Economie : les PME du 93 vont mieux, mais… pas toutes

Alain Griset, ministre délégué auprès du ministre de l’Economie et des Finances, est venu discuter jeudi avec les patrons de Seine-Saint-Denis. Des entreprises qui connaissent, selon leur secteur d’activité, des situations très contrastées.

 Bobigny, le 17 septembre. Alain Griset (au centre), ministre délégué auprès du ministre de l’Economie et des Finances, était en visite au campus des métiers et de l’entreprise.
Bobigny, le 17 septembre. Alain Griset (au centre), ministre délégué auprès du ministre de l’Economie et des Finances, était en visite au campus des métiers et de l’entreprise. LP/F.-X.R.

Il n'a pas été accueilli avec des fleurs mais presque. « Excellent boulot, monsieur le ministre, l'a immédiatement salué Jean-Loup Blachier, patron de la CPEM (Confédération des petites et moyennes entreprises) de Seine-Saint-Denis. Vous nous avez sauvés. »

Jeudi, Alain Griset, ministre délégué auprès du ministre de l'Economie et des Finances, était en visite au campus des métiers et de l'entreprise de Bobigny pour une rencontre avec les entrepreneurs du département, organisée par la Chambre des métiers et de l'artisanat du 93. L'occasion pour lui d'évoquer le plan de relance de 100 Mds€ lancé par le gouvernement à destination des entreprises. « Sur ces 100 milliards, 25 sont consacrés aux petites et moyennes entreprises », a précisé le ministre. Ajoutez à cela l'instauration de prêts garantis par l'Etat et les mesures de chômage partiel, et vous comprenez la satisfaction des patrons.

« On est contents parce que l'activité a repris »

« Oui, le gouvernement a été actif, nous sommes bien lotis en France », confirme Danielle Dubrac, présidente de la chambre de commerce et d'industrie (CCI) de Seine-Saint-Denis, d'autant plus satisfaite que le moral des troupes est bon, selon elle. « On est contents parce que l'activité a repris. Même si on attend novembre pour en avoir la confirmation. Mais les indicateurs sont bons. »

Selon les chiffres officiels, le nombre d'entreprises de Seine-Saint-Denis qui ont eu recours au chômage partiel en juin était de 11 000. En mars, elles étaient 25 000, un chiffre à peu près stable en avril et mai. « Il faut souligner, poursuit Danielle Dubrac, que certains secteurs, tels que le bâtiment et l'alimentaire, fonctionnent mieux que d'autres, comme l'hôtellerie-restauration et l'événementiel. »

Bobigny, le 17 septembre. Philippe Mella (à gauche), patron d’une société de location de matériel de Sevran, et William Fournier, traiteur de Bondy. LP/F.-X.R.
Bobigny, le 17 septembre. Philippe Mella (à gauche), patron d’une société de location de matériel de Sevran, et William Fournier, traiteur de Bondy. LP/F.-X.R.  

« Si la situation ne change pas, je devrai fermer boutique en mars »

Venus ensemble écouter le ministre, William Fournier et Philippe Mella travaillent tous deux dans l'événementiel puisque le premier est traiteur à Bondy et le second, à la tête de la société Lomarec basée à Sevran, loue du matériel pour des salons ou réceptions. Même s'ils saluent « l'activité du gouvernement », le moral et le portefeuille des deux patrons sont atteints.

« Nos clients principaux, les entreprises, n'organisent plus de buffets car les gens enlèvent leurs masques pour manger et qu'ils ne veulent pas être rendus responsables d'une reprise de l'épidémie », explique William Fournier.

« Et puis, quand les temps sont durs, précise Philippe Mella, le premier budget qu'on coupe dans une boîte, c'est le budget réception. Alors nous n'avons plus de clients. En plus, la plupart des grands salons sont annulés. »

Conséquence : sur les 70 salariés que compte sa société, Philippe Mella n'en fait travailler que cinq chaque semaine, par roulement. Et le chef d'entreprise de sortir la calculette : « Si la situation ne change pas, je devrai fermer boutique en mars. » Pour William Fournier, la situation n'est guère plus reluisante. « Depuis le 16 mars, mes quatre employés sont en chômage partiel, je suis le seul qui travaille, je m'occupe de tout », souffle le traiteur. Afin de sortir de cette mauvaise passe, les deux hommes réfléchissent à une possible reconversion mais, là encore, rien n'est simple. « On me dit de faire du Uber Eats, mais y a-t-il une véritable clientèle pour cela à Bondy ? s'interroge William Fournier. Je n'en suis pas sûr. »

« Il faut aller de l'avant »

« Moi, je vais sans doute louer une grande partie de mes locaux à une société d'e-commerce », annonce Philippe Mella. S'ils veulent réussir la reconversion de leur société, les deux hommes pourraient peut-être s'inspirer de la réussite d'Emilien Assouline, cogérant de l'entreprise familiale des Jumeaux fleuristes au Pré-Saint-Gervais qui emploie 12 salariés. « Avant le confinement, l'événementiel représentait 70 % de l'activité de notre agence de design végétal (NDLR : qui décore notamment les stands des grandes marques telles que Dior dans les grands magasins). Mais on a ouvert une boutique en ligne* qui fonctionne très bien et on crée aujourd'hui des univers végétaux pour les entreprises. » Un joli succès puisque le chiffre d'affaires de la société a bondi de 10 % entre août 2019 et août 2020.

Outre une activité sans doute plus propice à la reconversion que celles de William Fournier et de Philippe Mella, Emilien Assouline a aussi été aidé par une mentalité particulière, celle de la destruction créatrice forgée dans son expérience des start-up. « On crée une boîte, quelques mois plus tard elle disparaît, ce n'est pas grave. C'est une question d'état d'esprit, il faut être enthousiaste, aller de l'avant, ne pas tout attendre du gouvernement », exhorte le jeune homme pressé, avant de partir précipitamment. Business is business.

Lashop.lesjumeauxfleuristes.com.