnot. Et cette scène mobile, c'est une idée à la fois rigolote et très ingénieuse, très innovante. »